‹ Les modistes, tableau-vaudeville en un acteChapitre 9 sur 23 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

FLORINE, AURORE, EVELINA, au comptoir.

Vous ne savez pas , mesdemoiselles , il y a en dimanche huit jours, j'ai rencontré madame aux montagnes BelleviUe.

d fait tant la prude ! C*l»PlciA

Comment ! . . . elle qui fait tant la prude

AURORE

Oui . . . elle était avec un monsieur d'un certain âge , mis comme un Anglais .

ow

ÉVÉLINA.

Ah ! . . • avant de tenir de semblables propos > il faudrait être bien certaine. . .

aurore.

Parbleu! puisque je l'ai vue moi-même. . . et tenez $ j'étais ce jour-là avec la personne qui . . .

ÏLORINE.

Qui ça?. .. Alfred, Augusle, Jules, Oscar, ou Alexandre . ? . .

AURORE

Alexandre... non, du tout... il a un siècle que nous sommes brouillés... depuis quinze jours je ne parle plus à monsieur. Ah ! ma chère , il m a fait des traits.. .

ÉVÉLINA.

Comment! c'est donc un nouveau?...

Ecoutez donc... si l'on me fait la cour, c'est dans des rues honnêtes.

FLORIKE.

Et à moi aussi.

Et à moi aussi.

EVELINA

AURORE

D'ailleurs la personne qui me parle à présent est un jeune homme très comme il faut... Un grand brun , et qui a un cabriolet... voilà comme je les aime.

FLORINE

Ah! ma chère, vous avez bien tort d'aimer les bruns. . . Le mien est blond... redingotte à la russe, cravate à l'anglaise , pantalon à la tarlare , cheveux bouclés à la prussienne, et repentir en amoureux de pantomime... Enfin tout-à-fait bon ton.

ÉVÉLINA.

Ah! que c'est commun, mesdemoiselles, des cheveux comme ça... La personne qui me parle, n'en a pas du tout ; mais en revanche, elle est fort aimable.

AURORE

Et quel état ?

ÉVÉLINA .

Ma foi, je ne le lui ai pas demandé.

FLORINE

Ni moi.

AURORE

Ni moi non plus.

Air : Je suis colère et boudeuse*

D'abord, je fais sa conquête En dansant a Tivoli ; Et pour lui tourner la tête, Bientôt je v aise avec lui :

Sur les montagnes je gliscr», Il devient plus amoureux; Enfin au feu d'artifice, Il me déclare ses feux.

PLORINE.

Du mien je fis connaissance En revenant de Pantin ; Bous étions en diligence , L'amour y fait du chemin :

Je cessai d'être rebelle , Un soir, chez monsieur Doyen , Je faisais une infidelle, Et lui faisait un Troyen.

EVELINA

Le mien s'y prit de la sorte , Qu'envain mon cœur résistait ; J eus beau lui fermer ma porte, Monsieur le soir me suivait; Pour me prouver qu'il m'honore, D'un Ternaux il m'a fait don, Bref. . . je l'aime, je l'adore, Mais je ne sais pas son nom.

AURORE

Vous me croiriez pas, mesdemoiselles, que monsieur voulait se donner les tons de venir me voir au magasin... mais je lui ai bien recommandé de n'en rien faire, cependant, avec un peu d'adresse... un jeune homme qui a de l'habitude... pourrait , ce me semble , sous un prétexte quelconque.. .

ÉVÉVINA.

Oui, mademoiselle... mais j'espère bien que cela n'arri-

verapas... D'abord, pour moi, je suis sûre qu'on ne se permettra jamais une pareille inconvenance.

AURORE et FLCRINE.

Ni pour nous non plus , certainement.

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