‹ Les missions diplomatiques de Pierre Anchemant, 1492-1506 [microform]Chapitre 22 sur 50 · TESTAMENT DE PIERRE ANCHEMANT · texte numérisé non relu

TESTAMENT DE PIERRE ANCHEMANT

Ledict Pierre Anchemant avoit faict un testament lan 1504, dont Tay bien voulu icy insérer la copie.

In nomine sanctse et individuse trinitatis patris et filii

et spiritus ssmcti. Amen.

Je Pierre Anchemant, indigne secrétaire de mon très redoubté s'^ et prince mons'^ larchiduc, considérant et sachant de pour vray quil n est riens plus certain que la mort ne

plus incertain que l'heure d'icelle ;

Considérant aussy que i'ay ja vescu la plus part de mon eage, et afin que ie ne me trouve surprins, ay bien voulu tester, ordonner et disposer des biens et dons quil a pieu

à Dieu mon Créateur de me faire, attendu mesmement que ie me sens pour le présent sain et en bon estât de cœur et d'entendement.

Premier, ie rends grâces et louanges à mond* Créateur des biens et dons de grâce que par sa bonté et clémence yl luy a pieu de me donner, luy requérant et suppUant en toutte humilité quil luy plaise me pardonner, si ie n en ay usé comme ie devoye et que bon chrestien est tenu de faire,

et que par le mente de sa benoîte et très saincte passion et mort, quil a voulu souffrir pour la rédemption de Ihumain lignage, yl me vueille semblablement pardonner tous les maulx, offenses, crimes et delicts que iay commis et perpétrez en plusieurs et diverses manières et dont ie me rends coupable devant Sa Majesté, et que doresenavant ie me puisse conduire et employer en manière que ie soye escript au s^ livre de vie, appelle à sa dextre, et estre avecq luy

en sa gloire éternelle.

En oultre, ie luy recommande encores mon ame, et prie

de tout mon coeur a la glorieuse Vierge Marie, sa benoiste

mère, a raes«" S^ Joseph, S' Michel, S* Jean-Baptiste,

S* Pierre, S' Fol, les quatre S'" Evangelistes, les quatre S*^ docteurs de l'Eglise, S' Nicolas, S' Claude, S' Christofle, S' Denis, S' Georges, S' Thomas de Canturberi, S' François, mes dames S»^ Anne, S^ Catherine, S^ Magdeleine, S^« Barbe, et toutte la court céleste de paradis, quilz vueillent estre mes moyens et intercesseurs envers la dicte S*® Trinité, a ce que mes dicts pechéz et delicts me soient remis et pardonnez, et que quand madicte ame parlera de mon corps, elle puist estre logée, mise et colloquée avecq eulx au s^ royaume de paradis.

Item et de rechef, ie recommande madicte pauvre ame à mondict Seigneur et Créateur, qui a de rien faict le ciel et la terre et touttes les choses qui y sont; et semblablement recommande mon corps à la terre, lequel mon corps ie veulx et ordonne estre enterré au coeur du couvent de

leglise des Chartreusinnes len ceste ville de Bruges, au cas toutesvoyes que ie voyse de vie a trespas en payz de mond' s'8, en lieu ou aprez mon trespas Ton puist apporter audict couvent mond' corps sans corruption, danger ou infection; et veux que ledict couvent des Chartreusinnes ait, en ce cas, de mes plus apparens biens la somme de soixante livres gros, monoye de Flandre, pour une fois, moyennant laquelle somme le couvent dudict lieu sera tenu

de faire célébrer un anniversaire et vigiles, avecq la messe et les commendasses accoustumées, a note et a diacre et soubzdiacre, par chascun an perpétuellement et a tousjours. Item, et au cas que ailleurs i allasse de vie a trespas et que mond^ corps ne puist estre apporté audict couvent, ie veulx et ordonne quil soit enterré et inhumé au plus dévot lieu et couvent qui sera au lieu ou ie iray de vie a trespas, auquel

lieu, en ce cas, ie donne la moitié de ladicte somme de

LX liv. g., assavoir a iceluy lieu les XXX liv., et audict couvent des chartreusinnes les aultres XXX liv., a charge que chascun desdicts couvents sera tenu de faire célébrer un iaerghetyde ou anniversaire, chascun an et a toujours, pour le remède de mon ame et de mes parens, amis et bienfaiteurs. Item, ie veulx et ordonne que audict couvent où ie seray enterré soient célébrées, trois ans entiers, une messe par chascun iour lesdicts trois ans durant, et que a mesure que

les iours des festes des saints et sainctes dessusdicts viendront, la messe, qui sera célébrée, soit en l'honneur d'eulx et de leur iour, priant au chappelain qui les célébrera que, en sa mémoire et dévotes prières, yl vueille avoir mémoire de moy, de mon âme et de celles de mesdicts parens, amis, prédécesseurs et bienfaicteurs ; mesmement, que a chascune messe la collecte de inclina domine aurem tuam soit dicte, et aprez icelle messe le de profundis et la collecte y servante.

Auquel chappelain ie donne pour chascune messe deux pattars, qui reviennent pour lesdicts trois ans à XVIII liv. g., pour une fois.

Je donne au curé soubz lequel ie iray de vie a trespas une livre de gros, à son chappelain X s^^ au coustre et roedragher la coustume.

Je veux et ordonne que, aprez mon trespas, Ton donne aux pauvres bonnes gens, membres de Nostre Seigneur,

la somme de cent livres gros, pour une fois, qui seront distribuées a une ou plusieurs fois, a la discrétion de ma femme et des exécuteurs de celuy mon testament cy aprez nommez.

Je veux et ordonne que touttes mes debtes, bonnes et loyales, soient payées.

Item, pource que ie puis aulcunement estre tenu a mond*

s' larchiduc, je luy donne, pour une fois, la somme de cinquante livres de gros. Neantmoings ie luy supplie que, pour considération des services que ie luy ai faicts et en recompense des dommages que fay eu à cause des guerres passées, son plaisir soit de quicter à moy et à mon filz et héritier ladicte somme, sinon quelle soit payée a son bon plaisir.

Item, pource que semblablement ie puis estre tenu et obligé a mons' d'Arras, mon maistre (l), ie luy donne semblable somme de cinquante livres de gros, pour une fois, le priant quil la vueille donner et quicter a moy et a mondict filz, auquel cas ie luy donne ma belle ameraude.

Item, ie donne a Josyne de Branges la rente de III liv. de

gros par an estant, à la vie d'elle et de Janneke, ma fille bastarde, sur la ville de Bruges, et avecq ce la somme de cinquante livres de gros, pour une fois, moyennant quelle quictera moy et mes hoirs de tout ce qu elle ou les siens me pourroient iamais demander a cause des biens et succession de feu maistre Antoine de Branges, son père, et pourveu quelle donnera a la sœur de Bethanie, icy à Bruges, dépu-

cellee par sondict feu père, III liv. de gros, pour une fois.

Au marge de cest article estoit escript :

Le 4« de mars A° 1505 jay royé cet article, pour ce que iay donné à Josyne, icy mentionnée, a son mariage, ce que en conscience ie luy puis estre tenu, et plustot plus que moins, saulf que ie veulx que par mes hoirs soit donné à la soeur de Bethanie les III livres gros, pour une fois.

Item, ie donne aux prochains parens de sondict feu père la

somme de cent francs, pour une fois, que ie veux estre payez

de mes biens de Bourgogne.

Item, et soit recouvré de m"^ Renier Cleerhaghe, maistre

(1) Nicolas de Ruyster, évêque d'Arras. Voir p. 14.

des comptes à Brusselles, une condemnation et obligation de feu Jean Van Olmen, de plus de IP liv. de XL gros, faicte a mon profict, comme ayant cause dudict feu M-^^ Anthoine; et les deniers qui en viendront soulut donnez pour Dieu,

et semblablement touttes aultres debtes deues aud* feu, si

comme du prieur de S^ Sauve à Valenciennes, et aultres qui

se pourront trouver.

Item, ie donne a la dicte Jennekin, ma fille bastarde, pour une fois, la somme de soixante livres de gros pour la marier, pourveu quelle demeure bonne et honeste et quelle se marie du gré et consentement de ma femme.

Item, ie donne a la mesme condition a Leene Van der

Beke et Clare sa soeur XII livres gros, qui est pour chas-

cune d'elles VI liv. g.

Item, a la fille de celle qui me vendit la bible, qui est une

femme vendant sur le Vrydachmart, II liv. g.

Item, a une béguine, nommée Linken Timmerman, qui souloit demeurer avecq mons^ Barras, II liv. g.

A la mère de madicte fille bastarde, II liv. g.

A Bette ma commère, I liv. g.

A tous mes serviteurs et servantes, chascun d'eulx, oultre

leur sallaire, XVI s. g.

Je désire et ordonne par exprès que aulcunes pompes, si comme de pleurans, torches ne aultres choses soient faicts

a mon enterrement.

Je donne à léglise de S*-Donat , icy à Bruges , pour un obit et anniversaire perpétuel, ma censé de Coolkercke et les maisons y appertenans, contenans environ XVII mesures de terre, chargée a la prébende du doyen de ladicte église

de deux tiers de quatorze viertales de froment par an et envers divers aultres environ X s. g. par an, lesquelles rentes sont déclarées ez lettres de la ghifte que Marc

Houtmart feit de ladicte terre a Gilles Houtmart son frère. Quant a XI r. de terre de ladicte censé, estans au terroir du Francq, et quant a la reste de ladicte censé, c'est caneunynck landt, comme Ion trouvera es lettres qui sont au coffre avecq mes aultres lettres.

Et pource que desdictes rentes Ion doibt plusieurs arrierages, j^lz se pourront payer de ce que Jean Clais Boens et

advocat Willemaers me doibvent, qui revient a plus de XVI liv. g., et trouvera Ion un acte de la condempnation dudict Jean Claeis Boens au registre de ceste ville, tenu au temps de feu m*"® Jehan Roehls, du XIII apvril, a° IIII" XIX, après Pasques, qui montoit lors XV liv. II s. IIII d. Surquoy jl a payé, tellement quil me doibt de reste environ VIII liv. ou VII liv. g. Depuis ledict Boens et moy avons faict nouvel

appoinctement, et jl ma baillé des pleiges; et le trouvera

Ion en mon livre. Et quant audict Adriaen, on trouvera ce quil me doibt par mon livre, qui ne monte pas moins, et ie lay faict plaider pour deux années ; et sont les lettres de pandynghe avecq mes aultres lettres.

Item, je veux et ordonne que si les vefve et hoirs de feu Jacop Despars (i) vueillent rachapter la rente de VIII liv. g , que iay, à cause de feu Clays Van den Steene, sur la maison

dudict Jacques, ylz puissent faire ledict rachapt pour cent

livres gros, pour une fois, pourveu toutesvoyes que avecq ladicte somne ylz payent a ma femme et a mon filz ce quilz doibvent a cause des arrierages de ladicte rente ; et encores

suis content que Ion leur en quite une année. Item, ie certifie, cognois et confesse pour vérité que iay

(i) Il s'agit ici de Jacques Despars, aïeul de Nicolas Despars, auteur de

la Chronijcke van den lande ende graefscepe van Vlaenderen. Voir Goe-

thaïs. Lectures relatives à l'histoire des Sciences, etc., t. II, p. 170,

trouvé ma femme bonne, honeste et vertueuse, et telle que homme de bien pourroit souhaitter, et si ie Tay traictee ou me suis conduict envers elle aultrement que ne debvoye et que i ay esté tenu et den faire, yl m'en desplait et luy en prie et requis mercy de bon coeur, luy priant tant que faire puis que tousiours elle vueille avoir souvenance de moy et de ma pauvre âme en ses bonnes prières; et au surplus

quelle ait pour recommandé son enfant et le mien, et le face apprendre vertus et bonnes meurs; et qu'au surplus, au cas qu elle me survive, si elle se veult remarier, qu elle avise, pense et regarde bien a cui et comment, afin que les biens d'elle, ses prédécesseurs et de nostre dict filz, ne soient dissipez ne mal despenduz et employez, et aussy quelle puisse demeurer en sa bonne vie, conduicte, en paix, en repos et bonne renommée.

Item, ie recommande en oultre mondict filz à madamoiselle la mère de madicte femme, luy priant que, tant sur ladicte fille comme sur mondict filz, elle vueille avoir bonne garde et les conseiller tousjours a faire bien et obéir a Dieu ; et pour considération des plaisirs qu'elle m'a faicts, ie luy donne X liv. g., pour une fois.

Item, ie donne a Denys Metteneye, son mary, une de mes

meilleurs robes.

Item, ie supplie bien humblement à mons'^ mon compère, mons'' le Président de Flandres, quil vueille estre principal tuteur de mondict filz; et pour sa peine, ie luy donne la somme de VI liv. g. par an, a en estre payée iusqu a ce que mondict filz sera en l'eage de 25 ans; et si mondict s' le Président va premiers de vie a trespas, ceste pension sera estaincte dez le iour de sondict trespas, ou dez celuy de

mondict filz.

Item, pour les exécuteurs de cestuy mon testament, que ie

veulx valoir comme testament et ordonnance de dernière

volonté, peult et doibt valoir, et ainsy que si touttes solemnitéz requises a faire testament ou codicilles y estoient gardées, renonçant par exprès a tous aultres que ie puis avoir faict par cjdevant, je fais et nomme mond' s"^ d'Arras,

mond* s^ Président de Flandres, et avecq eulx Philippe Van den Berghe et Henry Nieulant (^ ; ausquelz Philippe et Henry, pour leur peine et sallaire, ie donne deux marcx d'argent, qui est pour chascun d'eux un marc. Es mains

desquelz mes exécuteurs, ie mets tous mes biens, meubles, immeubles présents et advenir quelconquez, et iceulx oblige et affecte, voulant et consentant que, pour Taccomplissement de mond* testament, ylz les puissent vendre et engager, tant et iusques a ce quilz seront entièrement furnyz des deniers quil fauldra avoir par led* accomplissement.

Item, et si ma soeur, la femme de m^ Désiré Vieux (2), ou led^ m® Désire son mary vueillent avoir et achapter, pour

et au profict de mad^^ soeur et de ses enfans, tous les biens, meubles et immeubles que i ay et puis avoir en pays de Bourgogne, je suis content et veux quilz leur soient venduz, baillez et délivrez pour la somme de XVHP liv. de XL gros, monnoye de Flandre, la livre ; dont ylz payeront les XVIP a madicte femme, au profict d'elle et de mond* filz, que ie fais, ordonne et declaire mon héritier universel, et ses

(1) En marge on lit : « Levesque cI'Arras estoit Nicolas Ruler. Le Président de Flandres estoit Jean Sauvage, s"" de Escaubeke. Philippe Van den Berghe fust eschevyn de la ville de Bruges et souvent employé aux premières charges, comme aussy Henry Nieulant. »

Jean Sauvage, président de Flandre, fit partie de l'ambassade qui se rendit plus tard en Angleterre. Voir p. 107 et suiv.

(2) On lit en marge : « Ce Désire Vieux estoit conseillier au Parlement de Dôle. » Voir pp. 9, H, 12, et I'Appendice N» VI,

frères et soeurs légitimes avecq luy, si aulcuns en ay ou

puis avoir cy aprez, et au default d'eulx mad^ ma soeur et

sesd^^ enfans; et les aultres cent livres, icelle ma soeur ou sesdits mary et enfans les paieront auxdicts prochains parens dudict feu m® Anthoine de Branges, estans en Maconnois et ailleurs en Bourgogne.

Item, et est asscavoir que, auiourdhuy que cetuy présent testament a esté faict, qui fut le XXX® iour de may Tan cincq cens et quatre (30 mai 1504), jay faict mon compte, et

treuve que, en bonne debtes bien recouvrables, deniers comptans, vasselle, loyaux et bons meubles, mad*® femme et moy avons plus de II"™ livres gros, y compris lad^ somme de XVIP liv. de XL gros la livre ; mais noz rentes, fiefs, maisons et héritages, la debte de Jean Natyn, arrierages de rente, ne plusieurs mauvaises debtes ny sont poinct comprinses.

Si prie a mad*® femme, a mess'^s dessusdicts mesdicts exécuteurs, a lad^^ mère de ma femme que, en l'honneur de Dieu et afin d'éviter la damnation de ma pauvre ame, ylz vueillent accomplir cetuy mon testament. Et pourceque ie désire et veux que ainsy soit faict et, entre aultres, en charge mad^^ femme et mondict filz, jay escript et signé de ma main les iour et an dessusdicts et scellé de mon seel. Ainsy signé : Anchemant.

Lettre de l'evesque d Arras, escripte a la veuve de Pierre Anchemant, par laquelle yl luy quicte la somme de cinquante livres gros a luy léguée en

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