IV. COLONIES ESPAGNOLES. Jp
Lus heureuses que les îles de la Sonde, les Philippines, appelées aussi #es des Larrons,
à cause du penchant au vol dont firent preuve, dans les premiers temps, les indigènes, furent découvertes et civilisées par une nation catholique qui tint à honneur de les arracher à la barbarie et au mahométisme, pour en faire un peuple chrétien et prospère. Aux derniers recensements, on comptait dans les Philippines 8.502.000 catholiques, sur une population totale de5.774.947 habitants, soumis à l'Espagne. Reste donc moins de 300.000 païens, à la conversion desquels travaillent avec ardeur les grandes familles religieuses de Saint-Augustin, de Saint- Dominique, de Saint-François et de Saint-Ignace. & Ce qu'il y a de plus remarquable dans cette
» statistique, écrit le Æong-Xong Catholic Re- » gister (1), c'est que, à l'exception de quelques » miliers d'Européens, ces cinq millions d’habi- » tants sont de purs indigènes, et qu'il ne se ren- » contre parmi eux que quelques milliers de » métis. Quand, à ce magnifique épanouissement » de la population des îles Philippines, nous » opposons le contraste de la décadence des » indigènes des autres îles, nous ne pouvons > nous empêcher de voir dans ce fait une dé- » monstration victorieuse de la puissance du
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» catholicisme pour élever et civiliser les races » les plus dégradées, car personne ne met en » doute l'état abject dans lequel se trouvaient » les habitants des Philippines, avant que les >» missionnaires entreprissent de les convertir. }
Un ministre protestant, successivement missionnaire aux Indes et en Chine, a constaté, à sa manière, ce triomphe du catholicisme : € L'Eglise » de Rome, écrit-il, a gagné ici la population » entière ; les naturels sont devenus des üigots » papistes, et l'influence des prêtres sur eux est » sans limites. C'est là, ajoute gravement le y» Révérend, un des exemples les plus remar- » quables de la puissance de la Bête (1). »
Sir Crawford, ancien gouverneur de Singapour, constate le même fait, mais sans se laisser aller à ce ton d’acrimonie qui caractérise presque tous les écrits des pasteurs protestants : € Dans » les Philippines, les Espagnols o converti à la » foi catholique plusieurs millions d’indigènes, et > une immense amélioration dans leur condition » sociale en a été la conséquence ( ”). »
Il est certain, et les voyageurs qui ne se laissent pas emporter par l'esprit de secte en conviennent, que c’est au clergé catholique que l'Espagne doit d’avoir pu soumettre, sans effusion de sang et sans massacres, ces races ,indomptables, alors que dars les îles voisines de la Sonde, dans la Nouvelle-Guinée, l'Australie et la Nouvelle-Zélande, la Hollande et l'Angleterre échouaient complètement à s’assimiler des populations de même race, et quelques-unes, comme les Australiens, d'humeur beaucoup plus pacifique. « Cesîles, écrit un voyageur américain (3), » ne furent pas conquises à l'Espagne par des » chevaliers bardés de fer, mais par les soldats » de la Croix, par des prêtres embrasés d’ardeur » pour la cause du CHRIST. Ces hommes géné- » reux ont pénétré là où les guerriers de l'Es- » pagne n’osaient entrer les armes à la main, et > ilest vrai de dire que, dans cette occasion, les » armes l'ont cédé à la toge, fait qui a eu les » meilleures conséquences pour les Indiens sôu- » mis à la foi catholique, en introduisant parmi » eux les arts et la civilisation. Des milliers de » sauvages errants dans les bois sont aujour- ) d’hui de paisibles cultivateurs ; ils ont appris » de ces bons Pères à labourer le sol, au lieu ce » vivre uniquement du produit de leur chasse, en » hostilités continuelles les uns avec les autres » L'Eglise a montré là, ce qui est co nu depuis » longtemps, qu’elle est l'instrument le moins » coûteux etle plus efficace de l'ordre ct d'un » bon gouvernement. }
& La colonie est très florissante, écrit an autre » voyageur ; presque tous les natur ls Jagalos » ont été convertis à la foi catholique. :+ clergé » exerce sur eux une influence qui semblerait ma-
1. Rév. David Abeel, Journal d'un séjour en Chine. 2. Voirle Zimes, n° du 2 décembre 1858.
3. Robert Mac-Micking, esq. Souvenirs de Manille et des Philippines,
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» gique, si l’on ne savait que, pour les catholiques,
» l'autorité de leurs prêtres est divine (1). »
€ De grands éloges sont dus aux Espagnols, dit » de son côté un diplomate anglais (2), pour l'éta- » blissement des écoles dans Îa colonie et pour » leurs efforts incessants À propager le chris- » tianisme par le meilleur moyen, la diffusion de
» l'instruction chrétienne. »
On voit ici le catholicisme à l'œuvre À côté des sectes dissidentes. Aux Philippines, son action n'a pas été entravée, comme dans l'Amérique du et les crimes de la conquête. Le pays était pauvre, les populations
féroces, rien n'attirait de ce côté les convoitises des chercheurs d’or. L'Eglise a donc été laissée à peu près à elle-même pour conquérir et civiliser ces barbares. Le résultat est aujourd'ui sous nos yeux. En moins de trois siècles, elle a triomphé dé leur férocité et conquis, sans effusion de sang, à l'Espagne, une colonie de plus de cing millions de sujets. En face des Hollandais, campés en étrangers dans les îles de la Sonde abandonnées par eux à l'influence démoralisante de l'Islam, à côté des Anglais, qui n’ont su s'établir dans l’Australie et la Nouvelle-Zélande que par la destruction systématique des indigènes, ce contraste a quelque chose de consolant pour l'humanité et
Sud, par les cupidités
de bien glorieux pour le catholicisme,
Depuis longtemps les Philippines forment une province ecclésiastique:archevêché, Manilie(1570), avec quatre évêchés suffragants : Nouvelle. Sé. govie, Nouvelle-Carceres, Zébu (1595) et Jaro 1867. Mais il reste encore plusieurs centaines de tribus sauvages À convertir, principalement dans les diocèses de Zébu et de Jaro. Grâces à DIEv, l’'évangélisation de ces derniers tenants de la bar-
barie avance tous les jours, et les nouveaux mis- |
sionnaires sont à la hauteur de leurs devanciers, Voici ce qu’on lisait dernièrement à ce sujet dans la Revue des Deux-Mondes (3):
€ Les missionnaires seuls osent s'aventurer . y > milieu de ces populations féroces, Ils ont fait » le sacrifice de jeur vie et, la tenant pour rien, » ils travaillent pour leur DIFU et pour leur » patrie, en amenant à la foi et À la soumission » à l'Espagne, les plus misérables et les plus
? pauvres ; mais ce n’est qu'à la condition de les |
» dépayser et de les transplanter. Ils les décident
> à les suivre, lesentraînent à quelques journées |
» de marche et forment un Pwe. /o. Ces étublisse. » ments, qui rappellent les plus belles X ‘yc/ions » du Paraguay, malheureusement détruites par » la haine de Pombal, se multiplient depui
» quelques années, formant au milieu de !a bar. » barie qui les entoure. “es oasis de culture et de » vie paisible ouvertes à tous ceux qui viennent » y chercher un abri, Un de ces hardis mission ) naïres a converti et baptisé, en une année,