LES MITAINES DE L’AMI POULET
MATHIEU
Françoise, viens ici, ma grosse.
FRANÇOISE
Comme vous voilà chargé, monsieur Mathieu.
MATHIEU. '
Tiens, prends ce melon. Je m’invite à diner. Des asperges,
E ousse d’automne, provenance Montpellier, douze francs la otte... Vous permettez. Poulet... à la campagne... et dans la circonstance...
LA TANTE GORJU, A Léon.
La circonstance... tu entends ?
MATHIEU
Un homard du Calvados et une poularde du Mans aux (rufiFes d’Agen! Quand je mange quelque part, j’aime que le repas soit hou.
LÉON, A part.
Merci!...
FRANÇOISE^ sortant.
Enfin voilà donc un diner qui aura de la mine.
LÉON, à part.
C’est flatteur pour les miens.
LA TANTE GORJU, bas.
11 a certainement des vues.
MATHIEU
' Mais, me direz-vous, la raison de tous ces extra? Le motif de ce Balthazar improvisé!
LÉON
En effet, nous avons peine à comprendre...
LA TANTE GORJT.
C'est une énigme... un logogriphe.
MATHIEU
Mes amis, en me faisant la barbe ce malin, je me suis trouvé très-bien conservé... le teint frais, l’œil vif... hum! hum I... et le coffre solide. « Mathieu, me suis-je dit, pourquoi rester garçon, imbécile? — Au fait, me suis-je répondu, ça n’a pas le sens commun. »
LÉON, A part.
Ah! mon Dieu! est-ce qu’il voudrait épouser ma tante?
MATHIEU
Justement, ai-je continué à monologuer, tu as sous la main ce qu’il le faut : va trouver les Poulet, coiite-leur la chose carrément, et, si ca les arrange, nous signerons le contrat entre la poire et le fromage. Ça y est-il?... Parlez donc, la tante?
LA TANTE GORJU
Une pareille proposition, de votre part, est trop flatteuse... trop honorable...
LÉON, A part.
La vieille folle !
AGTK II.
UATUIEU.
Et VOUS, Poulet, votre avis ?
LKÛ>.
Oh! moi... du moment que ça convient à ma tante...
MATUIEII.
Alors, c’est entendu. I! ne reste plus maintenant qu’à prévenir voli’e sœur.
LÉOM, à pari.
Ma sœur!
MATHIEU
Et, dans huit jours, madame Mathieu étalera ses toilettes au bois de Boulugiie, dans les équipages de son mari.
LA TANTE GOnJD.
C'est magnifique!... c’est un parti superbe! ,
LÉON, à pari.
11 ne manquait plus que ça!... Allez donc parler de Claude maintenant.
Quant à vous, hcau-frère, votre position chez 'moi est faite j ce sera mon c<adeaii de noce ; douze raille francs d’appointement, un intérêt dans les bénéfices et la haute-main dans la fabrique.
LA TANTE GORJU
Ah! mais c’est admirable 1 (a part.) La petite lui a tourné la tête.
MATHIEU
Et notez que je reconnais à la jeune personne cent mille écusl
LA TANTE GORJU
Cent mille écus!... Tu comprends, mon neveu, que Tavevenir de ta sœur est assuré; je n’ai plus qu’à penser au tien. Je quitte Fécamp, je m’installe chez toi.
MATHIEU
Je dîne chez vous tous les dimanches, avec mon épouse et mon neveu.
LA TANTE GORJU
Je remets de l’ordre dans ta maison mii est au pillage... J’élève tes enfants à ma fantaisie, quaml tu en auras, ..et tu en auras, où je me remarie !
MATHIEU
Voyons, Poulet, êtes-vous content?
LÉON
Enchanté!,., ravil... (a part.) C'est à se casser la tète contre les murs!
MATHIEU, à la tante Gorju,
Maintenant, s’il ne fait pas son affaire...
LA TANTE GORJU
C’est que c’est un crétin!
LES MITAINES DE l’aMI POULET.
LÉON, à part, fl désolé.
Tire-toi de là, mon bon!
MATHIEU
Ah çà! je vous laisse... J’avais d’abord pensé faire moimême ma déclaration à la lillette; maisje pourrais m’embrouiller... j’aime mieux que vous lui annonciez la nouvelle.
LA TAITTE GORJU.
Je m’en charge.
MATHIEU
Alors, Poulet, venez avec moi... Nous allons jeter ensemble un coup d’œil à la fabrique; et, dans un quart d’heure, belle dame, je suis des vôtres. Il faut se donner du bon temps. J’en ai bien le droit... quand on a fait son affaire I
LA TANTE GOBJU.
Et puis, on ne se marie pas tous les jours!
MATHIEU, rcmoDlADt.
Cunime vous dites, la tante! Vous êtes une bonne gaillarde^ vous!
LA TANTE GORJU, l'aoeoinpagDant.
Les belles parties de whist que nous allons faire !
MATHIEU
Nous gagnerons l’ami Poulet... Venez-vous? (u wri.)
LÉON, allant reprendre aon chapeau.
On n’a pas idée d’une chance pareille! Sans ce maudit Claude, ce serait un coup de fortune !