SCENE II
Les Mêmes, JULIE, MADAME DE PAILLY, suivies d'un Exempt.
MADAME DE PAILLY
Ainsi, c'est entendu, vous vous arrêtez à l'hôtel, ma chère Julie ? Vous n'y trouvei-ez pas le marquis, il est parti.- Mais mademoiselle de Nehra y est encore.
JULIE
Mademoiselle de Nehra? Elle est ici?
MADAME DE PAILLY
Oui, et c'est là, en face de l'hôtel de M. de la Fare que descendra Mirabeau.
JULIE
Ah ! (a part.) Elle l'a suivie !
MADAME DE PAILLY
C'est une journée décisive pour lui. Ce serait le triomphe
si je n'étais là! J'avais fait racheter à Paris ses créances!... Je ne sais qui les a payées !
JULIE
Je crois lavoir deviné, moi !
MADAME DE PAILLY
Mais je tirerai parti de ce mystère même. Oh! ne me dites rien... Je sers votre amour plus que tous ne pensez en servant ma haine !
Oui, car Mirabeau ne m'aime plus, il me luit. Malheur à qui nous a séparés !
MADAME DE PAILLY
L'assemblée de la noblesse présidée par le consul d'Aix, M. de la Fare, est en ce moment réunie pour statuer sur l'élection du comte! Avant une heure, et grâce à moi, la tempête éclatera sur sa tête. Qui cherchez-vous donc du regard ?
Vous n'avez donc pas {remarqué cet homme qui nous a suivies tout à l'heure ?
MADAME DE PAILLY
Non !
JULIE
Moi je l'ai bien reconnu ! c'est Valras ! Venu à Aix ! Dans quel but?... — Quelque danger pour moi I... Cette lettre de cachet obtenue jadis par le marquis et dont vous aviez, sur ma prière, consenti à ne pas faire usage...
MADAME DE PAILLY
Eh bien ?
JULIE
Vous l'avez toujours ?
MADAME DE PAILLY
Oui, chez moi!