‹ Les missions chrétiennes [microforme]Chapitre 139 sur 226 · DOMINICAINS · texte numérisé non relu

DOMINICAINS

Au nombre des conquêtes les plus glorieuses des enfants de

saint Dominique, il faut mentionner les Iles Philippines. En peu

d'années, depuis l'époque de leur découverte (1564), avec l’aide

des Franciscains et des Jésuites, ils ont triomphé complétement de

l'idolâtrie et du mahométisme. Leur action bienfaisante s'exerce

sur une population de quatre millions environ d'habitants; telle-

ment que l'Espagne, malgré ses doctrines actuelles contraires aux

Ordres religieux qui ont fait sa gloire, conserve trois couvents de

Dominicains dans la mère patrie pour alimenter particulièrement

les Philippines. Ces îles possèdent un archevèché, quatre évêchés,

onze cents prêtres dont six cents indigènes répartis entre plus de

cinq cents paroisses. Les Dominicains, en comprenant les cin-

quante-six religieux employés dans les missions de la Chine et du

] ” Tong-King, sont dans la province du Saint-Rosaire des Philippines au nombre de deux cents.

1 Au Tong-King, les Pères Dominicains ont deux provinces : Le

Tong-King oriental, sous la conduite de Mgr Hilaire Alcazar, et le

58 Tong-King central, dont le provicaire, le révérend Père Manuel

Estevez, est mort de la peste le 7 juin 1864, après avoir traversé

toutes les persécutions qui ont désolé depuis vingt ans ces contrées.

5 25 Peu de temps avant sa mort, le 17 mars, il envoyait en Europe

d d’intéressants détails. « Si l’année 1865 n’a pas vu se renouveler

les épouvantables massacres de 1862, les chrétiens sont exposés à

l'avarice et à la haine des mandarins qui emploient tous les moyens,

même les coups, pour leur faire abandonner la foi ; mais elle est

trop profondément enracinée dans le cœur des fidèles. » Le Père

Estevez était encore obligé comme depuis longues années de vivre

caché dans son vicariat, donnant ses soins à la formation d’un

rent beau- clergé indigène. « Cette terre, disait-il, arrosée du sang de tant

à renaitre. d'illustres martyrs, est féconde en fervents chrétiens; leur seule

ernardino crainte est de mourir sans confession. » Il se plaît à rendre hom-

à Quilon ;

ST

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® Voir pour les détails : Missions dominicaines dans l'extrême Orient. par le rés l'ère André-Marie (1860).

un. où

mage à ses voisins les missionnaires français du vicariat occidental, «dont la charité surpasse tout éloge; les chrétiens exilés trouvent en eux de véritables Pères qu'ils traitent comme des fils de prédilection. »

Si le tyran Tu-Duc tempère ses rigueurs, ce n’est qu’une manœuvre rusée de la politique abjecte de ce pays. — « Depuis deux ans que les traités ont été signés avec la France et avec l'Espagne, la religion a été en butte à une persécution sourde, les chrétiens n'ont pas eu un moment de repos. » — On n’a nullement accordé la liberté de conscience stipulée dans les traités, on flagelle, on soumet à la peine du rotin les prêtres indigènes. Les traités sont restés sur le papier, on ne les s A pas même publiés. « Nos maîtres n’agissent point par crainte des armes françaises ; s'ils ne mettent pas tout à feu et à sang, cette modération forcée est commandée par d'autres causes. La guerre civile est une des principales. Nos oppresseurs savent très-bien que le christianisme est répandu par tout le royaume, et, si les chrétiens se révoltaient pour se réunir au prétendant, jl en pourrait résulter de graves inconvénients ; ainsi, pour ne pas s'attirer de nouveaux ennemis, ils exercent moins de rigueurs à notre égard. » La guerre civile continue ses ravages dans la province orientale ; les mandarins sont remplis de crainte, « L’observateur attentif devrait voir au Tong-King les coups de la justice divine. L'année dernière, la peste fit de grands ravages parmi le peuple infidèle : cette année la guerre sème le deuil dans les familles les plus considérables!. »

Constantinople, Mgr Martini, provincial et préfet apostolique. Deux couvents. La vénération du peuple pour la religion catholique augmente, les Pères peuvent faire des processions publiques aux fêtes du Saint-Sacrement et de Notre-Dame du Rosaire.

Smyrne, cette mission dépendait autrefois de Naxivan, dans la Grande Arménie. Cette ancienne province se composait de cinquante ns et comptait sept cents religieux. Pendant trois siècles, ce fut grâce aux Dominicains que la foi se conserva a clin de ces peuples, et que de nombreux hérétiques, abjuraut leurs erreurs, rentrèrent dans le sein de l'Église. Ils avaient aussi fondé dans ce pays cinq évêchés confiés à des évêques de leur Ordre. Au commencement du seizième siècle, Tamaskulican, par ses persécutions, les obiigea à se réfugier dans l'Asie Mineure, — Origine de leur mission de Smyrne,

Santorin, les Pères s'occupent en particulier de préparer de

1 L'Année dominicaine, novembre 1864, p. 4,

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TABLEAU GÉNÉRAL DES MISSIONS. 065

jeunes missionnaires, et d’évangéliser les catholiques de Naxos, de Tinos, de Scio et de Syra.

Kurdistan et Mésopotamie, mission de Mossoul dirigée par Mgr d'Amauton; deux couvents.

Cafrerie, un évêque. |

Au Brésil, au Pérou, au Chili, à l'Équateur , plusieurs couvents, — À Guatemala, un couvent; de même au bas Canada. — Aux États-Unis et Californie, cinq couvents et plusieurs stalions.

À la Trinidad, les Dominicains, ayant à leur tête Mgr Gouin, sont établis à Port-d'Espagne, ville principale. Un mémoire, adressé le 23 juillet 1864, par le révérend Père Bion, contient des détails du plus haut intérêt. « Les Indiens indigènes, comme dans toutes les anciennes possessions espagnoles, se sont conservés dans l’intérieur de l’île sans avoir rien qui les distingue du reste de la population, formant en tout cent mille habitants ; la religion a opéré cette transformation. » Les familles africaines, assez nombreuses, montrent des qualités susceptibles d’être cultivées avec avantage. Depuis l'abolition de l'esclavage, comme il ne fallait plus compter sur le travail des nègres, le gouvernement anglais fit venir des coolies, Indiens asiatiques qui s'engagent pour cinq ans. Leur culte se traduit par l’idolôtrie et le fétichisme le moins dissimulé. La plus importante de leurs solennités, nommée Hamsi, qui se célèbre au mois de mai, à l’époque de la pleine lune, consiste à adorer une poignée de boue que leur prêtre retire du fond d’un étang.

Le gouvernement anglais a mis en vigueur ici, comme dans ses autres possessions où les populations ne restent pas scus une seule et même communion religieuse, le système des écoles appelées Godless (sans Dieu); toute question religieuse en est absolument bannie, pour ne heurter les convictions de personne. Il n'y a, dès lors, ni prières, ni catéchisme, ni histoire sainte. « Ce système n’a pas même l'approbation des ministres protestants, qui comprennent aussi bien que nous qu'il s’agit avant tout, pour les enfants, d'éducation religieuse. » Après avoir indiqué quelques côtés moins favorables, le Père Bion peut cependant dire : « Grâce à Dieu la population dans toutes les classes est profondémeni religieuse, On y sent partout vivre l'esprit de foi devenu plus actif et plus fort par suite du contact de nos fidèles avec le protestantisme. Avec cet esprit vous comprendrez la joie respectueuse qui accueille le prêtre. Le curé est vraiment chef et roi de la paroisse; il n’est pas de sacrifices que l’on ne soit prêt à s'imposer pour

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répondre à son appel. Qu'il fasse bâtir une église, un presbytère, tout le monde, riches ou pauvres, est prêt à contribuer de sa bourse ou de son travail. »

Le Père Bion se plaît à rendre hommage aux vertus apostoliques de Mgr Spaccapietra, envoyé par le Saint-Siége comme visiteur, aujourd'hui archevêque de Smyrne, et maintenant en France pour plaider la cause de son nouveau diocèse. L'influence de ce digne archevéqne s’étendait sur toute la population; en onze jours, par exemple, sur son simple désir, elle transforma en calvaire, avec chapelle et stations, une colline qu'il fallût aplanir. Il asserabla, malgré de grandes difficultés de voyage et de distance, un concile des évêques et vicaires apostoliques de la province, plusieurs synodes; il fonda des hospices, des écoles. Ses œuvres de charité subsistent et prospèrent. La mission de la Trinidad, comme celle de Mossoul, est particulièrement attribuée aux Dominicains français.

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