‹ Les mirabeauChapitre 112 sur 131 · ACTE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

ACTE CINQUIÈME

ciei', et fort du pardon de mon père, je voulais lui réclamer une chose sacrée, plus précieuse encore que la liberté de mon corps...

LE MARQUIS

C'est?...

La liberté de mon àme.

Je ne comprends pas !

Il y a deux êtres unis l'un à l'autre, malgré leur volonté. L'un est celui qui vous parle, l'autre est une pauvre femme ensevelie dans un coin de notre Provence comme dans un tombeau ! Et, à cette heure même, cette morte vivante, souhaite la rupture de notre esclavage comme moi qui ne puis donner mon nom à la femme que j'aime, qui m'aime, et qui m'a sauvé.

LE MARQUIS

Mademoiselle de Nehral

Elle! qui a sacrifié son avenir à mon honneur... au vôtre... et qui vous supplie avec moi...

LE BAILLI

Et avec moi !... Vive Dieu !...

HENRIETTE

Monsieur le marquis!...

Mon père !

LE MARQUIS

Me supplier?... Me supplier?... Que voulez- vous que je fasse?... Un mariage est indissoluble.

.\ moins qu'une volonté toute-puissante...

LE MARQUIS

Eh! parbleu!... s'il ne s'agissait que de moi! Mais rompre un mariage I rompre un mariage !... Si j'avais pu le faire, j'aurais peut-être commencé par le mien!... Un seul homme au monde peut lier et délier ainsi...

HENRIETTE

Le roi !

LE BAILLI

Eh ! non ! le pape !... Tout petit, j'étais élevé pour être chevalier de Malte. A quarante-quatre ans, j'ai commandé les vaisseaux de la religion ! Le Saint Père me doit bien quelque chose pour lui avoir donné ma peau! Nous verrons s'il est bon payeur ! J'irai à Rome !

LE MARQUIS

Ah ça ! Jean... tu étais du complot.

LE BAILLI

Plains-toi donc !... Je te rends un' fils... et une fille.

Vous entendez, monsieur le marquis !... Un fils?

LE MARQUIS, tendant les bras à Mirabeau.

Eh !... viens donc, enfant prodigue !

Mon père !

LE MARQUIS, pleurant.

Je n'étais plus habitué à cela, mon cœur était vide !.. .

LE BAILLI

Ainsi, c'est convenu... Laisse-moi aller à Rome, va à Versailles... Nous n'avons jamais rien demandé au roi que nous avons si vaillamment servi... un mot du souverain, un seul !... Il ne peut rien refuser au chef de notre fière maison... Implore-le ! Toi, le roi! moi, le pape !... C'est bien le diable !

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