‹ Les Moineaux francsChapitre 22 sur 56 · I.K IShUNKA r DE SA LOMON · texte numérisé non relu

I.K IShUNKA r DE SA LOMON

Mit son bonnet orné de plumes de faucon, Ses pantoufles d'or fin, et, sans plus de manières Comme un simple bourgeois d'AsDières, S'en alla respirer l'air pur sur son balcon. L'aurore au ciel venait de poindre Et, dans les jardins du palais, Deçà, delà, les oiselets, Par masses, ctierchaient à se joindre Pour se raconter, à grand bruit, Les petits cancans de la nuit.

Le grand roi Salomon, aussi savant que sage, Comprenait fort bien, paraît-il.

Le babil Des oiseaux bavardant au milieu du feuillage.

Un couple de moineaux, sans s'effrayer de lui

(Sa présence étant coutumière), Vint en volant se poser sur l'appui Du balcon, en pleine lumière :

LE MOINEAU b E SALOMON. 67

Et le bon Salomon se mit, tout en rêvant, A suivre l'entretien que lui portait le vent.

Le moineau citadin disait à sa compagne,

Humble pierrette de campagne :

« Je t'aime, tu le sais !... depuis au moins troisjours!

Pitié pour de telles amours ! »

Elle lui résistait, jouait à la coquette,

Ni plus ni moins qu'une alouette,

Lui donnait cent mille raisons,

Voletait, faisait des façons. Lui, frémissant d'amour, les ailes étendues :

« Je t'aime ! aime-moi !... Je saurai Avoir toujours pour toi, cher trésor adoré.

Les tendresses qui te sont dues.

Si b,' dieu d'Israël bénit notre union

En nous donnant l'espoir d'une famille, Tu verras quel talent et quelle attention J'aurai pour te bâtir un nid dans la charmille!

Tant que tu couveras, volant en petits ronds Tout autour de ce nid élégant et commode, Je te dirai les chansons à la mode...

Et, dès que nos enfants auront leurs ailerons

A voler nous leur apprendrons...

Et, le printemps prochain, nous recommencerons!

A ce discours rempli de flamme

La belle, hélas ! mordait fort peu...

Et le pauvre moineau, qui se piquait au jeu, Sentait le désespoir lui pénétrer dans l'âme.

Pour mener son affaire à bien,

11 usa d'un autre moyen.

Simple fille des champs, la pierrette ingénue Croirait aveuglément tout ce qu'il lui dirait... Il pouvait donc mentir, mentir sans retenue,

Si tel était son intérêt.

Or, grossissant la voix et relevant la tête : « Mon enfant, tu n'es qu'une bête !

Refuser de m'aimer, moi !... Porte tes regards Autour de nous, de toutes parts !

Vois-tu ces frais jardins, ces terrasses splendides, Et, là-bas, parmi ces roseaux, Ces fontaines aux belles eaux Que le zéphir couvre de rides?

Vois-tu cette noble cité

Qui s'éveille aux rayons grandissants de l'aurore ? Vois-tu plus loin, plus loin encore Ces plaines dont l'immensité

Fuit jusqu'à l'horizon que le soleil colore? Tout cela, ma chère, est à moi...

J'en suis le seigneur et le roi! »

Et, comme la pierrette, étonnée et ravie,

Ouvrait des yeux interloqués :

« Le grand roi Salomon est devant toi, ma mie !

— Vous, Salomon ! vous vous moquez !

— Non pas ! ébloui par tes charmes, A La beauté rendant les armes,

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Rêvant de t'inspirer l'amour, Je me suis fait moineau comme loi, pour un jour...

11 faut au moins que la métamorphose, Quand on en peut user, vous serve à quelque chose!

Les femmes, bien souvent, à ce qu'on m'a conté, Succombent par amour moins que par vanité.

Sans doute il en était de même

Chez les moineaux, aux anciens temps; Toujours est-il qu'après quelques instants La belle, renonçant à sa froideur extrême,

Avec le fourbe entama le poème

Le doux poème des amours.

A cette chanson-là les oiseaux sont fort courts. Toute confuse de sa faute Bientôt, sur quelque brandie haute La pauvrette partit, laissant Son amoureux... reconnaissant,

Et riant à part lui du succès de sa ruse. Mais Salomon prenant sa formidable voix : « Hé! monsieur le moineau, c'est ainsi qu'on abuse Du nom de Salomon, le plus sage des rois? Par Israël ! venez çà qu'on vous gronde ! »

Le bec baissé, l'échiné ronde, Le pauvret, tout penaud, vint se placer devant Le roi, plus grand encor dans le soleil levant.

Ce que Salomuii dit. vous le pouvez comprendre Et déjà vous devez l'entendre.

Ce fut un discours très complet, Un discours... en langue animale, Tout farci de saine morale, Qui, lentement, coula sur l'oiselet.

Quand la semonce enfin fut terminée,

Le moineau — moineau jusqu'au bout KL risquant le tout pour le tout :

« Grand roi, fit-il, la voix peinée, .le suis un coupable, en effet,

Et je comprends l'horreur de mon forfait.

Oui! j'ai menti de façon très vilaine, Poussé par mon ardent désir :

Mais ça te fait bien peu de peine,

Et ça m'a fait, à moi, tant de plaisir ! »

Le roi sourit à la gaminerie Et pardonna, ^'était-ce pas le mieux?

Qui de nous tous, jeunes ou vieux, xYeut jamais en amour quelque forfanterie ?

Uni, mes amis, rêvant tout bas De vaincre une cruelle et douce résistance, Ne s'est pas donné, par avance, Des qualités qu'il n'avait pas?

Qui, pour séduire une pierrette Rebelle à l'amoureux sermon, N'a pas quelquefois, en cachette, Fait son « moineau de Salomon »?

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