Les moines d'Occident 1863. 658 p
E la majore e la piii luculenta Di quelle margherite itmanzi fessi Per far di se la oiia voglia contenta.
Pakadis* >, c. XX!'.
MOISKS b OCC. II.
Vie de saint Benoît
État de l'Europe à la fin du v* siècle : avilie par l'Empire, divisée par l'hérésie et ravagée par les invasions des Barbares. — Saint Benoit nait en 480 et va se cacher a Subiaco, berceau de la grande vie monastique. — S<* épreuves. — Ses miracles. — Son départ pour le Mont-Cassin : il y fonde le principal sanctuaire de l'Ordre monastique. — Note sur la description et l'histoire du Mont-Cassin. — Séjour au Cassin. — Helatious avec la noblesse. — Sollicitude pour le peuple. — Influeuce sur les Goths. — Histoire de Galla. — Entrevue avec Totila. — Les Lombards. — Sainte Scholasliquo. — Mort de Benoit.
Saint Benoît naquit en l'an de N.-S. Û80. L'Europe n'a peut-être jamais connu d'époque plus calainiteuse, et en apparence plus désespérée, que celle dont cette date fixe l'apogée.
La confusion, la corruption, le désespoir et la mort étaient partout. La dissolution sociale semblait complète. On eût dit le pouvoir, les mœurs, les lois, les sciences, les arts, la religion elle-même, condamnés à une irrémédiable ruine. Les germes d'une prochaine et splendide renaissance se cachaient encore à tous les yeux sous les décombres d'un inonde qui s'écroulait. L'Église était plus que jamais empestée par l'hérésie, par les schismes, par
les divisions que cherc haient en vain à réprimer les obscurs successeurs de saint Léon le Grand sur le siège apostolique. 11 n'y avait pas dans tout l'ancien monde romain un prince qui ne fût ou païen, ou arien, ou eulychien. L'institut monastique, après avoir donné à l'Église tant de docteurs et de saints, glissait en Orient sur la pente qu'il ne devait plus remonter; en Occident même, comme on vient de le voir, quelques signes d'une décadence précoce apparaissaient déjà. Ainsi que le reste du clergé, les moines donnaient trop souvent l'exemple du désordre et du scandale.
Dans l'ordre temporel, l'édifice politique créé par Auguste, ce monstrueux assemblage de deux cents millions de créatures humaines, « dont pas une seule n'avait le droit de se dire libre, » achevait de tomber en poussière sous les coups des Barbares.
En Occident, le dernier fantôme impérial venait de disparaître. Odoacre, le chef des llérules, avait arraché, en 47G, à Auguslule. la pourpre des Césars, et dédaignait de s'en revêtir. 11 avait achevé de combler le cloaque qui s'appelait l'Empire romain, et où se consumaient depuis cinq siècles la gloire et la force de l'antique Rome, avec le sang et la substance du monde qu'elle avait conquis. Mais l'Italie, délivrée de cette fiction oppressive, restait en proie aux flots successifs des Barbares. Déjà ravagée par Alaricet Attila, elle n'avait pas encore respiré sous l'abri momentané du génie de Théodoric.
SAINT BENOÎT. 5
En Orient, deux tyrans théologiens se disputaient le trône déshonoré de Constantinople : l'un, Basilisque, avait trouvé cinq cents évéques pour souscrire à l'anathème lancé par lui contre le pape et le concile orthodoxe de Chalcédoine; l'autre, Zénon, formulait l'hérésie dans ses édits1, et fatiguait de ses spoliations et de ses débauches les peuples qu'il n'essayait niAine pas de défendre contre les Barbares. Ainsi s'ouvrait une pério le de misérables et sanguinaires disputes, qui ne devait cesser pour un temps qu'au bout de trente-quatre ans, à l'avènement du prédécesseur de Juslinien2.
Dans le reste de l'Europe, les Barbares fondaient des États, des royautés, dont quelques-unes ne devaient pas être sans éclat, mais dont aucune n'appartenait encore à la foi catholique.
La Germanie était toute païenne, ainsi que la Grande-Bretagne, où la foi naissante venait d'être étouffée par les Angles et les Saxons. La Gaule était envahie au nord par les Francs païens, au midi par les Bourguignons ariens. L'Espagne était dominée et ravagée par les Visigoths, les Suèves, les Alains, les Vandales, tous ariens. Ces mômes Vandales, sous le successeur de Genséric, désolaient l'Afrique chré-
\. V Rènolique, ou édit d'union, publié en 482, repoussait le concile de Chalcédoine où avait été condamnée l'hérésie d'Rutychto, qui confondait en une seule nature la divinité et l'humanité de Notre- Scigneur