FANNY BATEAU
N'oiis la jettent sur le gazon, Sans avoir égard à ses larmes, Et... (Mais, ce qui put se passer, Je ne saurais, en celtuy conte.
Mesdames, vous en rendre compte, Sans risquer de vous offenser ; Car ce que fit à la pauvrette Ce quatuor surexcité Ne peut s'écrire, en vérité!...
Croyez bien que je le regrette.
Quand elle revint au château,
Le dîner était sur la table.
Oh 1 sous quel aspect lamentable
Elle apparut, Fanny Bateau !...
Ah! de feu Gabriel Vicaire
Que n"ai-je aux doigts, en ce moment.
La plume dont Tesprit charmant
Nous ravissait encor naguère !
Quels jolis accents désolés
Je trouverais, alors, pour dire
L"air égaré de la martyre,
Ses blonds cheveux tout emmêlés.
Sa coquette jupe de laine
Si laidement mise en lambeaux
Par ces quatre cruels corbeaux,
Et l'horreur de la châtelaine
Et de tous les gens du château,
Voire même du petit singe,
En voyant, blanche comme linge,
Celle trisle Fanny Bateau!
Comme elle était toujours en larmes
El ne cessait de frissonner,
Sa maîtresse lui fit donner
De l'eau de mélisse des Carmes...
C'était un remède à propos
Et qui raviva ce pauvre être,
Ainsi que cela put paraître,
Quand elle eut pris quelque repos.
Eulin. la noble châtelaine,
La sachant en meilleur étal,
Obtint d'elle qu'elle contât
Son aventure, d'une haleine.
Donc, elle dit combien de fois
Celte vile troupe acharnée
L'avait sans pitié bâillonnée
Afin de la rendre sans voix,
Et la féroce frénésie
Dunt elle avait été l'objet...
Tant que la dame en enrageait
Et gronda, dans sa jalousie :
. On t'a fait, de quoi te plains-tu?
Plus de bien en une journée
Qu'on n'en fait en toute une année,
Hélas ! aux femmes de vertu ! »