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vôtre ! laissez-moi mieux dire, quelle œuvre que la nôtre ? Quelle union ! Peut-être, à quelques égards, est-elle plus touchante que celle des premières églises, moins éloignées des unes des autres que nous le sommes en ces derniers temps. Oh! si nous rappelions leur ferveur ! Mais voici.
» À peine étais-je arrivé , le 4° mai, à Alger, qu'il fallut célébrer au milieu des flots d’une population peu accoutumée encore à ces pompes sacrées , la fête de l'apôtre saint Philippe, patron du nouveau diocèse et du roi des Français. Puis vinrent les beaux jours de l'Ascension , de la Pentecôte, de la Fête-Dieu , et déjà de nouveaux voyages nous réclament. Toutefois, grâce au pieux empressement (je sens toute la force de ces expressions et je dois les répéter). grâce au pieux empressement de toutes les autorités, la fête de saint Philippe produisit, dans toute la ville d'Alger, une impression remarquable et qui subsiste encore; nous-mêmes nous nous en entretenons souvent, et toujours avec une nouvelle émotion. Ne me demandez pas des détails, ma première lettre n'en contenait presque point, et aujourd'hui moins qu'alurs j'oserais essayer de vous en donner ; je ne finirais pas... Avec le gracieux mois de mai, nous ouvrimes, dans des transports de joie , les exercices bien autrement gracieux du mois bienaimé de Marie. Deux jours après, et dans des transports nouveaux partagés par toute la population, par l'armée surtout, je bénissais, ainsi que je vous l'avais annoncé, la mosquée extérieure de la casbah, que je dédiai à la sainte Croix, dont elle porte le glorieux nom. À la casbah, sur sa mosquée , là où il y a neuf ans à peine brill...i le cruel Croissant, la Croix brille à son tour ; mais quelle différence de clarté, Ô mon Dieu! Nous arrivions sur les plus hauts degrés de l'étrange rue qui monte à la casbah ; nous comptions dans notre cortège un vieux et saint religieux, le P. Gervais, qui depuis quarante années , chargé de visiter et de consoler les esclaves chrétiens, n'a cessé d'édifier la population musulmane ellemême (4). Au moment où il aperçut la nouvelle croix , il chancela , ses forces l'abandonnèrent ; il était si attendri, qu’il en eût pu mourir : c’est que sur cette même place s'élevait autrefois un figuier, aux branches duquel on suspendait les têtes des chrétiens condamnés au dernier supplice. Cet affreux spectacle avait souvent désolé le cœur du bon religieux ; on raconte qu’une nuit il courut les plus grands périls en venant arracher, aux jeux impies et barbares des janissaires , un nombre considérable de têtes qu'ils y avaient appendues ; il voulait leur donner, au péril de sa
(1) IL m'a remis un crucifix donné et indulgencié par Benoît XIV, le 21 novembre 1750, pour recueillir les derniers soupirs de ces pauvres chrétiens.
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