VI. - PROVINCE ECCLÉSYASTIQUE DE SAINT - BONIFACE
Statistique.
Archevêché : Saint: Boniface, — 1 archevêque, 67 prêtres, 77 églises ou chapelles, 25.000 catholiques.
Evêchés : Saint-Albert, — 1 évêque, 32 prêtres, 42
New-Westminster. — 1 évêque, 23 prêtres, 78 églises ou chapelles, 30.00c catholiques.
Vicariats apostoliques : Athabaska-Mackensie : 1 vicaire apostolique, 25 prêtres, 19 églises ou chapelles, 8.000 catholiques.
Saskatchewan. — 1 vicaire apostolique, 16 prêtres 17 églises ou chapelles, 7.500 catholiques.
. Total: 1 archevêque, 2 évêques, 2 vicaires apostoliques, 163 prêtres, 233 églises ou chapelles, 88.500 cath.
Les immenses territoires situés à l’ouest et au nord du Canada n'ont guère commencé à 5e peupler qu’à partir de 1840. Au commencement du siècle, la Compagnie anglaise de la baie d'Hudson y entretenait seulement quelques agents, pour trafiquer avec les sauvages et acheter leurs pelleteries.
Actuellement ce pays forme trois colonies : le Manitoba au sud, la Colombie britannique à l'ouest, et le territoire de la baie d'Hudson au nord. La province ecclésiastique de Saint-Boniface, dont les cinq missions sont confiées aux Oblats de Marie, embrasse ces trois Etats.
Trois populations distinctes habitent le pays: au sud, Anglais et Franco-Canadiens se sont répandus au milieu des grandes prairies du Manitobe et dans les forêts de la Colombie ; de nombreux métis se sont installés, à leur tour, dans tous les endroits où la rigueur du climat permet encore de cultiver le sol ; quant aux sauvages, les anciens mäîtres du pa; s, l’'égoïsme implacable de l'Anglo-Saxon les a refoulés dans les régions inhabitables du pôle, sur les bords de l'Océan glacial, où ces malheureux meurent lentement de faim et de misère; car ils n’ont pour soutenir leur vie que la chasse et la pêche, puisque le sol ne produit absolument rien ; or, le gibier tend de plus en plus à disparaître.
Ces tribus sauvages, ainsi refoulées au nord, sont les débris des grandes nations indiennes qui peuplaient autrefois tout le pays, des rives du Saint-Laurent aux côtes de l'Océan... Ces peuples, dont les Jésuites avaient commenté, il y a deux siècles, l'évangélisation avec tant de succès, ne sont plus aujourd’hui que l'nmbre de ce qu'ils furent autrefois. De plus d'u :illion et demi, ils sont tombés au-dessous de :.:t mille.
Les Hurons, nos anciens amis, ne sont plus qûe trois cent soixante; les Esquimaux, les Algonquins, les Cris, les Montagnais, les Iroquois, toutes ces peuplades, dont les membres se comptaient autrefois par centaines de mille, varient aujourd'hui entre deux et trois mille. Une poignée de sauvages, entassés les uns sur les autres dans des régions glacées, démoralisés par la misère, abrutis par l’eau-de-vie, voilà tout ce'qui reste des grandes agglomérations qui seuplaient autrefois le Canada. Il est remarquable que, partout où il met le pied, l’Anglo-Saxon commence par faire disparaître les premiers habitants du pays, au lieu que le Français, plus sociable, s'en fait généralement aimer et vit en paix avec ces enfants de la Nature, qu’il fait monter peu à peu à la civilisation et à la foi.
LES MISSIONS DE L'AMÉRIQUE ANGLAISE, 1800-1890. 191 rm …û
en 8 égli Nos libres penseurs ont longtemps déclamé États-Unis Comme au Canada, les tribus indiennes 78 églises ; ; : :
contre les cruautés des Espagnols cans l'Amé. se Sont vues systématiquement refoulées et dé- > : 1 vicaire rique du Sud, Certes, je suis loin, pour ma Part, | truites. Dans un demi , 8.000 ca-
-siècle, un Peau-Rouge sera
de vouloir excuser les violences et le s cet immense territoire qui
s crimes de | devenu une rareté, dan 6 prêtres la conquête: mais pourtant
il faudrait tenir va de l'Océan Polaire
au Golfe du Mexique, et de compte de ce fait indéniable : dans tous les pays l'Atlantique au Pacifique. Le même phénomène es aposto- de langue espagnole, l'Indien, durement opprimé, | de anéantissement d’un peuple au contact de 500 cath. si l'on veut, par l’avarice de ses nouveaux maîtres, | l'Anglais s’est produit en Australie, et jusqu'aux do a néanmoins gardé partout sa nationalité ; au- | portes de l'Angleterre, dans la malheureuse ic À88 jourd'hui les races indiennes et métisses dominent Irlande, dont les habitants, d'après les recense- 5 ant presque partout dans l'Amérique du Sud, de | ments officiels, sont descendus, en un siècle, de re haie l'Atlantique aux Andes, et du golfe du Mexique 8.000.000 à 3.800.000 âmes, uelques à la Terre de Feu. La philanthropique Angleterre peut déclamer fabes et Dans l'Amérique du Nord, au contraire, aux | à son aise contre la cruauté des nations cathoonies : le nique à udson au int-Boniiées aux CE le pays :
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Uoes; ne CANADA, — POSTE DE LA Cie DE LA BAIE D'HUDSON, SUR LE KipAwé, dant le D'après une photographie de Mgr Lorrain, évêque de Pontiac. »
plus que liques, et faire étalage de ses sentiments huma- possibilité de se procurer les choses les plus indis- * Algon- nitaires, J'ose dire qu elle est connue et Jugée par | pensables à la vie : voilà les moindres souffrances I roquois, ses œuvres, Certes, l'Anglo-Saxon est un grand | de l'apôtre. Sa croix la plus lourde, c'est la diffise comp- peuple, un peuple qui a fait de grandes choses | culté d'arriver Jusqu'à l’Ââme de ces malheureux, >, varient dans le monde, mais il faut bien reconnaître que | pervertis au contact des Blancs, égarés trop Une poi- la dureté et la sécheresse du dogme Protestant, | souvent par les prédications de l’hérésie, rendus es-autres développant outre mesure l'orgueil d’une person- défiants et haineux par les injustices qu'ils ont ; par la nalité déjà fortement accentuée, en a fait un | subies. Comment relever ces peuples, désormais ut ce’qui Voisin peu commode et un maître peu aimable sans espérance et sans avenir? Heureux du euplaient : Jamais, chez aucun peuple chrétien, égoïsme plus | moins ceux qui, se laissant toucher par la parole ble que, féroce ne fut MIS au service d’une grande puis- | de l'apôtre, embrasseront avant de mourir la COM sance, pour l'aider à se débarrasser sans scrupules | vraie foi, et dont la croix du CHRIST viendra habitants de tous ceux qui la gênent. : consoler l’agonie et sanctifier la tombe ! sociable, Les missions des sauvages de l'Amérique du Entre le Blanc envahisseur et le Peau-Rouge Lie vec Nord sont donc des plus crucifiantes pour l'âme | trop faible pour se défendre, on voit se multiplier, ter peu à et pour le corps; un climat d’une rigueur
extrême, la difficulté des communications, l'im.-
dans l'Ouest, une race intermédiaire, dont il ne sera pas si facile de venir À bout, et qui est peut-
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192 LES ’ SSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
être destinée à jouer un rôle important dans ces régions écartées du Dominion, Je veux parler des Métis, déjà très nombreux dans les territoires de l'Ouest. La récente révolte de Riehl, bien que réprimée par l'Angleterre avec une vigueur extrême, a dû lui prouver que les Métis n’entendent pas se laisser opprimer, et qu'il faudra compter un jour avec eux. Presque tous sont chrétiens, et beaucoup sont catholiques. Jusqu'ici le prêtre a eu peu de prise sur ces natures encore grossières, qui joignent ordinairement les vices de la civilisation à ceux des sauvages. Comme pour les bar)ares du ve siècle, il faudra commencer par faire leur éducation avant de songer à en faire un peuple chrétien. Ce travail est déjà vaillamment commencé dans toutes les missions de l'Ouest, et tout fait espérer qu'il sera mené à bonne fin.
I. Archevéché de Saint-Boniface. En 1817, Pie VII, comme je l'ai dit plus haut, détacha les missions de l’ouest du diocèse de Québec, pour en faire le vicariat apostolique du Haut-Canada. En 1848, le siège épiscopal de Saint-Boniface fut érigé, et devint,en 1871, la métropole des régions de l'Ouest. Quatre suffragants.
Aujourd’hui l’archidiocèse comprend le Manitoba tout entier et une portion restreinte du territoire de la baie d'Hudson. La majorité de la population est de race anglaise. Il y a, il est vrai, au Manitoba, quelques milliers de Franco-Canadiens, mais les Anglais cherchent tous les moyens de les éliminer, ou au moins de leur enlever toute
. influence politique (1). La population totale est
de 200.0c0 habitants, sur lesquels seulement 25.000 catholiques.
IL. Évéché de Saint. Albert. En 1868, Pie IX détacha du diocèse de Saint-Boniface le vicariat apostolique de la Saskatchewan, qui devint, trois ans plus tard, le diocèse de Saint-Albert. Il s'étend de la baie d'Hudson aux Montagnes Rocheuses, et compte 18.000 catholiques, sur une population de 35.000 âmes, Nombreux métis.
III. Évéché de New-Westminster. En 1863, le vicariat apostolique de la Colombie britannique fut détaché du diocèse de Vancouver (États- Unis). 11 fut remplacé, en 1890, par le diocèse de New-Westminster,qui embrasse toute la Colombie britannique.
Ce pays jouit d’un climat tempéré et, depuis l'ouverture du chemin de fer qui rejoint les deux Océans, il a pris un grand développement.
La population totale dépasse 85.000 habitants, sur lesquels on compte 30.000 catholiques, dont 15.000 sauvages.
IV. Vicariat apostolique d'Athabaska-Mackenste. Ce vicariat fut détaché, en 1862, du diocèse
1. Au mois de janvier 1890, la législature a proscrit l'usage officiel de la langue française dans tout le Manitoba. L'école publique est anglaise et protestante, malgré les réclamations des catholiques.
de Saint-Boniface, Il est habité presque exclusivement par des tribus sauvages et s'étend, tout le long des côtes de l'Océan glacial, de l'Alaska au golfe de Bothia. Cette mission est la plus voisine du pôle et probablement la plus pénible de toutes ; elle n'a que 8.000 catholiques sur environ 12.000 habitants.