LE CRIME DE JEAN
Me tuer, je ne suis pas près De revenir, foi de Michelle I »
Et, toujours gisant sur le pré.
Elle se désolait, hagarde...
Alors. Jean lui cria : « Prends garde l Rentre, ou bien, oui, jeté tûrai! >' Et, comme il eut beau crier Rentre !
Il prit son couteau naturel fVoyez Verville, — textuel Et le lui plongea dans le ventre...
(Et même, bon lecteur, crois-m'en, J'atténue ici. j"atténue Pour ne pas manquer de tenue : Mais Verville y va plus crûment.
Et, plein du plaisir légitime D'avoir fait comme il avait dit.' « Çà î maintenant, rentre, petit! >> Cria-t-il... Alors, sa victime A la douce mort prenant goût :
« Oui, Jean, je vais rentrer, » dit-elle. « Mais je veux ma joie en est telle!
Etre tuée encore un coup... »
En remontant un peu réchelle Très longue de mon souvenir, Je pourrais, à propos, fournir Un pendant au mot de Michelle.
Jean-George Auriol, le conteur •Que je sache le plus amène, A fait l'histoire qui l'amène, £t, sans doute, en est l'inventeur.
La scène est à bord d'un navire, €^equel s'en allait savoir où...
Mettons que c'était au Pérou...
Eh! lofe, lofe! Eh ! vire, vire!
(Car on peut faire une chanson, Propre à rester au répertoire, »De cette guillerette histoire "Que je transcris à ma façon.)
Eh! lofe, lofe! Eh! vire, vire!
Parmi cent trente passagers, Une gazelle aux pieds légers Etait à bord de ce navire.
D'ailleurs, apprenez, mes amis, Qu'en parlant ici de gazelle J'entends dire une demoiselle, Qui plus, certes, qu'il n'est permis Aux environs de la vingtaine Avait de grâce et de beauté, Et tant qu'elle en avait ôté Tous ses esprits au capitaine.
•Ce loup de mer, dès le départ.
S'était senti — ha ! vire, vire! — Par le regard de cette Elvire Le cœur percé de part en part.
Au début de la traversée, La sachant fille de vertu.
Patiemment il s'était tu.
De peur de la voir offensée...
■Cependant, le cinquièmejour, Au plein milieu de l'Atlantique, Il laissa là toute tactique Et fit l'aveu de son amour.
Mais, lofe, lofe! vire, vire!
La belle aux charmes accomplis, En deux mots secs, bien que polis, Osa très bien le déconfire.
Ah! combien c'était imprudent !
Et qu'elle eut tort d'être hautaine
Vis-à-vis de ce capitaine Qui n'était pas accommodant !
Voyez-le : prompt à se résoudre i
En sa fureur d'être jobard, :
11 la mena, nouveau Jean Bart, >
Dans la soute pleine de poudre ; j
Et. là. prenant son pistolel, •
Baf lofe, lofe! vire, vire! '.
Il dit : « Périsse le navire,' I
Puisque son maître vous déplaît! » \
— « Hé I là ! •' fit la récalcitrante. î
<« Réfléchissez un pjeu, d'abord, 1
Monsieur, que vous avez à bord j
De passagers plus de cent trente! .J.
Vous seriez le dernier des fous ^
Si vous supprimiez tout ce monde Pour un plaisir d'une seconde Qu'on vous refuse !" — « Je m'en fous ! » Répondit cet impitoyable . Et deux fois enragé marsouin.
« De ce plaisir-la seul j'ai soin.
Et que tout le reste aille au diable!... Ainsi, Madame, à vous de voir, »
Conclut l'horrible capitaine A face de croqucmitaine, « Où se tiouve votre devoir î Allons ! diles. que vous en semble ?»> Alors, ses beaux sourcils froncés, La belle dit : <■ Vous m'y forcez?
C'est bien : nous dormirons ensemble. »
Et, le soir même, le forban (On va dire que j'exagère Ij Des cheveux de la passagère Se faisait un riche turban...
« Donc, pour contenter votre envie, Dit la femme, le lendemain, « A tout un petit peuple humain Voilà que j"ai sauvé la vie! »
11 répliqua ; « Par Belphégor!
Ce n'est là quun enfantillage, Car, avant la fm du voyage, Vous la lui sauverez encor ! »