VI. — VICARIAT APOSTOLIQUE DE L'OUNYANIEMBÉ
Le vicariat apostolique de :Ounyaniembé, érigé en 1886, est placé entre le Victoria Nyanza et le Tanganika. Dès 1881, les Pères du Tanganika; dont relevait la contrée, avaient fondé une station dans la ville de Tabora. Comme à Zanzibar, il n'y avait rien à faire au milieu de populations islamisées. Les missionnaires se A ut à ouvrir un orphelinat pour les enfants rachetés de l'esclavage. Afin d'être plus libres, ils transportèrent bientôt leur établissement à Saint- Joseph de Kipalapala, à deux lieues de Tabora.
En quelques années, la maison prit de grands développements, e. devint bien vite, comme Bagamoyo, un établissement modèle. Je puis apporter ici le témoignage, très loyal et très désintéressé, d'un protestant, le major Wissmann, chef du corps d'occupation all:mand. Après avoir Visité en détail l’orphelinst de Kipalapala, comparant l'œuvre des missionnaires catholiques à celle de ses coreligionnaires, i' parle en termes très sévères des missionnaires protestants, anglais et allemands, leur reprochant de n'être que des agents politiques qui troublent le pays, alors que les prêtres catholiques, qui sont infatigables et pleins d'abnégation, contribuent puissamment à propager l'influence chrétienne, la civilisation et la moralité ; il conclut en ces termes :
€ Il faut croire que le système des prêtres catholiques est le meilleur, car les résultats obtenus parlent en leur faveur. »
Violemment attaqué, à cette occasion, par tous les journaux protestants, le major Wissmann a maintenu ses affirmations, en les accentuant, dans sa réponse au journal la Post :
« Au point de vue de la civilisation de l’Afrique orientale, la mission catholique est, sans nul doute, de beaucoup supérieure. La discipline de l'Église catholique est, selon moi, la cause principale du succès de ses missions. Les missionnaires catholiques partent sans esprit de retour ; ils ne sont que très rarement rapatriés pour raison de santé ; en outre, les cérémonies du culte de l’Église romaine impressionnent le sauvage bien plus vivement que la simplicité du culte évangélique. Voilà qui contribue puissamment à faire réussir les missions romaines. »
Au reproche que les protestants font aux missionnaires catholiques d'encourager la traite en rachetant des enfants, le major répond :
« Ils font une bonne action, quand on songe à
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pays et à leurs parents. Par là, la mission parvient à former, à élever des générations utiles, Je ne connais pas de missions évangéliques, dans l'Afrique équatoriale de l'est, obtenant de pareils resultats, Alors même que les missionnaires évangéliques payent les parents pour avoir les enfaits, afin de les instruire, ne fût-ce que quelques lieures par jour, ils le font en pure perie, Je sais que tous ceux qui connaissent l'Afrique, négociants, explorateurs, soldats, Allemands, Anglais, sont d'accord avec moi sur tous ces points, »
En 1886, l'orphelinat de Kipalapala comptait déjà :40 enfants, complètement transformés par la religion, Pour soustraire leurs jeunes pupilles à l'influence démoralisante de l'Islam, les missionnaires se préparaient à réunir les plus grands en villages chrétiens, en les établissant dans les
‘tats de Mirambo, prince païen, très hostile aux évangélistes, et qui se montrait très bien disposé envers la mission catholique.
La révolte des Arabes du Zanguebar vint, pour quelque temps, remettre tout en question. a mission de l'Ounyaniembé, étant comprise tout entière dans le territoire des récentes antexions allemandes, a subi naturellement le contre-coup de la révolte de Bushiri. Après avoir essayé inutilement de tenir tête à l'orage, les Pères furent forcés de se réfugier, avec 65 de leurs enfants, dans la mission voisine du Victoria Nyanza. Ils ont pu heureusement sauver la plus grande partie du matériel de la mission. Dès que les Allemands eurent pacifié le pays et mis les négriers arabes À la raison, la mission de l'Ounyaniembé reprit un vigoureux essor.
Situation religieuse du vicariat en 1890.
Personnel : 1 administrateur apostolique, 6 missionnaires,
Œuvres : 2 stations, 2 chapelles,
2 orphelinats : 120 enfants.
Population catholique actuelle : 200 âmes, sans compter les catéchumènes,