‹ Les minutes libertinesChapitre 52 sur 154 · VIEUX THÈME LYRIQUE · texte numérisé non relu

VIEUX THÈME LYRIQUE

Seio-neur ! Seigneur î être jolie 1 Quel parfait sujet de bonheur !

Hélas ! ne l'être plus, Seigneur!

Quel sujet de mélancolie !

Avoir montré jusqu'à trente ans La suavité d'un visage Plus doux même qu'un paysage De rile-de-France au printemps ;

Avec de longs yeux d'amoureuse Sous des cheveux couleur de blé, O Seigneur ! avoir ressemblé Aux plus exquis portraits de Greuze

Avoir aux hommes, Tair coquet, Décoché les mille traits mièvres D'une bouchette aux pures lèvres Qu'un sourire toujours arquait;

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Avoir eu des roses aux joues.

Plus roses, Cupidon charmant, Qu'au beau jardin de ta maman Ne sont celles dont tu te joues ;

Et ne montrer plus, tout à coup.

Que le masque noyé de graisse D'une figure qui se dresse Sur les empâtements du cou !

Et n'oser plus, quoi que je fasse, Sortir, en plein jour, du tiroir, Le trop véridique miroir Qui, si souvent, mira ma face,

Tant cette face, sans défauts Naguère et d"une chair divine.

S'est blessée à la pointe iine, 0 Temps, de ta cruelle faux !

Avoir, quand vers ma grâce humaine Les désirs volaient par essaims.

Offert sur mon torse les seins De Vénus Anadyoraène,

Et devoir serrer, à présent.

Dans la prison de la toilette.

Sur ma pauvre poitrine blette, Un double fruit vide et pesant!

Ahî puisque tout se désagrège Et que, dans ce monde, il n'est pas D'éternité pour nos appas, Encore m'y résignerais-je !

Mais qui donc pourrait désarmer Mon désespoir et ma colère, Puisqu'enfin, ne pouvant plus plaire, Hélas ! je puis encore aimer !

Et je n'ai, loin de ta lumière, O soleil de la passion, Pas plus de résignation Que la belle qui fut heaulmière

Dont nous parle François Villon Et qui, fille d'Eve obstinée, Du désir en sa chair fanée Ressentait encor l'aicruillon!

De même, et dût me mettre en poudre •Un dieu tout soulevé dhorreur Pour ma persistante fureur, Moi, je ne saurais me résoudre

A cesser — bien que superflus ! — Mes efforts pour rompre mon jeûne, Puisque mon cœur est resté jeune Alors que mon corps ne l'est plus !

VIEUX THÈME LYRIQUE Ho

Car, sachez-le bien, mes chéries, Le Temps, de ses doigts assassins, Ride le front, flétrit les seins ; il éteint, par ses diableries,

Les regards les plus éclatants; Bref, le Temps féroce a des armes Pour tuer un à un nos charmes ; Mais, par un grand malheur, le Temps,

Qui détruit tout sur cette sphère.

Le Temps, ce traître, ce bandit, Alceste lui-même l'a dit.

Le Temps ne fait rien a l'affaire '

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