VICARIAT APOSTOLIQUE DES NAVIGATEURS
Le vicariat apostolique des Navigateurs, érigé en 1850, eut pour premier titulaire, en qualité d'administrateur, Mgr Bataillon, et depuis, bien qu'il ait son autonomie distincte, ce vicariat a Iministré par le vicaire apostolique le Füctanie centrale, Il se compose de deux groupes d'iles : l'archipel des Navigateurs, au sud, et les iles Tokelau, au nord.
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Archipel des Navigateurs. L'archipel de Samoa ou des Navigateurs se compose de trois grandes iles : Savaï, 55 lieues de circuit, Upolu, 43 lieues, et Tutuila, 35 lieues, sans compter plusieurs petites îles. La population, qui était encore, il y a trente ans, de 65.500 âmes, est tombée au-dessous de 35.000, Le gouvernement est une sorte de république fédérative et aristocratique ; mais, depuis vingt ans, les Américains, les Allemands et les Anglais se disputent le protectorat de ces îles, et ce n'est qu'à la rivalité de leurs convoitises que les Samoans ont dû de garder une partie de leur indépendance. Depuis quelques années, sous prétexte de sauvegarder les intérêts de leurs nationaux, les consuls d'Angleterre, d'Allemagne et des États-Unis se sont arrogé le droit d'intervenir dans toutes les questions importantes, ce qui constitue un protectorat déguisé, en attendant l'annexion.
Les missionnaires catholiques arrivèrent à Samoa en 1845. Il y avait une dizaine d'années que les protestants s'y étaient installés ; mais il ne semble pas qu'ils aient pu y exercer leur domination ordinaire.
Le peuple samoan, très fier et très indépendant de caractère, ne prit guère au protestantisme que son unique dogme : la liberté des opinions et le droit pour tout particulier d'expliquer la Bible à sa fantaisie, Au du Rév.
Georges Turner, qui passa plusieurs années
rapport
dans ces îles : € après avoir reçu Îles instructions » des ministres pendant un quart de siècle, une » partie du peuple est entrainée par les prédi- » cants indigènes dans toutes sortes d'extra- » vagances et d'absurdités (1). » En 1861, au rapport du même auteur, sur une population de 65.500 âmes, 45.757 étaient encore des payens déclarés ; sur le reste, 645 seulement pouvaient
1, Rév, Georges Turner, Weuf ans en Polynésie, ch, 9. B , , 2
| être regardés comme appartenant vraiment à
l'Église protestante ; les autres professaient toutes les extravagances qu'une lecture incomprise de la Bible peut suggérer à des imaginations encore payennes.
Et pourtant les ressources n'avaient pas manqué aux prédicateurs du pur Evangile pour attirer à eux les indigènes, Dix missionnaires européens travaillaient à la fois, assistés d'une véritable armée de 231 caéchistes ou maitres d'écoles indigènes ; des temples coquets et richement entretenus, des écoles s'élevaient sur tous les points de l'archipel. En présence d'un pareil déploiement de forces, il faut avouer que le résultat annoncé par le Rév. Turner parait maigre,
Mais si les protestants avaient à peu prés échoué à Samoa dans leur œuvre d'apostolat, ils avaient su inspirer aux indigènes la plus grande horreur des prêtres papistes, qu'ils leur avaient représentés comme des idolâtres pires que les payens. Ordre avait été donné de les exclure ab solument de l'archipel. Aussi, quand ils se présentèrent, ils furent d'abord très mal reçus et eurent beaucoup de peine à trouver un village qui consentit à les recevoir. Ces préventions tombérent assez vite, quand on les vit à l'œuvre ; mais l'indifférence religieuse et l'esprit sectaire, développés au milieu des indigènes par l'hérésie, n'ont pas permis au catholicisme de faire de grands progrès dans ces iles ; d'autant que, selon l'usage, les riches et les puissants sont du côté de l'hérésie. Ce fait, bien connu de tous à Samoa, n'a pas empêché les prédicants, constatant à leur manière le succès relatif de leurs rivaux, d'écrire que «les convertis catholiques embrassent vo- > lontiers une religion qui tolère tous leurs vices, » et qui compte des chefs orgucilleux et mé > chants, toujours prêts à se mettre à la tête » d'un parti (1). » Il est difficile d'avancer une proposition plus invraisemblable et plus contraire à la vérité, mais cela fait bon effet au loin sur les souscripteurs.
Les protestants font justement à Samoa ce qu'ils reprochent à tort aux catholiques ; ce sont eux qui, pour s'emparer du pouvoir, ont déchainé dans l'archipel le fléau de la guerre civile, en voulant remplacer le principal chef de l'ile, Matoafa, oncle
catholique fervent, par son