II, — MISSION DE SIERRA-LÉONE
E vicariat apostolique de Sierra. Léone [ - S'étend tout le long des côtes de l'Océan, du Rio-Nunez au fleuve Cavally, Il a pour limites : au nord-ouest, le vizariat de Sénégambie : au sud-est, la préfecture de la Côte-d'Or. Ses limites dans l'intérieur du continent sont encore mal définies.
La plus grande partie du vicatiat comprend la colonie anglaise de Sierra-Léone, capitale Free- Town. Au Nord, la France occupe trois postes, aux embouchures du Rio-Nunez, du Rio-Pungo et de la Mellacorée. Au sud, s'étend la répub'ique indépendante de Libéria, capitale Monrovia, formée d'anciens esclaves affranchis, revenus d'Amé. rique, Enfin l'intérieur du Pays comprend plusieurs Etats soumis à des roitelets indigènes.
La population de la colonie de Sierra-Léone est de 42.000 habitants : la république de Libéria en compte 1.500.000. I] est difficile, faute de documents précis, d'évaluer la population des Etats de l’intérieur, mais elle n« doit pas être inférieure à 1.500 000 âmes. Cela fait, pour tout le vicariat, environ 3.000.000 d'habitants, sur lesquels on compte 2.000 catholiques, 30.000 protestants, le reste musulmans ou païens,
Sous le rapport religieux, le protestantisme est dominant dans la colonie anglaise de Sierra- Léone et dans la république de Libéria, A Free-
Town, on comptait, en 1864, quarante-deux tem- Missions Catholig
LES MISSIONS DF L'AFRIQUE OCCIDENTALE, 1800-1890, 289 mm
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ples, desservis par une cinquantaine de ministres, eppartenant à trente ou qua:ante dénominations religieuses. Eu 1872, il y avait, dans la même ville, quatre-vingt-cinq écoles protestantes, Free-Town est, depuis 1852, la résidence d’un évêque anglican.
Cette multiplication d'Eglises et de sectes rivales rend très difficile l’action de l'apostolat catholique. Elle n'améliore pas beaucoup, à ce quil paraît, les noirs de la colonie, Au re des protestants eux-mêmes, il est difficile e trouver, sur toute la côte occidentale de l'Afrique, une population plus corrompue que celle de Free- Town.
Voici ce qu'écrivait à ce sujet, en 1863, un savant voyageur protestant :
€ Je reconnais aux musulmans une supériorité incontestable sur les convertis des missionnaires protestants, Personne, à moins d'être étranger au Pays, ne prendra à son service un de ces prétendus chrétiens (1), »
C'est la même corruption et le même fanatisme sectaire dans la rénublique de Libéria, Les noirs affranchis ont rapporté d'Amérique les vices de la civilisation surajoutés à ceux de la barbarie, Il paraît que les nombreuses écoles protestantes d# la république laissent fort à désirer, puisqu’en gens pratiques élevés à l’école des Ventes les noirs de Monrovia s'adressèrent, en 1884, au vicariat apostolique, pour avoir des missionnaires et des religieux catholiques, « afin de donner à l'enseignement et aux établisseinents hospitaliers de la République tout le développement qui leur a manqué jusqu'à ce jour. »
Leurs vœux furent exaucés, et les missionnaires s’établirent en 1884 à Monrovia.
C'est " en 1858 que la mission de Sierra-I : ‘hée du vicariat apostolique des Deur vüfiée à Mgr Marion de Brésillas fonder, deux ans auparavari,, 1 ‘issions Africaines de Lyon, La « Par une catastrophe, Mgr Marion : arriva à Free-Town
avec #rois prètres «. ère dans le courant de 1859. On était alors en pleine épidémie de fièvre jaune. En quelques semaines, l’évêque et ses missionnaites furent tous emportés par la mort. En l'absence de tout prêtre catholique, l’évéqu. anglican présida en personne aux funérailles du prélat. La mission de Sierra-Léone demeura abandonnée jusqu'en 1863, époque où le vicariat fit rétabli et donné aux Pères du Saint-Esprit. Malgré la multiplicité des sectes, appuyées de l'influence des gouvernements protestants, ei de grandes ressources en personnel et en argent, la trission catholique, commencée, comme toujours, dans la pauvreté et le dénuement, n’a pas laissé de prerdre une place honorable au sein de la colonie. Les Pères ont obtenu plusieurs conversions de protestants, entre autres, en 1868, celle de la femme du gouverneur, sir Pope Hennessy, et ils
DLNEE Bento Ua Eh Rene te 1. Recherches sur l'Afrique occidentale, par un membre de la : Société royale de Géographie de Londres.
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290 LES MISSICNS CATHOLIQUES AU XIXme SIÈCLE,
ont pu baptiser un certain nombre de païens.
Les gouverneurs de la colonie ont toujours témoigné de l'estime qu'ils porcent aux missionnairey catholiques. Sir Kennedy, un d'entre eux, voulut donner gratuitement un terrain pour cc inmencer l’orphelinat catholique de Free-Town. En 1838, :n autre gouvernenr, dans son rapport officiel au ministère, rendait en ces termes Le mage à la mission :
« Les cathnliques forment un corps d'ouvriers peu étendu, il st vrai, mais laborieux. Relativement à leur pc .it nombre, ils élèvent plus d'enfants des deux sexes que n'importe quelle autre Société religieuse à Sierra-Léone. »
Ainsi, malgré leur petit nombre et leur pauvreté, les écoles catholiques tiennent le premier rang dans les colonies anglaises, pendant que l'Eglise officielle, malgré son nombreux personnel et son opulence, est reléguée honteusement au dernier, Après avoir constaté ce résultat, l'inspecteur des écoles, un ministre protestant, rend en ces termes hommage au dévouement des religieuses :
« C'est un fait très frappant que, sur les quatre colonies anglaises de la côte occidentale de l'Afrique, dans trois colonies, les écoles tenues par les religieuses catholiques occupent le premier rang, en 1887 : ce sont celles de Sierra-Léone, de Lagos et de Gambie. Dans la quatrième, la Côted'Or, l’école des religieuses, qui est établie relativement depuis peu, a obtenu un beau rang, bien qu'elle n'ait pas atteint le prernier. Je dois avouer que j'aimerais à voir quelque autre Société religieuse faire effort pour rivaliser avec les catholiques ; mais d' as l’état présent des choses, je ne tr'uve nulle part aucune dame eurc ,éenne qui travaille aussi sérieusement, aussi bien, avec autant de succès (1). »
En dehors des écoles, la mission de Si:rra-Léone rend d'autres services, En 1884, la courageuse intervention des missionnaires établis auprès du poste français du Rio-Pungo, prévint ie massacre de nos soldats et l'extermination de la tribu, qui en eût été infailliblement la suite. Une lettre du commandant du poste atteste les services rendus à cette occasion à la France par nos missionnaires.
Les Pères du Saint-Esprit ont aussi essayé, à plusieurs reprises, de s'établir dans les royaur:®e de l’intérieur, où la conversion des nègres serait plus facile qu’au milieu des sectes protestantes de la côte, qui se disputent à prix d'argent les néophytes. Ils avaient fait dans ce but, en 1874,