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Mémoire des dépurés de la Colombie cu, Conseil l'Espagne

Missions Catholiqus

MEXIQUE, — CATHÉDRALE bE MEXICO ; d’

L'AMÉRIQUE DU SUD, 1800-1890. 241 a"

l'inviolabilité du domicile et la liberté des citoyens, des décrets arbitraires les expulsèrent à plusieurs reprises du territoire des nouvelles républiques. Mais les enfants de Saint-Ignace sont habitués depuis longtemps à la persécution et ne se découragent pas pour si peu. Chassés d'un pays, ils passent dans un autre, selon le précepte du divin Maître, et, bon gré mal gré, ils finissent presque toujours par se faire accepter. À cette heure, ils travaillent dans la plupart des Etats de l'Amérique du Sud : ils ont une

après un dessin envoyé par le R, P. Gallen,

du continent sud-américain, sauf pourtant au Guatémala et dans la Nouvelle-Grenade, d’où la rage de l'impiété les a expulsés depuis une vingtaine d'années, laissant sans pasteurs plus d'un million d'Indiens catholiques, Les Dominicains, établis, depuis trois siècles, au Chili et au Pérou, sont rentrés depuis plusieurs années au Brésil, et ils viennent de reprendre leurs missi5ns irdiennes de l’Equateur. Les lecteurs des Missions Citholiques n'ont pas oublié les pages ravissantes publiées,en 1880, sur la mission de Candi

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la direction üe leurs frères en religion, les religieuses Dominicaines ont pénétré à leur tour

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242 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

dans les forêts de l'Equateur, au Brésil et dans l’'Uruguay, pour s'occuper de l'éducation si négligée des jeunes filles.

De leur côté, les Lazaristes, assistés, eux aussi, des admirables Sœurs de Saint-Vincent de Paul, travaillent au Brésil, dans la Nouvelle-Grenade, le Guatémala, l’Equateur, la Plata, le Paraguay, le Pérou et la République Argentine. Les religieux et les religieuses du Sacré-Cœur, dits de Picpus, ont des établissements au Chili et tout le long de la côte du Pacifique. Enfin les enfants de Dom Bosco, les Salésiens de Turin, derniers venus dans le champ de l’apostolat, ont repris l'évangélisation des peuplades encore toutes païennes de la Patagonie, sans parler des établissements qu'ils ont déjà fondés dans l'Equateur, le Chili, l'Uruguay et la République Argentine.

On voit par cette énumération, nécessairement incomplète, qu'en dépit des révolutions et des expulsions, l'apostolat catholique, au cours du XIXe siècle, a reconstitué ses cadres dans les missions indiennes de l'Amérique du Sud, où travaillent à cette heure, sans s'inquiéter des obstacles, plus d’un millier d'ouvriers. Quel a été le résultat de leurs travaux ? C’est ce que je vais maintenant exposer dans le détail.

CT. = MEXIQUE. Yi

E Mexique embrasse 1.946.000 kilomètres L. carrés, presque quatre fois la superficie de la France ; néanmoins, au recensement de 1880, il n'avait encore que 11.601.347 habitants, dont 20 0/0 de race européenne, 42 0/0 de race métisse, et 38 0/0 de race indienne pure. On remarque que la race indienne pure est en décroissance au profit des Métis, ce qui montre la fréquence des unions entre Européens et Indiens (1).

sv".

Presque tous les Indiens du Mexique sont catholiques, et catholiques fervents. Quelles qu'aient été les iniquités, et même, si l’on veut, les crimes de la conquête, il faut tenir compte de ce fait, si l'on veut apprécier avec équité les premiers conguistadores, Fernand Cortez, Olvarado, Sandoval et leurs compagnons.

sv".

Il a longtemps été de mode, surtout parmi les philosophes du dernier siècle, de gémir sur les cruautés des Espagnols, et de blâmer aveuglément les hommes qui, avec une poignée de

soldats (2), ont renversé le puissant empire des Atzèques. De nos jours, on commence à leur

1. À l'époque de la conquête, il y avait 16.000.000 d'Indiens dans l'empire du Mexique.

2, Dans sa première expédition, Cortez n’emmenait avec lui que 600 soldats pour conquérir un empire de 16,000,000 d'habi-

rendre une justice tardive. Les historiens protestants ont été les premiers à reconnaître franchement que « l'amour de l'or ne fut, en aucune » manière, le seul motif qui les dirigea dans leur » héroïque entreprise. Cortez, en particulier, ne » perdit jamais de vue la conversion des Indiens, » Un zèle religieux mal entendu (n’oublions pas » que c'est un protestant qui parle) fut toujours > le premier mobile de tous ses actes (1). »

D'un autre côté, pour expliquer, sans les excuser entièrement, les cruautés qu’on reproche à Cortez et à ses premiers compagnons d’armes, il est bon de se rappeler quelle abominable religion ils trouvaient devant eux au Mexique. Nulle part, sauf peut-être dé nos jours au Dahomey, on ne vit pareil mépris de la vie humaine. A certains jours de l’année, vingt mille cœurs de jeunes gens et de jeunes filles étaient offerts tout saignants aux idoles, pendant que les corps mutilés des victimes roulaient du haut de la pyramide sacrée au milieu d'un peuple innombrable, trépignant de joie à ces sanglantes immolations. Quelques années avant l’arrivée des Espagnols, lors de la dédicace du temple du Soleil, en 1487, on immola, en un seul jour, jusqu’à soixante mille victimes humaires. Selon la pensée de Joseph de Maistre, de pareils abominations provoquent infailliblement la justice divine, et attirent des châtiments effroyables sur les nations qui s'en rendent coupables. Quand Cortez pénétra pour la première fois, à la suite de Montézuma, dans ce même temple du Soleil, où des cœurs humains fumaient dans des plats d'or, on comprend le sentiment d’horreur et de dégoût qui le poussa à faire mettre à mort.ces prêtres barbouillés de sang, et à renverser ce sanctuaire infenal, pour élever à la place la cathédrale actuelle de Mexico, dédiée à la Mère de DIEU. C'était la revanche de l'humanité chrétienne sur la barbarie,

Mais il ne suffisait pas de proscrire un culte abominable, il fallait lui en substituer un meilleur. Ce n'était plus l'œuvre du soldat, qui frappe et qui tue, c'était l’œuvre de l’apôtre, qui instruit et qui persuade, Cortez le comprit, Quand les premiers missionnaires Franciscains, appelés par lui, débarquèrent au Mexique, voici en quels termes il les présenta aux Indiens :

€ Ces hommes sont envoyés de DIEU et désirent ardemment le salut de vos âmes. Ils ne vous demandent ni votre or, ni vos te.res, car, méprisant tous les biens de ce monde, ils n'aspirent qu’à ceux de la vie future (2). »

Les premiers apôtres du Mexique se montrèrent à la hauteur de ce programme.

€ Leur pauvreté, écrit un historien protestant, leur tempérance, la simplicité de leur vie les

1. Helps, Æist, du Mexique, t, 1er, chap. ver, 2, Henrion, Æés/oire des Missions, tome I, chap, 36.

riens proaître franen aucune : dans leur ticulier, ne es Indiens, ablions pas it toujours (1). »

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triotes en défendant les Indiens contre la rapacité des aventuriers venus d'Espagne,

recommandaient aux Indiens (1). Les membres du clergé de l'Eglise romaine, écrit plus loin le même auteur, enseignaient en même temps aux Indiens les choses spirituelles et temporelles. Ils convertissaient, civilisaient et gouvernaient ; ils étaient tout à la fois prêtres, missionnaires, maîtres d'écoles et chefs de peuples, Une part considérable de cette œuvre immense doit être attribuée aux Dominicains et aux Franciscains (2). D *

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Au témoignage de l'historien Robertson, autre protestant, (le clergé catholique romain, dans les colonies Espagnoles, a constamment usé de son influence pour protéger les Indiens et adoucir la férocité des Espagnols (1), »

En ce qui regarde le Mexique, il n’y a qu’à se rappeler les noms désormais historiques du Dominicain Las-Casas, du Franciscain Ortiz, de l'évêque Ramirez et de tant de vaillants missionnaires, qui encoururent la haine de leurs compa-

temples ont été détruits ; des milliers d’idoles ont été mises en pièces et brûlées, À la place de ces . temples infâmes dans lesquels on offrait au démon

jusqu'à vingt mille cœurs humains, on voit

Quel fut définitivement le résultat de leurs | S'élever aujourd'hui des églises, des oratoires,

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l'évêque franciscain Zumarraga écrivait, au cha- pouls :

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€ Déjà plus d'un million d'Indiens ont’été | P'emiers apôtres du Mexique, et ni les boulever-

1. Helps, Æésoire du Mexique, tome I, chap, 14, 2. Même ouvrage, chap, 15,

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4 : SR + sements politiques, ni les haines des Sociétés baptisés par les Franciscains seuls ; cinq cents ents politiques, les ha e $

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1, Robertson, Zis4, d "Amérique, tom, IV, liv, 8,

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244 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

même l’état d'abandon et d'ignorance dans lequel la triste situation de l'Eglise mexicaine l’a forcée trop longtemps de laisser croupir les populations, n'ont pu arracher du cœur de l’Indien l'amour de la foi catholique. Quand Juarez voulut, en 1867, faire enlever les grilles d'argent qui entourent le chœur dans l'église de Notre-Dame de Guadalupe, tous les Indiens se levèrent comme un seul homme pour défendre leur bien-aimé sanctuaire, et le gouvernement révolutionnaire, qui n'avait pas reculé devant l'assassinat juridique de l’empereur Maximilien, fut forcé de compter avec la colère du peuple catholique défendant ses autels.

On sait que, depuis l'émancipation (1820), le Mexique a été le jouet des révolutions. Il forme aujourd’hui une République fédérative composée de vingt-sept Etats, avec une constitution calquée à peu près sur celle des Etats-Unis. Malheureusement la franc-maçonnerie domine dans le pays, comme dans la plupart des Républiques de l’Amérique du Sud. Aussi les Mexicains ont réalisé servilement le programme satanique de la secte : séparation de l'Eglise ?t de l'Etat, confiscation des biens ecclésiastiques, proscription des religieux, laïcisation de l’enseignement et de tous les services publics.

Dans la nuit du 22 mai 1873, par ordre du président Lerdo de Tejeda, successeur de Juarez, cinquante cavaliers, cent cinquante fantassins, assistés d’une centaine d'agents de police, cernèrent tous les couvents de la ville de Mexico; les religieux furent conduits en prison, en attendant l'exil ; les Sœurs, même les malades, furent, au nombre de plusieurs centaines, jetées brutalement en pleine nuit au milieu de la voie pubiique. Le lendemain, les dames de Mexico se présentèrent chez le Président, pour lui faire honte de ces procédés vraiment sauvages. Comme elles lui objectaient la loi fondamentale de la République, garantissant la liberté des citoyens qui ne sont coupables d'aucun délit, et l'inviolabilité du domicile, le misérable ne sut que balbutier en rougissant : € La loi, on l’applique selon les circonstances. » Autant dire : la loi n'existe pas pour les catholiques.

Un an plus tard, les Sœurs de Charité, qui avaient été épargnées jusque-ià, à cance des services incontestables qu'elles rendaient, furent proscrites à leur tour. Elles étaient quatre cent soixante, dont quatre cent dix Mexicaines ; elles élevaient de dix à douze mille orphelins, tenaient de nombreuses écoles, soignaient les malades dans les hôpitaux, et les ennemis mêmes de l'Église étaient forcés de rendre justice à leur dévouement. Proscrites comme dangereuses à la République, les Filles de S. Vincent de Paul prirent le chemin de l'exil. Des quatre cent dix Sœurs originaires du Mexique, pas une ne songea à se soustraire au décret d'expulsion, bien que les Supérieurs eussent offert de les relever de leurs vœux, et que

messes les plus flatteuses pour essayer de les

Ant mnurinnies lhus nft fai Taie nu le gouvernement mexicain ieUr QU tait is PIO- |

retenir, si elles consentaient à laisser de côté leur habit religieux.

Depuis ce temps, l'Eglise catholique n'a gutre cessé d’être persécutée au Mexique. La proscription des religieux à amené la ruine d’un grand nombre d'œuvres ; la fermeture des séminaires a longtemps tari la source du sacerdoce, et aujourd’hui encore, le nombre des prêtres est très inférieur aux besoins de la population. Cependant, malgré tant de circonstances défavorables, le peuple mexicain ést resté profondément catholique, surtout dansles classes inférieures de la société, composées uniquement d'Indiens et de Métis ; c'est le témoignage que sont forcés de lui rendre les écrivains les plus hostiles,

Un voyageur américain, sir Franck Edward, résume en ces termes son impression sur les Mexicains :

« Le sentiment religieux qui domine encore aujourd’hui dans toutes les classes de la population est vraiment remarquable. Vous ne verrez jamais un Mexicain passer devant une église sans se découvrir. Au son de la cloche, chacun s'arrête dans la rue et demeure tête nue, jusqu’à ce qu’elle ait fini detinter(1). »

Un protestant allemand, M. Brantz-Mayer, parle ainsi des Indiens convertis de la province de Jalisco :

« Les aborigènes de Jalisco, autrefois belliqueux à l'excès et voués à une religion sanguinaire, sont aujourd'hui presque tous. adonnés à la culture des terres, et ils adhèrent avec ferveur à la doctrine catholique (2). »

Voici enfin, pour conclure, le témoignage d’une voyageuse presbytérienne, Madame Calderon y Barca :

« Il n'existe pas de pays au monde où la charité publique et privée soit pratiquée plus noblement. J'ai remarqué d’ailleurs dans mes voyages que la charité est l’attribut distinctif des nations catholiques. Le plus grand nombre des religieux mène certainement une vie de privations et de vertu (3).»

se.

J'ai tenu à donner ces témoignages, tous protestants, afin de constater, d’une façon indéniable, les résultats sérieux du travail accompli, pendant trois cents ans, par les missionnaires, et aussi pour répondre aux sottes plaisanteries de certains voyageurs français, qui, dans leur rapide passage à travers le Mexique, n’ont voulu voir que les défaillances et les taches, généralisant les scandales particuliers qu'ils ont pu découvrir çà et là. L'esprit français n’est que trop porté à critiquer tout ce qui se fait autrement qu’en France, surtout en matière de religion,

. Une campagne dans le Nouveau-Mexique, chap. 6. . fexico, 2° vol, Chap. 8.

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