ACTE I
PACLI^NE.
Moi d’abord, je ne demandais pas mieux.
LA TANTE «OIUH.
'Une fois décidées, nous n’avons pas été longues à appareiller. A dix heures, nous quittions Fécanm vent arrière ; à trois heures nous abordions et me voilà!... Et tant pis si je vous gène. Tiens, il faut bien se gêner un peu pour sa famille,
FRANÇOISE, rentrant chargée de cartons et de (taquets, et suivie par Nicolas qui porte une malle sur une épaule et une autre à la main.
En voilà des bagages! Où va-t-on loger tout ça?
LA TANTE GORJL’.
Où tu voudras, ma lille, ce n’est pas Inon atfaire!
LÉON
• Est-ce que ce grand gaillard est venu avec vous?
LA TANTE f.ORJU.
Certainement, C’est Nicolas, mon filleul, dont j’ai fait mon jardinier ; un nigaud qui n’a jamais vu Paris, et qui serait mort d’ennui là-bas si je l’avais laissé seul.
NICOLAS
Serviteur, monsieur Léon; vous ne me remettez point, monsieur Léon? Le fieu à la Pascale; même que j’ons fait not’ première communion ensemble. Le p’tit Nicolas, quoil
LÉON
Ah! ti-ès-bien! (a part.) Il a poussé le petit Nicolas.
LA TANTE GORJU
Voyons, mes amis, arrangeons-nous. De quoi se compose votre logement? Vous avez ce salon?
CLÉMENCE
Dont mon mari fait son cabinet de travail.
LA TANTE GORJU
Par là, une chambre à coucher.
CLÉMENCE
c’est la nôtre...
LA TANTE GORAJ.
De ce côté?...
PAULINE
C’est la mienne.
LA TANTE COR JD
Par ici?
LÉON
La salle à manger.
FRANÇOISE
Et un trou de cuisine.
LA TANTE GORJU
Eh bien... c’est tout ce qu’il faut. Je prends la grande chambre ; un matelas le soir dans la cuisine, et voilà Nicolas casé. — Quant à vous eu mettant le piano devant lafenètre, le bureau devant la cheminée, il me semble que vous serea fort bien ici.
LES MITAINES DE l’AMI FODLET.
LÉON, se gratUot l'oreille»
Oui... oui... oui... ;
CLÉMENCE
Hais, ma tante...
LA TARTE GORJD.
Mais, ma nièce, si tu crois qu’on a de la famille uniquement poxir son plaisir, tu te trompes. Je suis votre tante, et j’use de mon droit. Vous userez bien du vôtre quand il faudra hériter de mes rentes et de ma maison.
LÉON
Oh ! ma tante I
LA TANTE GORJU
Je connais les parents !
FRANÇOISE, à pirt.
Ce n’est phis une maison. Ça devient une auberge.
Nicolas, va te rafraîchir, mon garçon. La bonne, vous aurez soin de lui, je vous le recommande; il est si bête, qu’il se laisserait manquer de tout.
FRANÇOISE, brusquement.
Allons, venez.
• NICOLAS
N’étes-vous point Normande ? '
FRANÇOISE
J’en serais bien fâchée. Je suis Lorraine.
NICOLAS
C’est de belles femmes, les Lorraines, (ii sort avec Franfoisc.)
LA TANTE GORJU
Pauline, défais le sac de nuit. Léon, pour mon arrivée, tu nous régales ce soir du Cirque-Olympique.
LÉON
Pardon, c’est que...
LA TANTE GORJU
Je payerai la voiture pour revenir.
LÉON
Oh ! ce n’est pas la voiture.
LA TANTE GORJU
Mais avant tout, il faut dîner. Je n’ai encore pris que mon café à Fécamp, un bouillon à Rouen, et une tranche de pàlû à Vernon. Je meurs de faim.
Je vais dire à Françoise de se bâter.
LA TANTE GORJU
Non, non. Vous ne m’attendiez pas; je me défie de votre dîner, (a Léoa.) Tu vas nous mener au Pulais^loyal, aux Frères-Provençauï.
'* LÉON, résigni.
Oui, ma tante.