PROVINCES ECCLÉSIAS- TIQUES DESAINT-DOMINGUE ET DE PORT-AU-PRINCE
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ILE de Saint-Domingue, la plus belle de L. nos colonies des Antilles, s'émancipa de la mère-patrie, à la fin du dernier siècle, par suite de la révolte du fameux Toussaint: Louverture, révolte favorisée par les orages de la Révolution française et les longues guerres de l'Empire, qui nous firent perdre la plus grande partie de nos colonies. Au bout d'un siècle, ce malheureux pays n'a pu sortir de l'état d'anarchie dans lequel l'ont plongé les révolutions.
Une première période de guerres civiles et de déchirements intérieurs aboutit, en 1843, à la séparation de l'ile en deux républiques indépendantes et ennemies : la république d'Haiti, au nord-ouest, et la république de Saint-Domingue, au sud-est,
Puis les noirs d'Haiti, fatigués probablement de la forme républicaine, voulurent se payer le luxe d'un empereur, et l'on vit monter sur le trone Sa Mujesté Soulouque Le, le rival ou le singe de Napoléon 1. Après lui, les noirs d'Hluti ont recommencé à jouer à la république, comme ils avaient joué à l'empire ; mais le second régime ne leur à pas mieux réussi que le premier,
Il serait aussi inutile que fastidieux d'énumérer ici toutes ces révolutions, qui éclatent périodiquement tous les quatre ou cinq ans, et ne
permettent presque jamais au président de la république d'arriver paisiblement au terme de son mandat,
On voit que les noirs ont pris au sérieux le dogme moderne et laïque de la souveraineté du peuple, et qu'ils s'appliquent consciencieusement à nous imiter en nous dépassant. Le résultat le plus net, c'est une anarchie politique, financière et religieuse, dont nous ne pouvons pas même nous faire l'idée en Europe.
€ Ces révolutions continuelles, écrivait dernièrement un missionnaire, ont fait retomber les noirs en plein paganisme, »
On comprend, en effet, qu'au milieu de ces guerres civiles et de ces bouleversements politiques, le catholicisme n'a pu que perdre ; d'autant qu'en s'émancipant de la France, les noirs ont gardé soigneusement toute l'organisation bureaucratique et les prétentions autoritaires de l'ancien régime, Depuis l'empereur Soulouque, de grotesque et sinistre mémoire, jusqu'au der: nier noir élevé à la dignité de chef de bureau, tous se croient le droit de régenter l'Église et de faire la leçon aux évêques On a exilé les premiers pasteurs, on à jeté sans motifs les prétres en prison, on a confisqué les biens d'église, on à empêché où gêné de toutes manières le recrutement du sacerdoce, Il en est résulté que ce pays, autrefois tout catholique, sous la domination française, est tombé dans une sorte de nihilisme religieux. La plupart des nègres d'Haïti ne sont plus catholiques que par le baptème et certaines habitudes religieuses, mélées de beaucoup de superstitions.
Il est même arrivé ceci qu'un certain nombre de noirs ont abandonné formellement le catholicisme, et sont retournés purement et simplement au paganisme. Unissant les vices de la civilisation, qu'ils nous ont empruntés, aux Superstitions et aux mœurs féroces de la sauvagerie, ils sont tombés, en quelque sorte, au
dessous de leurs congénères d'Afrique. On trouve, dans l'ile de Saint-Domingue, les horreurs du culte secret des Vaudoux, le sacrifice humain et l'anthropophagie, L'empereur Soulouque, bien qu'il ne manquât jamais d'assister en grande pompe à toutes les cérémonies du culte catholique, nourrissait dans son palais un serpent sacré, auquel, si l'on en croit le bruit public, il donnait à dévorer des enfants. En 1872, deux
femmes et cinq hommes, traduits en jugement, avouérent cyniquement qu'ils avaient tué et mangé, en quelques mois, vingt-trois personnes. Une mère, si l'on peut encore lui donner ce nom, fut condamnée à mort pour avoir dévoré, dans ces festins sacrilèges, huit de ses enfants. Voilà qui peint une civilisation ! ;
Que faisait donc, pendant ce temps, l'Église catholique ? Hélas ! depuis longtemps elle n'existait plus, à Saint-Domingue, que de nom. Plus d'évêques, quelques prêtres noirs, souvent aussi ignorants que leurs paroissiens ; d'autres prètres venus d'Europe, sans lettres testimoniales, voilà en quoi consistait le clergé haitien, Un seul remède existait pour sauver cette Église en détresse, c'était de s'adresser à Rome, et le couvernement d'Faiti y avait songé plus d'une fois, On avait entamé des négociations avec le Saint- Siège pour la conclusion d'un concordat, la première fois en 1824, puis en 1834, en 1836, en 1843. Les bouleversements politiques et les exigences des noirs n'avaient pas permis à ces premières négociations d'aboutir.
Enfin, en 1860, le président Geffrard eut l'honneur de conclure avee le Saint-Sitve un concordat qui rétablissait, dans la partie occidentale de l'ile, la religion catholique, à peu près détruite dans toute l'étendue de la République haitienne, Ce concordat, assez semblable à celui qui nous régit en France, établissait pour la République d'Haiti la province ecclésiastique de Port-au-Prince avec quatre évêchés suffragants : les Gonaives, les Caves, le Cap-Futien et Portde-Paix, Malheureusement ce concordat ne fut jamais loyalement exécuté. Au bout de trente ans, ON N'a pu encore obtenir que la nomination de deux titulaires ecclésiastiques sur « inq : l'archevèque de Port-au-Prince et l'évêque du Cap. Les autres sites Épiscopaux sont desser\ is jusqu'ici : les Gonauves et les Cayes, par l'archevêque de Port au-Prince : Port-de-Paix. par l'évêque du Cap.
Aussitôt après la conclusion du concordat.
l'abbé du Cosquer, ecclésiastique français, qui avait beaucoup aidé aux névociations, fut Envoyé à Hauti en qualité de délégué apostolique, pour faire exécuter la nouvelle convention, En 1862 il fut préconisé premier arc hevéque de Port-au Prince. Tout était à créer, Le prélat se mit cou
Faeusement d l'a uvre, CC Comm ne par faire
venir à Haiti plusieurs congrégations religieuses, pour suppléer au petit nombre des prêtres,
Les congrégations sont actuellement au nombre de cinq :
19 Les PP, du Saint-Esprit, qui ont dans la ville de Port-au-Prince un beau collège libre, qui compte près de 100 internes et 200 externes, Cet établissement d'éducation est incomparablement mieux tenu que le grand collège du gouvernement, qui coûte cependant des millions à l'État. Aussi, chaque année, les enfants des meilleures familles d'Haïti viennent y chercher l'instruction,
2° Les PP, de la Compagnie de Marie (B.
Grignon de Montfort), qui préchent des missions et desservent plusieurs paroisses dans le diocèse de Port-de-Paix.
3° Les Frères de l'Instruction chrétienne (Ploermel), qui ont 1.320 élèves dans leurs écoles,
4° Les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, qui tiennent un pensionnat florissant à Port-au- Prince : 140 internes et 360 externes, avec plus de 600 enfants dans les écoles de paroisses,
5° Les Filles de la Sagesse desservent un hôpital et ont aussi des écoles : 220 élèves.
En même temps qu'il faisait appel au dévouement des congrégations religieuses, le nouvel archevêque de Port-au-Prince, pour assurer le recrutement de son clergé et remédier à la disette des vocations, ouvrit à Pont.Château (diocèse de Nantes) un séminaire, sous la direction des PP, de la Congrégation de Marie, Selon qu'il était convenu dans le, concordat, le gouvernement haitien consentit à y entretenir un certain nombre de bourses,
Mais bientôt de nouveaux bouleversements politiques vinrent arrèter et compromettre cette renaissance religieuse. En 1865, une révolution appelait au pouvoir le président Salnave, et la persécution recommençait avec lui, En vertu du fameux principe de la séparation de l'Église et de l'Etat, principe que les noirs appliquent à leur manière, on rompit officiellement tout rapport avec le clergé, on supprima les bourses du séminaire, on expulsa où l'on jeta en prison un certain nombre de prêtres ; puis, de sa propre autorité, le président destitua l'archevèque, dont la tête fut mise à prix, et qui fut forcé de se réfu
gier à Rome, où il mourut de chagrin, en 1860.
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Le pape nomma alors pour le remplacer son vicaire général, Mer Guilloux, vi apostolique, administrateur de l'archidiocèse, Mais le président refusa de le reconnaitre en cette qualité, et la persécution continua
Une révolution avait placé Salnave à la tête de la République ; une Révolution le renversa en 1869, et le nouveau gouvernement commença par montrer des dispositions moins hostiles, Myr Guilloux fut reconnu en qualité d'archevéque de Port-au-Prince, et l'on promit d'appliquer loy ment le concordat de 1860,
ale-
HAITI. — Ruines du palais de S
que absolue d'instruction et la pénurie effrayante de prètres, Les paroisses comptent en vénéral quinze à vingt mille âmes, sur une étendue de trente à quarante lieues en tous sens. Encore les prêtres sont en si petit nombre, que plusieurs postes demeurent sans titulaires et sont desser
vis par le curé voisin. On compte en tout, pour
les trois diocèses de Port-au-Prince, des Gonaives et des Caves, soixante prêtres ; mais comme un certain nombre de ces prétres sont employés dans l'enseignement, on arrive à là proportion
vraiment incroyable d'un seul prêtre pour quinze
Sans-Souci, à Milot, près du cap H
IDENTALES, 1800-1890, 307
Un des premiers soins de Mger Guilloux fut d'entreprendre la visite pastorale de son vaste diocèse,
Je donne le résumé de cette visite, d'après une lettre du prélat, écrite en 1872. On y trouvera la peinture de la situation religieuse d'Haïti à cette époque, Sur une population totale de 807.000 âmes que comptait alors Haïti, on trouvait à peine 40,000 catholiques (moins du vingtième) qui fussent mariés à l'église et qui remplissent leurs devoirs religieux. La cause de
cette situation vraiment lamentable est le man-
aitien ; d'après une photographie.
à Vingt mille catholiques, De cette pénurie inoute de prêtres, S'ensuivent deux résultats aussi désastreux l'un que l'autre : le premier, qu'un plupart venus
grand nombre de ces prêtres, la de France, s'épuisent avant l'heure
dans un travail disproportionné aux forces humaines, surtout sous un climat aussi meurtrier que celui des Antilles, et succombent à la fleur de leur âve, avant d'avoir pu rendre beaucoup de services : le second, c'est que les fidèles croupissent dans
l'ignorance de la religion, vivent sans aucune
pratique, et meurent presque toujours sans avoir
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reçu les derniers sacrements, Dans le seul diocèse de Port-au-Prince, Mgr Guilloux estimait que, chaque année, plus de cinq mille enfants sont moissonnés par la mort avant d'avoir reçu le baptême.
Du reste, dans cette tournée pastorale qui dura deux mois, l'archevêque fut un peu dédommagé de ses fatigues et de ses tristesses en voyant l'empressement des fidèles à se préci piter sur ses pas, On lui apportait de vingt et de trente lieues les malades qu'on déposait aux bords de la route, pour qu'il pût les confesser et leur donner la confirmation, Dans ces deux mois, l'archevéque de Port-au-Prince confirma 10.761 personnes, bénit des centaines de mariages, entendit des milliers de confessions. Partout on l'accueillait comme l'envoyé de Dieu, on lui promettait de relever les anciennes églises ruinées où d'en rebâtir de nouvelles, mais à la condition d'avoir des prêtres.
Comme le nouveau gouvernement d'Haïti ne se pressait nullement, malgré ses promesses, de rendre leurs bourses aux séminaristes, le prélat, d'accord avec son clergé, résolut de rouvrir, aux frais de la mission, le séminaire de Pont-Chàteau, fermé depuis 1868. Dès 1874, on comptait vingt-huit élèves ecclésiastiques dans cette pépinière de l'apostolat, et l'on put espérer de meilleurs jours pour l'Église du pays.
Mais, dans cette même année 18574, nouvelle révolution à Haiti, qui remet tout en question, On élabore une nouvelle constitution, dans laquelle on pose en principe la revision du concordat de 1860. En attendant, défense est fuite à l'archevèque de recevoir aucun prêtre venu du dehors. C'était à bref délai la mort de l'Église haïtienne, car les familles de l'aristocratie nègre croiraient déroger en offrant leurs fils à l'Église, et nul moyen de recruter, parmi la plèbe ignorante, des prêtres diynes de cé nom. Heureu sement la bourrasque dura peu, et de nouveaux changements politiques amenèrent aux affaires des hommes mieux intentionnés,.
Bientôt, le nombre des prêtres s'accroissant, grâce Surtout aux appoints venus de France, l'archevéque put pourvoir aux besoins les plus urgents des populations, et un grand mouvement
religieux commença à se produire dans tout le pays. En beaucoup de localités, on construisit de nouvelles églises, vec le concours empressé du peuple : le nombre annuel des baptêmes d'enfants et des mariages contractés devant le prêtre s'éleva rapidement.
Cette population d'Haïti, exclusivement noire, a gardé notre langue et nos mœurs ; si elle copie, en les amplifiant, nos défauts, elle à aussi quelques-unes de nos bonnes qualités, en particulier le sens religieux, Convertis et instruits convenablement, les Haitiens font souvent d'excellents chrétiens, On en voit qui font, chaque semaine, quinze à vingt lieues pour assister à la messe du dimanche, Le Denier de Saint-Pierre, l'œuvre de la Propagation de la Foi sont en honneur parmi eux, Plusieurs associations d'hommes se sont formées sous la bannière du Sacré-Cœur, les membres communient régulièrement le premier vendredi de chaque mois. La paroisse eathédrale de Port-au-Prince compte, à elle seule, trois cents de ces pieux associés,
[ya done à Haiti tous les éléments d'une régénération religieuse, Mais, pour cela, il faut deux choses : de bons prêtres, en nombre suffi sant, et un peu de stabilité politique, Or, jusqu'ici, ces deux conditions indispensables ont fait plus ou moins défaut. En 1889, pendant que deux compétiteurs se disputaient, les armes à la main, le pouvoir suprème, n'avons-nous pas vu arriver en France l'ex-président Salomon? C'est le sixième président de la République violemment renversé depuis 1860, Six révolutions en trente ans, sans parler des tentatives avortées ! Com ment le catholicisme, qui est une religion d'ordre et de paix, pourrait-il prospérer dans un milieu
si troublé !
+ SAINT-DOMINGUE. be
Ï À situation est un peu plus tranquille, sans s être plus assurée, dans li partie orientale de Pile, qui, depuis 1843, forme la République séparée de Saint-Domingue. Pendant trente ans, de 1843 à 1873, la guerre civile fut Lu per manence dans le pays, au grand détriment des intéréts conservateurs et religieux. Enfin, en iS71, un des présidents de li nouvelle Répu
blique eut lheureuse inspiration de demander
5 tout le struisit de pressé du d'enfants le” prêtre
ent noire, elle copie, aussi quelarticulier convena- Il excellents semaine, messe du œuvre de eur parmi , SC sont Cœur, les : premier se cathé-
lle seule,
nts d'une a, il faut bre suffi jusqu'ici, fait plus je deux la main, u arriver C'est le lemment ‘n trente S! Com pl d'ordre n milieu
lle, sans orientale publique CU Frenie t nu-per nent des nfin, en ce Répu
emander
pour elle le baptême catholique, en ouvrant des pourparlers avec le Saint-Siège pour la restau. ration religieuse du pays.
Par un bref de
sont apaisées, et la religion est rentrée peu à peu dans les masses, En 1880, un prêtre, le KR. P, Moréno, était même nommé Président de la 1874, le Pape nomma un République de Saint-Domingue,
vicaire apostolique, administrateur de l'archevéché de Saint-Domingue,
Cette partie de l'ile, qui est de langue et de mœurs espagnoles, compte environ trois cent près d'un siècle | mille habitants, tous catholiques. Plus heureuse
a porté bonheur que celle d'Haïti, Ja République de Saintà la jeune République de Saint-Domingue,
Depuis ce temps les compétitions politiques se
l'antique primatiale du Nouveau-Monde, demeurée
sans titulaires, Cette démarche
Domingue semble être entrée, depuis vingt ans, “>
dans une voie de pacification sérieuse, Puisse
Hull LL À ['saur s | TE TACAE Le np less
TRINIDAD, — Cathédrale de Port-d'Espagne.
cet apaisement se maintenir ! Malheureusement,
des deux provinces ecclésiastiques de Port-au- | Prince et de Saint-Domingue, Les documents me font défaut pour établir la statistique comparée,
ilest bien difficile de compter sur la stabilité
politique d'un pays bouleversé par des révolutions
périodiques, et travaillé depuis longtemps par
les Sociétés secrètes. La race noire, émancipée
Sans préparation, appelée subitement à exercer | Provinces ecclésrastiques de Pert.au-Prince des droits politiques qu'elle ionorait la veille, parait radicalement incapable de se constituer
| et de Saint-Domingue.
Archevèché de Port-au-Prince, — 1 archevêque, 48 prè trés, 16 paroisses, 350.600 catholiques,
elle-même et de former un gouvernement qui
puisse subsister,
Les Gonaives, 12 prêtres, 8 paroisses, 110.000 catholiques.
Voici, à la date de 1890, la situation religieuse,
in ete
Les Cayes. — 24 prêtres, 20 paroisses, 240.000 catholiques.
Le Cap. — 1 évique, 25 prêtres, 19 paroisses, 221.000 catholiques.
Port.de-Paix. — ? prêtres, 4 paroisses, 39 002 catholiques
Archevêché de Saint Domingue, -- 1 administrateur apos tolique, ? prêtres, ? paroisses, 301.000 catholiques
Total : 1 archevêque, 1 évêque, 1 administrateur apos tolique, 109 prêtres, 67 paroisses, 1.261.000 catholiques,