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DE CORÉE

A Corée peut être appelée à juste Le titre la terre des martyrs, Depuis un siècle, le sang des témoins du CHRIST n'a cessé de couler à flots sur ce sol aride. L'heure semble venue où la divine semence, jetée dans la souffrance et les larmes, va lever enfin dans l’allégresse et la paix. Bon gré mal gré, la Corée a dû ouvrir aux représentants de l'Occident ses portes si longtemps fermées. Sans doute, la liberté religieuse n’a pas encore été reconnue en droit ; mais, en fait, la présence de nos ambassadeurs et de nos consuls à Séoul, rend impossible le retour des atrocités du passé, Un pas immense a donc été fait, et nous pouvons raisonnablement espérer que la porte, entr'ouverte d'assez mauvaise grâce au christianisme, ne se refermera plus désormais.

Au commencement du XIX° siècle, il y avait en Corée environ 6.000 fidèles, assistés par un

| seul prêtre chinois, envoyé en 1791 par l’évêque

de Péking, le P. Tsoi, *T-\heureusement il fut pris et martyrisé, aa nr d'avril 1801, et la

| pauvre Eglise de Corée r. plus de trente ans

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En 1811 et en 1817, les chrétiens écrivirent

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: chinoises où il était forcé de loger, ce qui eût été leur Eglise, toujours Persécutée, et demander des la mort pour lui et la persécution prêtres. Les malheurs généraux de l'Eglise et

£ Pour les chré- | tiens. Le vénérable prélat, épuisé de fatigues et l'état particulier de la mission de Péking, 4 la | de souffrances Morales, mourut le 20 octobre veille d’être détruite, 1835, dans un pauvre village de la Mongolie, en droit à leur demande, et l'on se vit, à regret, | vue des Montagnes de la Corée, sa chère mission, forcé de les abandonner pendant de longues | Comme Moïse, il lui avait été donné seulement années, La constance des Coréens dans cette |‘ d’entrevoir de loin les sommets de la terre pro. épreuve fut admirable, Sans pr | mise, Son successeur, Mgr Imbert, fut plus heuments, sans instruction, ces néophytes, qui con- | reux, À Ja fin de 1837, il put pénétrer en Corée naissaient à peine les Premiers principes de la | et vint rejoindre MM. Mauband et Chastan, qui religion, conservèrent, avec une fidélité bien | y étaient déjà depuis un an, remarqual'e, les précieuses semences de la foi déposées dans leur cœur, et ne se rebutèrent pas de tant d'efforts inutiles faits pour avoir des apôtres,

En 1827, ils renouvelèrent leurs instances. Cette fois, leurs cris de détresse furent entendus à Rome, et Ja Sacrée-Congrégation fit choix de la Société des Missions Etrangères pour ce poste d'honneur et de dévouement,

La Société était pauvre en mission.

naires, car elle achevait à peine de reformer ses cadres, désorganisés par la Révolution française et les persécutions de l’Empire,

Mgr Brugnière venait d'être sacré évêque de Capse et Coadjuteur du vicaire apostolique de Siam. Il s'offrit de grand cœur Pour cette bérilleuse mission de Corée, et son vénérable vicaire apostolique, Mgr Florent, fit, avec une héroïque abnégation, le sacrifice de son coadjuteur,

Nommé, en 1832, premier vicaire apostolique de Ja Corée, Mgr Brugnière partit pour le nord de la Chine, “ll compagnie d'un jeune Chinois, Joseph Taou, plein de zèle et de courage : ( À pied ou sur une mauvaise monture, écrivait l'évêque en 1835, il à déjà fait plus de chemin pour mètre utile qu'il nyena de Paris à Pékin, et cependant il est d’une santé très frèle, »

La traversée de la Chine fut très Particulièrement pénible pour Mer - Brugnière, En ce temps-là, on ne voyageait pas L'Église de Corée avait enfin des pasteurs, Ce encore à la vapeur. Parti de Siam au mois de Sep- | fut pour ce Peuple héroïque une joie indicible, et tembre 1832, le Prélat n'arriva qu'au mois d'oc- | il se fit bientôt un grand mouvement de convertobre 1835 en Mongolie, aux portes de sa mission. sions : € [ci comine partout, écrivait en 1839 le

[l'avait mis plus de trois ans Pour traverser la | vicaire apostolique, l'Eglise est ::4 arbre qui se Chine, du sud au nord, avec des faticues et des féconde sous le fer qui taille ses rameaux. En souffrances dont il est difficile aujourd’hui de se 1836, au moment où M, Mauband pénétra dans faire l’idée, La timidité excessive de ses guides, | la Corée, elle comptait tout au plus 4.000 chrél'inex périence du prélat, joinie à un certain man- | tiens ; aujourd’hui nous en avons plus de 9.000 ; que d'esprit Pratique dont les hommes supérieurs | en sorte qu'én trois ans le nombre a doublé, » Sont souvent affligés, son ignorance de Ja langue | La persécution n'allait Pas tarder à frapper les ct des mœurs chinoises, avaient multiplié sous ses Pasteurs et à disperser le trou He €

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LE VÉNÉRABLE PIERRE MAUBAN D, mm

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le vicaire apostolique fut arrêté au mois d'août. Pour éviter à ses chrétiens des persécutions cruelles, sachant d'ailleurs que la présence de trois Européens en Corée était connue des autorités, Mgr Imbert écrivit à ses missionnaires de se livrer eux-mêmes, afin d'arrêter les perquisitions et les recherches. Les deux missionnaires obéirent avec une héroïque simplicité, et, après d’affreuses tortures courageusement supportées, les trois apôtres cucillirent la palme du martyre, le 21 septembre 1839.

L'Eglise de Corée restait de nouveau sans pasteurs, et l'ardeur de la persécution rendait bien difficile l'introduction de nouveaux missionnaires. Il fallut faire, pendant plusieurs années, le siège

MGR RipEi, des Missions Étrangères de Paris, évêque de Philippopolis z# partibus, vicaire apostolique de la Corée,

de cette contrée inhospitalière. La route de terre étant absolument fermée, il ne restait que la mer ; mais comme la Corée ne recevait aucun navire dans ses ports, pas même les jonques chinoises, il fallait que les deux bateaux, celui qui portait le missionnaire et celui qui venait le chercher, s'abouchassent en pleine mer, au risque d'être emportés par les courants et de ne pouvoir se rencontrer. Ce fut ce qui arriva plusieurs fois. Après six ans de tentatives, Mgr Ferréol, le successeur de Mgr Imbert, parvint à débarquer en Corée, avec M. Daveluy, le martyr de 1866, et André Kim, le premier prêtre coréen, qui devait, lui aussi, étre martyrisé l’année suivante. M. Maitre employa douze ans pour pénétrer en Corée, À la fin, les matelots chinois, rebutés

LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXrnme SIÈCLE.

de tant d'insuccès, refusèrent absolument de faire de nouvelles tentatives. Ce fut un Jésuite de la mission du Kiang-nan, le P. Hélot, qui se dévoua pour lui ouvrir les portes de sa mission, Il s'improvisa son pilote et, muni d'une méchante boussole, il se lança avec le missionnaire et quelques rameurs chrétiens, sur cette mer féconde en naufrages, Vingt fois ils manquèrent d’être engloutis : mais l'Étoile des mers veillait sur la pauvre barque, à moitié abîmée dans les flots, et le missionnaire arriva au port.

La Corée avait retrouvé des apôtres ; la persécution s'était un peu apaisée. A la mort de Mgr Ferréol, 3 février 1853, ce fut un ancien confesseur de la foi au Tong-King, Mgr Berneux, qui recueillit sa succession.

Peu à peu de nouveaux missionnaires furent introduits ; les œuvres de la mission se dévelop-

| pèrent ;le mouvement des conversions,un moment | ralenti, reprit avec ardeur, A la veille de la crise | de 1866, la mission de Corée comptait : 1 vicaire | apostolique, Mgr Berneux, 1 coadjuteur, Mgr Daveluy, 10 missionnaires européens, 1 séminaire, 1 imprimerie et environ 18.000 chrétiens. Jamais l'Église de Corée ne s'était vue dans un état si prospère : elle était, hélas ! à la veille d’un anéan- | tissement complet.

La présence des Russes, arrivant aux frontières nord du royaume pour forcer les portes de ce pays, demeuré seul dans l'Extrème Orient inaccessible à l’Europe, avait jeté la cour de Séoul dans l'inquiétude. Il paraît qu'un instant le gouvernement coréen délibéra sérieusement de faire alliance avec la France et l'Angleterre, pour se débarrasser de ces étrangers suspects. Le vicaire apostolique fut appelé dans cette intention à la Capitale ; mais, dans l'intervalle, les dispositions du régent changèrent, le parti hostile aux Occidentaux l’emporta dans les conseils du prince, et l'on résolut l'extermination en masse des chrétiens, en commençant par les missionnaires,

Le 8 mars 1866, Mgr Berneux, vicaire aposto- | lique, mourait pour la foi, en compagnie de MM. Beaulieu, Dorie et de Bretenières; le 11 mars, c'était au tour de M. Pourthié, le provicaire de la mission, et de M. Petit-Nicolas ; enfin, le 30 mars, le jour du vendredi saint, un beau jour pour mourir, le coadjuteur, Mgr Daveluy, complétait l'holocauste, en compagnie de MM. Huin et Aumaitre. Seuls, trois missionnaires, MM, Ridel, Calais et Féron, avaient pu dérober leur tête au | fer du bourreau, Au mois de juin, M. Ridel par- | vint, à travers mille périls, à passer en Chine, | afin de faire connaître le désastre de la mission ; | quant à MM. Calais et Féron, ils purent regagner la Chine seulement au mois de septembre suivant,

Après avoir frappé les pasteurs, la persécution s'acharna sur le troupeau. Une expédition mai concertée de l'amiral Roze, au mois de septembre, redoubla sa fureur. L'amiral s'étant retiré après avoir bombardé un des ports du royaume

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