ACTE PREMIER
SCÈXE ITI
Les Mêmes, LE VICOMTE DE MIRABEAU, trente ans, gros,
court, escorté de deux, jeunes femmes élégantes, toilettes exagérées, LISOX et NA^'ETTE, puis PICARDET, costume de laquais.
LE VICOMTE
Pendre quelqu'un? Qui veut-on pendre? M. de Beaumarchais. J'en suis !
LE CHEVALIER
Le vicomte de Mira])eau!... Ce cher ami !...
Il salue les dames qu'il reconnaît.
BEAUMARCHAIS
Me pendre? Attendez au moins, monsieur le vicomte, que j'aie été condamné par arrêt du Parlement!
LE VICOMTE
C'est pour monsieur mon frère, le comte de Mirabeau, que vous dite? cela? Les affaires de mon aine ne sont pas les miennes! Mais si je noircissais jamais du papier, ce serait pour combattre les idées saugrenues dont mon frère se fait l'avocat dans ses brochures et est le portevoix sur le théâtre. Ah! si vous n'aviez pas tant de talent, Beaumarchais!...
Eh bien
BEAUMARCHAIS
LE VICOMTE
Eh bien, je vous sifflerais de bon cœur, quitte à vous donner ensuite un coup de pistolet si vous me demandiez compte du coup de sifflet.
BEAUMARCHAIS
Me casser la tète avec vous? ce serait dommage! La vôtre est mauvaise, mais* le cœur est si bon !
LE VICOMTE
Moi! dans toute autre famille que la mienne je passerais pour un mauvais sujet et un homme d'esprit! Dans la mienne je suis un sot et un homme rangé!
BEAUMARCHAIS
Vous vous amusez et moi je cherche à amuser les autres! Un homme qui a l'esprit de se divertir est toujours un homme d'esprit.
LE VICOMTE
Il n'y a pas moyen de se fâcher avec cet homme-là. (au garçon en s'asseyant.) Holù ! dcs glaccs pour ces dames!