LA. CONCURRENCE DU MAL. — L’ALCOOL
heure ; elle va de pair avec l’exploration et la colonisation. Et cela sous plusieurs formes : formes grossières, formes raffinées. Parmi les premières, je n’en citerai qu’une : l’alcool.
Qui dira le mal que fait l’alcool dans le monde? Le Times faisait dernièrement cette remarque que l’Angleterre seule a consommé, en 1891, pour plus de 3,500 millions de spiritueux; et, rien qu’en bière, plus de 1 ,950 millions ; c’est-à-dire, ajoute le journal de la Cité, une somme suffisante pour pourvoir le pays de deux marines, de deux armées, et de l’administration civile par-dessus le marché ; une somme suffisante pour payer pendant trois ans l’intérêt de la dette nationale, ou, si on la capitalisait pendant neuf ans, suffisante pour éteindre entièrement cette dette.
Or, vous savez que l’alcool désole d’autres contrées encore que l’Angleterre; que nous en sommes de plus en plus infectés, et que le monde païen, l’Afrique en particulier, en subit chaque jour les ravages. Parmi les navires qui font le service de la côte occidentale d’Afrique, quelquesuns amènent des missionnaires, mais combien en est-il qui n’apportent pas leur cargaison d’eau-devie? On a calculé que de 1884 à la fin de 1887, on a déversé sur les côtes d’Afrique plus de 30 millions de gallons d’eau-de-vie..., c’est-à-dire environ 150 millions de litres. Un grand voyageur africain, sir Richard Burton, a écrit ces lignes : « Ma conviction sincère est que si on ressuscitait