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ORDRE DE LA TOISON D'OR

Accusation fornmïée contre les seigncîirs de Raves tein, de la Gruuthuse, de Romont, de Bm^ssele et de la Y ère (A^ 1490).

(Extrait de VHistoire de l'Ordre de la Toison d'Or, par le baron

de Reiflfenberg) (1).

Les accusations formées contre Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein, Louis de Bruges, seigneur de Ja Gruthuse, Jacques de Savoie, comte de Romont, et Wolffart de Borssele, comte de Grand-Pré, seigneur de la Vère, dont les deux premiers étaient encore en vie, et les deux autres décédés depuis peu, formaient trente-quatre articles, et furent intentées par le procureur de l'Ordre.

Voici ce que contenait en substance l'exposé des faits

dont ces quatre chevaliers étaient accusés, tel que S. M.

(1) Bruxelles, 1830, gr. in-4<>, p, 180.

l'avait approuvé. Cet écrit portait que, en franchissant les bornes de l'obéissance et de la fidélité qu'ils devaient au

roi des Romains, comme père chef de la Toison d'Or, ils

avaient, par une lâche condescendance pour le peuple, favorisé les séditions qui s'étaient élevées peu après la mort de la duchesse Marie, son épouse, lorsque les Flamands s'étaient émancipés jusqu'à s'adjuger la tutelle du duc Philippe, son fils (i) ; que, quoique dans l'assemblée de Termonde, convoquée par le roi dans la vue de pacifier les troubles, S. M. eût daigné accorder à ces chevaliers une amnistie du passé, et que ceux-ci, de leur côté, lui eussent promis qu'après avoir remontré aux Flamands leur tort,

ils les auraient abandonnés, pour venir ensuite reprendre

auprès du roi les fonctions de leurs charges respectives, dans lesquelles S. M. voulait bien les continuer, ainsi que dans la jouissance des émoluments y attachés, ces chevaliers avaient néanmoins, au mépris de leurs promesses et du serment qu'ils avaient fait à l'Ordre, continué leur séjour en Flandre, affermissant de plus en plus ceux de cette province dans leurs séditieux desseins, jusque là que ces chevaliers, qui, avant l'abolition qu'on leur accorda dans l'assemblée de Termonde, n avalent participé au soulèvement des Flamands qu'en connivant et en tolérant les

(1) Molinet, dans sa Chronique :

Je Teiz Gand, qai prospère Sur Flamens Irîumpbans, Aa desplaîsir du père Retenir deux enfans.

Le père à force d'armes

Les reeonqnist ; sVn feu

Gand pour srs gros vacarmes

En daoger d'estrc eo feu.

« Les Gantois étaient maîtres de ses enfants. En outre, plusieurs seigneurs, qui espéraient avoir part au gouvernement, au nom du jeune duc Philippe, et particulièrement monsieur de Ravenstein, que les États avaient préposé à sa garde, étaient passés dans le parti des gens des villes » De Baraute, Hist. des Ducs de Bourg., à Tan 1483.

menées de ces mutins, s'étaient enfin, après la rupture de cette assemblée, déclarés ouvertement contre le roi, en

publiant, tant de bouche que par écrit, différents discours

injurieux à son honneur et attentatoires à son autorité;

Que, s'étant attiré la bienveillance du peuple par des insinuations aussi mensongères que séditieuses, qu'ils firent

passer sous l'apparence du bien-être de l'État, ils avaient usurpé de fait la tutelle du duc Philippe et l'administration de la provmce de Flandre, ajant même distribué les charges entre eux et les offices qui en dépendent;

Que, pour se maintenir dans la possession de cette province, et se procurer en même temps les moyens d'envahir

encore quelques autres possessions du duc Philippe, ils avaient ménagé avec les Français, anciens ennemis de la maison de ce prince, un traité d'alliance qu'ils avaient osé signer et sceller de leurs sceaux;

Que, en suite de cette alliance, ils avaient eu la témérité de soutenir une guerre contre le roi : monsieur de la Gruthuse et feu monsieur de Romont, en portant les armes ouvertement, et monsieur de Clèves et feu monsieur de la Vère, par leurs conseils et en fournissant tous les secours qui dépendaient d'eux ;

Que, pour subvenir à l'entretien de leurs troupes dont monsieur des Cordes avait le commandement général ils avaient chargé les sujets du roi de leur fournir des sommes considérables et exorbitantes ;

^ Que feu monsieur de Romont, qui, de sa propre autorité, s était attribué la qualité de capitaine de ceux delà province de Flandre, accompagné d'un nombre de ces mutins avoit tenu les champs contre le roi, et que monsieur de la Gruthuse, non content d'avoir soustrait la ville d'Alost à

l'obéissance de S. M., l'avait encore mise au pouvoir des

Français ;

Que ce dernier, qui avait obtenu du roi la charge de capitaine du château de Lille, avait, au mépris du serment de fidélité qu'il lui avait fait en cette qualité, remis cette place entre les mains du duc Philippe, encore rebelle et

désobéissant à son père (i), par où il avait fomenté de plus en plus la division ;

Que le pays, après avoir été saccagé et entièrement ruiné, étant enfin rentré sous l'obéissance du roi, le feu comte de Romont et monsieur de la Vère avaient pris la fuite et s'étaient retirés ailleurs, tandis que monsieur de la Gruthuse, ayant été fait prisonnier à la réduction de la ville de Bruges, avait été mis, de son gré, dans les prisons communes de la bourgeoisie, destinées pour les criminels

et les infâmes (2) ;

Que, comme il n'était pas de la dignité de l'Ordre ni équitable que monsieur de la Gruthuse, qui en portait les marques, fat détenu dans ce lieu, et que d'ailleurs il ne convenait pas que le magistrat prît connaissance de son affaire, le roi et les chevaliers de l'Ordre avaient voulu le tirer de sa prison; mais qu'il avait constamment refusé d'en sortir, malgré tout ce qu'on avait pu lui représenter à ce sujet, aimant mieux, ainsi qu'il l'avait fait entendre, mettre ses biens en sûreté, à la faveur des privilèges attachés à la bourgeoisie de cette ville (3), quelque opprobre qu'il lui en pût revenir, que de sauver l'honneur de l'Ordre et le sien en particulier au péril de ses biens ;

Que néanmoins, sur ce qu'on l'avait assuré qu'on ne le laisserait pas dans ces prisons, et qu'il ne pourrait jamais éviter le jugement de l'Ordre, il s'était enfin déterminé à en sortir : sur quoi on lui avait donné la ville de Malines pour

(i) C'est-à-dire dont les conseillers et gouverneurs étaient rebelles et désobéissants à son père. Peut-être, malgré l'embarras de la phrase, ces épithètes ne doivent-elles tomber que sur le sire de la Gruthuse.

(2) Celait pour jouir des privilèges de la bourgeoisie ou des poiriers, comme on le voit plus bas.

(3) Dans la Flandria lllustrata de Sanderus, t. Il, pp. 7 et 148, il est question de la maison qu'occupait à Bruges l'ancienne famille' de la Gruthuse, maison dont on donne même la représentation. Le château de la Gruthuse ou Gruthuyse se trouve figuré dans la, planche 20 à la fin du

1V« livre, qui renvoie à la page 224.

prison, atec défense expresse d'en sortir; mais que, ayant rompu son ban, il avait obligé le roi de le faire détenir plus étroitement;

Que, peu de temps après, ayant trouvé le moyen de s'évader du lieu de sa détention, il s'était de nouveau rendu en Flandre où, persistant toujours dans ses pernicieux desseins, il avait rejoint les séditieux, lesquels, pendant le cours de cette guerre, s'étaient portés à un tel degré d'insolence, qu'ils n'avaient pas rougi de mettre la main sur la sacrée personne du roi, et de l'emprisonner en la ville de Bruges (i), avec ses principaux conseillers, dont quelques-uns avaient été mis à mort, et d'autres taxés à des

rançons exorbitantes;

Que, quant à Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein, qui durant cette guerre ne s'était déclaré ouvertement en faveur de l'un ni de l'autre parti, manquant par là à la fidélité qu'il devait au roi, sa conduite était aussi de ce

chef très répréhensible. d'autant plus qu'il demeurait encore actuellement dans la même neutralité.

Finalement, tous ces chevaliers furent accusés de n'avoir pas seulement favorisé les séditions dont il est parlé, mais d'en avoir été les auteurs. On imputa même à Adolphe de Clèves, seigneur de Ravenstein, et à Louis de Bruges, seigneur de la Gruthuse, d'avoir coopéré à la captivité du roi et de ses gens ; d'où il résultait que ces quatre chevaliers s'étaient rendus coupables du crime de lèse-majesté,

tant contre le roi qu'envers le duc Philippe son fils, leurs

princes et seigneurs, chefs et souverains de l'Ordre. Pour ces raisons, le procureur de l'Ordre conclut, à

(1) Moliuet, 1. c. ;

J'ay veu par mutînaige Bruges meilre les mains Au digne personnaige.

Roi sacré des Rommains, Ses chevaliers, ses nobles.

Son mignon fort fringant,

Pis logez quVn vignobles.

Emprisonnez à GanU.

legard de ceux de ces chevaliers qui étaient encore en vie, à ce que, suivant les statuts, ils fussent déclarés indignes, et obligés, par conséquent, à restituer leurs colliers, avec défense de s attribuer désormais la qualité de chevaliers, d'en porter aucune marque, ni de prétendre les

honneurs, prérogatives, franchises et autres droits y appartenant. Et, quant aux chevaliers décédés, sa conclusion portait que leur mémoire, pour ce qui regardoit l'Ordre, devoit estre damnée, en faisant ôter leurs blasons des lieux où on les trouverait placés, et en y substituant une inscription renfermant la cause de ce changement.

On ajouta que, comme il pourrait être répondu de la part de ces chevaliers que, quand même l'exposé des faits dont

on les chargeait serait véritable, il était néanmoins constant que monsieur de la Gruthuse, par un traité fait avec

le roi, et au moyen d'une certaine somme d'argent qu'il avait fournie à Sa Majesté, soit en forme de prêt ou autrement, en avait obtenu son pardon ; et, à l'égard de monsieur de Ravenstein et des autres chevaliers ci-dessus nommés, que, tant par la paix faite en Flandre en 1485 que par celle conclue depuis à Tours (i), tout ce qui s'était passé auparavant avait été pareillement pardonné et aboli, de façon

qu'ils ne pouvaient plus être inquiétés ni poursuivis à ce

sujet, de quelque manière que ce pût être : le procureur de l'Ordre répliquerait à ce raisonnement que, dans la supposition qu'il fût vrai que les paix et abolitions ci-dessus dussent avoir lieu à leur égard, ainsi qu'ils le prétendaient, elles ne pourraient jamais opérer en leur faveur que la rémission des peines corporelles qu'ils avaient encourues pour les crimes dont ils s'étaient rendus coupables, et nullement l'abolition des excès qu'ils avaient commis contre

leur honneur et les statuts de l'Ordre ;

Qu'au reste, s'ils voulaient faire valoir l'abolition accordée dans l'assemblée de Termonde, il leur serait répondu

(l)Molinet, cb. ccxxii ; La paix de Flandres, faicte au Montils-lez-Tours.

que cette grâce ne pouvait s'accorder que pour les méfaits qu'ils avaient perpétrés avant la tenue de l'assemblée, et nullement pour ceux auxquels ils s'étaient portés depuis, ' ceux-ci étant d'ailleurs d'une nature beaucoup plus grave

que les premiers, lesquels navaient été relevés dans ce

mémoire que pour faciliter l'intelligence du détail des subséquents.

No IL

Pierre Cuych, éxêque de Tournai.

(Note annexée au manuscrit d'Anchemant.)

De la querelle et scisme pour Tevesché de Tournay» dont est parlé f° 14 v°, et 41 v° (pp. 34 et 79) et parle M^ Guil. Gazet en son Histoire ecclésiastique du Pays-Bas, p. 237.

Apres la mort de Ferry de Clugny, evesque de Tournay, advenue lan 1483, le 7 d'octobre, en la ville de Rome, la

provision de Tevesché estoit de droict dévolue au S^ Siège

apostolycque, parquoy Sixte IIII, pour lors pape, ordonna et consacra a Rome pour evesque de Tournay

Jean Monissart, natif de Haynaut et doyen de Terouenne, qui avoii esté familier au prédécesseur Clugny, et estoit allé à Rome par compagnie. Cependant le roy de France, par la pragmatique, y voulut substituer un Louys Pot, abbé de l'Ordre de S. Benoist, à Blois, lequel ne fut

pas accepté du chapitre. Toutesfois cest evesque Monissart ne vescut qu'un an après sa promotion et mourut à Rome

l'an 1484, de façon que Innocent VIII, pour lors pape, suyvant le mesme droit de dévolution, conféra Tevesché de

Tournay à

Antoniotus Palanicinus, Genevois, qui estoit aussi evesque de Pampelune, cardinal du tiltre de sainct Anastase, depuis de saincte Praxede, l'an 1485.

Ces deux evesques n'ont pas sorty de Rome pour résider à Tournay, ajans administré leurs charges par des vicaires généraux. Et après que ce dernier en eut iouy environ douze ans, par le conseil du Sénat apostolic et du consentement d'Alexandre pape VI du nom, le resigna à

LXXir.

Pierre Kicque ou Kuick, Gantois de nation, abbé de S. Amand, lequel estoit allé à Rome avec lettres de recommandation de Philippe, archiduc d'Austriche. Fut consacré evesque en la ville de Bruges, en l'église de Saint Sauveur, par Henry de Berghes, evesque de Cambray, et Michel, evesque de Salubry, l'an 1497, où furent presens Philippe, archiduc d'Austriche, et sa femme Jeanne, héritière d'Espaignes. Cest evesque iouyst seulement de ce qui estoit tenu de l'evesché de Tournay au pays de Flandre et Waz.

Car, à cause que ces trois derniers evesques, Monissart,

Antoniotus et D. Pierre Kuick, estans canoniquement promeus à Rome, puis qu'ils estoyent décédez, et que partant la collation dudit evesché de Tournay appartenoit au pape seul, ne peurent obtenir l'octroye et consentement du roy de France Charles VIII, sous la iurisdiction duquel estoit lors la ville de Tournay. Voire mesme Louys Pot, abbé en la ville de Blois, favory du roy, impetra par le moyen

d'aucuns officiers de l'archevesché de Rheims des lettres de

collation, par lesquelles il se disoit estre légitimement

promeu à l'evesché de Tournay, estant le droict de la provision de ladicte evesché dévolu et escheu à l'archevesque

de Rheims comme métropolitain, par la mort de Ferry de Clugny : en vertu desquelles lettres, ledict Pot feit citer à la Cour de Parlement à Paris Jean Monissart et ses successeurs, lesquels, n'ayans comparus, furent condamnez par défauts et contumaces, de façon que ledict Pot obtint le

possessoire de l'evesché de Tournay tant qu'il vescut, et en

furent déboutez les susdicts trois autres. Ce scisme dura en l'église de Tournay depuis la mort de Ferry de Clugny, Tan 1483, jusques à la mort de Louys Pot, qui fut l'an 1505. Et combien que lors fut esleu par le Chapitre Charles de Hautbois, à la recommandation du roy de France, toutesfois on traicta dappoinctement avec D. Pierre Kicque, qui avoit survescu ledict Pot. Mais devant que l'accord fut achevé, ledict D. Pierre Kicque mourut à Valenciennes

l'an 1506, le 21 janvier, et fut inhumé en l'abbaye de

Sainct Amand. Et partant fut paisible possesseur de l'evesché de Tournay ledict Charles de Hautbois, natif de Chastellerault, diocèse de Poictiers.

De cette matière est aussy traicté par Choppin, du dom, de France, liv. 2, tit. 9, où yl est dict en marge : « Quand ung evesché limitrophe de la France estant sur la frontière vient à vacquer en cour de Rome, yl ne peult estre conféré a aulcune personne si le roy ne le consent et ne l'a pour aggreable. n

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