SCÈNE VIII MIRABEAU, JULIE
Monsieiu' de Mirabeau n'attendait pas chez son père madame de Rieux.
Ni chez son père, ni ailleurs, je croyais que notre commune existence avait été traversée par un cle ces coups du sort qui ne laissent après eux, rien debout, rien de vivant!
JULIE
C'est toi qui me parles ainsi ! Tu me l'avais pourtant juré,
que notre amour serait éternel?... Et moi aussi, Mirabeau je te l'ai promis !
C'est à Julie de Rieux que j'ai fait ce serment ! Entre vous et moi, il y a Valras !
JCLIE.
Lui?... ah !... oui !... Lui !... l'ami !... le frère d'armes!... Ah!... vos fausses amitiés sont donc plus fortes que l'amour de la femme prête à mourir pour vous, à donner son sang, à commettre un crime.
Un crime ? toi ?
JULIE
Est-ce que je sais?... je suis folle! J'ignorais l'amour avant de te connaître. Ce n'est pas Valras, cet homme à la prol)itc froide dont je hais la gravité glacée, Valras, ce puritain prêcheur qui pouvait me comprendre, que je pouvais aimer. Ce que n'ont pu ti'ouveren moi, ni lui, ni les autres dont le souvenir me donne des frissons de dégoût, tu l'as trouvé, toi!... et encore aujourd'hui, si tu savais, de moi femme tombée, prèle à toutes les folies, à toutes les fureurs, de moi qui menace et qui te supphe, tu ferais, si tu voulais une héroïne 1
Ne me parle pas ainsi ! Tu mens ! oui ! tu te mens à toimême. Je te connais, maintenant, va, tu es née pour faii'e le mal, et ton amour est doublé de haine !
JULIE
Ah ! tes injures, ton mépris, que me ferait tout cela s'il y avait encore en ton cœur de l'amour?... Mais je le vois bien ! oh ! si tu me connais comme tu dis, je te devine ! Ce n'est pas Valras qui nous sépare... c'est cette femme, cette Nehra.
Mademoiselle de Nehra, elle est ici!... Chacune de nos