‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 145 sur 404 · AT COUT · texte numérisé non relu

AT COUT

"HISTOIRE de la résurrection de ces deux Eglises martyres est pleine d'intérét pour le lecteur chrétien. Malheureusement je ne puis qu’esquisser ici les grandes : lignes du tableau, renvoyant M SS pour les détails le lecteur aux ouvrages spéciaux qui ont raconté l'histoire de ces deux missions (1).

ET. — MISSIONS DU JAPON. Ssf>

OUT le monde a présente à la mémoire

l'histoire héroïque de l'Eglise du Japon :

cette chrétienté de deux snillions d'âmes s’abimant tout entière dans le sang de ses prêtres et de ses enfants ; plus d’un #i/lier de missionnaires, Jésuites, Augustins, Franciscains, Dominicains, donnant généreusement leur vie dans des tortures inouïes ; près de deux cent mille martyrs indigènes ; la rage des persécuteurs, l'intrépidité des fidèles, l’infâme complicité de l'Europe protestante, livrant au bourreau les derniers débris de cette illustre Eglise ; la perfidie des Hollandais, aidant eux-mêmes à massacrer leurs frères chrétiens, en haine du catholicisme et pour un vil intérêt commercial. Depuis les temps apostoliques, aucun spectacle plus grandiose n'avait été donné au monde chrétien : il y eut là des épisodes d’une beauté à ravir les anges, et des raffinements de perversité à faire tressaillir d’envie les démons de l'enfer,

Puis, pendant un siècle et demi, il se fait un silence de mort sur la tombe des martyrs, et le monde chrétien se demande avec angoisse si tout est fini. Malgré tout, un espoir invincible persistait. Je ne sais quels pressentiments secrets avertissaient les catholiques qu'ils avaient encore des frères du Japon ; on se refusait à croire à la mort de cette Eglise, qui avait donné des preuves si énergiques de vitalité, Un grand nombre de lettres de missionnaires se font l'écho de ces préoccupations, pendant les quarante premières années du XIX£ siècle. En 1846, Grégoire XVI, qui a tant fait pour les missions, rétablit le vicariat apostolique du Japon, et le confia à la Société des Missions Etrangères de Paris,

1, Aistoire du Japon, par le R. P. de Charlevoix, — Le Jaton,

Il fallait forcer les portes de cet empire, enfermé dans un cercle infranchissable. Deux missionnaires, M. Forcade, mort archevêque d'Aix, et M. Leturdu, mort dans les prisons de Canton, s'établirent d’abord aux îles Lieoukieou. Après deux ans d'efforts infructueux pour se mettre en rapport avec les Japonais, il fallut abandonner le poste. Ce fut qu'en 1861 que les missionnaires purent s établir au Japon, à la suite des traités de commerce conclus avec les nations européennes,

Leur position n'en était pas moins précaire : sévèrement confinés dans les deux ou trois ports ouverts aux Européens, les missionnaires se sentaient surveillés par une police vigilante, et il leur était à peu près impossible de se mettre en relations avec les indigènes. D'ailleurs les anciens Édits contre la re/igion infâme subsistaient toujours, et la mort attendait le premier Japonais qui se fût hasardé à s'approcher de ces étrangers doublement suspects, comme Européens et comme prêtres,

[ n’y avait donc qu’à attendre le moment de DIEU et à préparer l'avenir. C’est ce que firent nos confrères, avec une abnégation complète. Ils

par M, Léon Pagès, — Æistoire de Corée, par M. Dallet,

limitèrent leur ministère aux rares Européens présents dans les ports du Japon, élevérent quelques chapelles, au frontispice desquelles ils arborèrent la Croix si longtemps proscrite, étudièrent la langue, les mœurs, les institutions sociales de ce peuple étrange, et comme les apôtres à la veille de la Pentecôte, ils se préparèrent, dans le recueillement et la prière, aux grandes choses que DIEU voulait opérer par leurs mains.

Cette attente ne fut pas trompée. L'heure de la résurrection allait sonner pour cette Eglise sommeillant depuis trois siècles sous la pierre du sépulcre. En 1862, Pie IX appetit le :onde catholique à Rome pour célébrer la canomi-atton des premiers martyrs japonais.

En présence de trois cents évèques et de plus de cent mille fidèles, il élevait sur les autels 26 martyrs j°* onais : 3 religieux de ja Compagnie de Jésus, : Franciscains, 17 Tertia: rucifiés à Nagazaki le 5 février 1597. Cet rance fête du Ciel et de la terre était l'aur de la -ésurrection.

À Nagazaki, les missionnaires s’étaini empre; sés naturellement d'élever une église aux 26 martyrs, et, malgré les efforts de la poli,

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178 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

agenouillé : € Votre cœur, lui disent-elles à voix | basse, et notre cœur ne sont qu’un même cœur. } Puis, désignant l’image de la Mère de DIEU :

« Celle-là, c'est Santa Mari Sama, cet enfant, c'est /esous Sama. Chez nous presque tout le monde nous ressemble. »

€ Soyez béni, à mon DIEU, pour tout le bonheur dont mon âme fut alors inondée ! » écrivait l’heureux missionnaire, témoin et acteur dans cette touchante scène. € Quelle compensation de cinq années d’un ministère stérile ! »

Pie IX, averti immédiatement de la découverte des anciens chrétiens, voulut instituer une fête spéciale, qui se célèbre chaque année au Japon, le 17 mars, sous le rit double majeur, pour solenniser la résurrection de cette Eglise.

L'Eglise du Japon était retrouvée. Malgré l'atrocité d’une persécution de trois siècles, malgré l'absence du prêtre pendant 180 ans, des milliers et des milliers de Japonais, sans autels, sans culte, avaient réussi à conserver leur foi. C'est là un des plus prodigieux exemples de vitalité qu'on trouve dans les annales de l’apostolat.

Une dernière épreuve était réservée à cette |

glise renaissante. Malgré toutes les précautions prises, le secret ne put être gardé, une nouvelle persécution éclata, De 1868 à 1873, six à huit mille chrétiens furent déportés, séparés de leurs familles, soumis à des tortures atroces ; près de deux mille moururent en prison, à la suite des mauvais traitements.

L'Europe chrétienne, qui a ses représentants au Japon, s'émut de ces barbaries, Plus chrétiens, ou moins fanatiques que ceux du XVIe siècle, les ambassadeurs protestants furent les premiers à réclamer avec énergie, Ï.: gouverner *nt japonais, bien différent de celui de la Chi- entré pleinement dans le courant de le «ion occidentale ; il tient à prendre rang - peuples civilisés et à mériter l'estime urope. Le Mikado eut le bon sens de comprendre que les lois iniques du passé étaient incompatibles avec les idées nouvelles ; il accorda la liberté religieuse et il semble décidé à la maintenir franchement,

On peut donc espérer que l'ère des persécutions sanglantes est close au Japon. Les difficultés que l’apostolat catholisi: rencontrera sur sa route ne viendront plus de là désormais. Ces difficultés ne laissent pas d'être considérables encore. Le paganisme conserve une immense influence sur la masse du peuple, et, d'un autre côté, les transformations politiques et sociales par lesquelles passe actuellement cet empire, sont loin de favoriser la propagation de l'Evangile. À l'heure actuelle, ce pays est en pleine crise sociale, Il a rompu brusquement avec tout son passé, toutes ses traditions, pour se jeter, avec un engouement un peu irréfléchi, entre les bras de la civilisation occidentale. C'est là une transition trop brusque et qui laisse entrevoir de redoutables éventualités pour ce peuple si intelligent, mais qui parait si impressionnable, et qu'on a nommé,

non sans apparence de raison, les Français de l'Extrême-Orient. Jusqu'ici, il a surtout pris de la civilisation occidentale ce qui frappe les yeux : les modes, les industries, la vapeur, l'électricité et, dans un autre ordre d'’id:es, les institutions politiques, les journaux (1), les constitutions et jusqu'au parlementarisme. Mais il ne paraît pas avoir même soupçonné la force cachée qui permet, à ces redoutables engins du progrès moderne, de se mouvoir sans trop de chocs, je veux dire l'esprit chrétien, dont nos vieilles sociétés sont encore tout imprégnées, quoi qu'elles en disent. Ces forces redoutables, aux mains d’un peuple encore tout païen, ne vont-elles pas devenir,un danger pour lui ou pour les autres ? C'est le secret de l'avenir. Mais il est certain que le Japon passe aujourd'hui par une crise sociale très redoutable. Converti deux siècles plus tôt, il eût été, comme les nations occidentales, élevé doucement par l'Eglise, qui eût respecté soigneusement ses institutions patriarcales, ses mœurs, ses traditions. Jeté à l’improviste et sans préparation au milieu de ce mouvement qui nous entraîne nous-mêmes vers un progrès problématique, n'est-il pas à craindre que ce peuple intéressant ne prenne de notre civilisation que nos vices et nos révolutions ?

Un autre danger bien redoutable pour l’apostolat, c'est la présence du schisme et de l’hérésie. Dès que le Japon fut ouvert aux étrangers, le schisme russe l’envahit par le nord et le protestantisme par le sud. Aujourd’hui cette terre sacrée, que le catholicisme avait rachetée au prix de son sang, nous est disputée par une armée de popes et de prédicants. Quel effet désastreux ne produira pas sur l'esprit d’un peuple observateur la révélation des divisions qui déchirent l'unité du christianisme! N'est-il pas à craindre que cette vue ne le jette dans la libre-pensée et l'indifférence religieuse ?

Ces redoutables éventualités, qui attristent le cœur du penseur, ne découragent pas le zèle de l'apôtre. Avec des ressources bien modestes et bien insuffisantes, hélas ! l’apostolat catholique tient tête à tous les ennemis.

Il reste encore un bon nombre de vieux chrétiens à découvrir et à ramener à l'Eglise. La crainte des persécutions, l’orgueil des anciens chefs de chrétientés, qui craignent de perdre leur autorité sur les fidèles, en retiennent encore loin de nous un grand nombre. Espérons que peu à peu ces défiances tomberont.

L'apostolat s'exerce aussi avec succès auprès des païens. Malgré la corruption des mœurs, qui est extrême, chaque année, un certain nrbre de païens entrent dans l'Eglise, et le mouvement des conversions ne fera que s'accélérer le jour où un nombreux clergé indigène permettra de multiplier l’action de l'apostoiat. C'est seulement au mois de septembre 1883 qu'on a pu imposer

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