ACTE PREMIER
avenir un homme tel que vous est appelé. Vous rappelezvous quand nous nous sommes rencontrés? comme vous étiez triste, sombre!
Parbleu! je songeais au suicide tout simplement. J'étais lugubre comme une nuit d'Young. Un amour perdu, maudit par mon père, traqué par mes créanciers, poursuivi par les juges, condamné à mort, j'allais exécuter moi-même la sentence de ces deux magistrats. — Mais par cette superstition des gens qui joueraient leur vie à pile ou face, je veux une dernière fois braver le destin, atïronter les regards des policiers et me dire : Eh bien ! si la prison ne veut pas de moi, la Seine sera meilleure personne.
JULIE
Quelle fohe ! quand on a devant soi un avenir comme le vôtre !
Vous voyez bien que j'avais raison de tenter le sort, puisqu'il vous a mise face à face avec moi, puisque cette main robuste a pu, au Cours la Reine, saisir par les naseaux le cheval qui emportait votre voiture et i)uisque ces bras ont pu vous recevoir à moitié défaillante !
JULIE
Et quelle joie après quelle terreur, lorsque je suis revenue à moi, soutenue par vous et que je vous ai reconnu!
A la laideur de ma face '
A l'éclair de ton regard, à l'accent de ta parole, à ce que je savais de toi, de tes malheurs qui avaient pâli ton front, de ton génie qui éclairait ton visage! Et depuis ce jour je t'ai aimé, et j'ai voulu être la compagne de ta vie, et j'aurais partagé le pain de ta pauvreté, comme Sophie, si tu l'avais voulu. Libre, veuve, je peux te suivre et te suivrai
partout, certaine que le jour viendra où tu le feras au soleil la large place qui t'est due, et que ce jour-là, mon orgueil partagera ta gloire !
MIKABEAi:.
Ma gloire! En attendant, ma gloire consiste à gratter du papier pour vivre et à me cacher comme un voleur dans les rues de Paris pour n'être pas écroué au Chàtelet! Mais, tu as raison, aimons-nous ! Aimons-nous furtivement, dans l'ombre où l'on est plus seuls, aimons-nous sur les débris du passé et que nos amours s'épanouissent sur notre existence brisée, comme une fleur pâle sur des ruines! Mais ne t'étonne pas, Julie, si quelque jour l'ouragan l'emporte, car la destinée des Mirabeau est de soutirir et de faire souffrir, et leur vie, c'est l'orage!
Pourquoi me dis-tu cela? Est-ce que tu veux quitter Paris? Ce serait une folie, car ton poste de combat est ici. Mais si tu le faisais, je te suivrais! Pourquoi me dis-tu que notre amour peut finir? Ne me répète pas cela, c'est toute ma vie cet amour ! Si tu t'arrachais à moi, je serais capal)le... Mais non. non, je t'aime, tu sais l>ien que je suis une servante dévouée, la servante de tes ambitions et de ta passion, l'être qui se phe à tes fantaisies, à tes colères, tu ne me quitterasjamais, jamais! Tu m'aimeras toujours?... Jure-le moi!
Je te le jure ! Allons, va, séparons-nous! Va écouter Beaumarchais! Je voudrais savoir.
Jl LIE.
Oui, j'y vais. Mais jure-moi que tu m'aimes.
Je t'adore!
JTLIE.
L'adoration est pour les saintes; ce que je te demande, mon Gabriel, c'est ton amour! c'est ton cœur, c'est ton àme !