‹ Les moines d'Occident 1863. 658 pChapitre 70 sur 177 · Act. SS. O. B., Prœf. in sœc, l, $ 7*i et t. 1, p · texte numérisé non relu

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ouvrir son âme aux accords célestes. Il se ftt ermite et vécot ainsi quarante ans; puis il devint moine et abbé, et mourut centenaire en 574, après avoir ébranlé par ses miracles et ses austérités les deux peuples, les Suèves et les Visigoths, qui se disputaient encore la domination du pays1.

Les Suèves, qui occupaient tout le nord-est de l'Espagne et qui étaient fort attachés à l'arianisme, eurent à la même époque pour apôtre un moine saim Martin nommé Martin, né en Hongrie comme son célèbre DuîLi. homonyme, saint iMartin de Tours. II introduisit te &8o. règle de saint Benoît dans les contrées qui forment aujourd'hui la Galice et le Portugal septentrional. Il fut lui-même abbé à Dûmes, aux portes de la ville métropoli laine de Braga, dont il devint évêque tout en restant abbé de son monastère 2. Par ses écrits, ses vertus, son influence, il ramena la plus grande partie de la nation Suève à l'unité catholique, au moins pour un temps et jusqu'à la nouvelle persécution qui allait précéder la défaite suprême de l'arianisme.

Mais la victoire de l'orthodoxie ne fut déûniûve,

\. Voir sa vie par saint Braulio, évêque de Saragossc au va* siècle, ap. Act. SS. 0. B., t. I, p. 197. — Minahat oves ad interiora mootium... Citharam vehebat, ne ad greges custodiam torpor impeditamentum... /biV/., p. 200. — Le monastère fondé sur sa tombe, sous le nom de San-Milan de la Cogolla, devint l'un des plus importants de l' Espagne.

2. Dûmes fut érige1 en évêché en 5(52, et ce saint Martin mourut en 580. Grégoire de Tours fait mention de lui : Hisi., v, 38, et De Mirac. S. Martini, i, H.

et îa propagation de Tordre Bénédictin ne devint un grand fait pour l'Église et l'Espagne, que sous le pontificat de saint Grégoire et par l'influence prépondérante d'une illustre et sainte famille dont le moine évéque Léandre fut la première gloire.

Né dans cette Andalousie où les Vandales n'avaient heureusement laissé que leur nom, Léandre Saint Livmdre. était fils d'un duc de race probablement gréco- "te'sLjie.8' romaine1, mais dont la fille aînée épousa le roi des Yisfgoths, Leuvigilde. Il embrassa de bonne heure la vie monastique et y puisa l'esprit de dévouement et de discipline qui devait lui valoir l'honneur d'exercer une influence prépondérante sur l'avenir de son pays. Il fut moine à Séville même, qui avait été jusqu'alors la capitale des rois visigoths, et dont il devint évéque métropolitain en 579 2. Dans cette ville qui passait pour la ville sainte, la Jérusalem du midi de l'Espagne, il créa, à l'ombre de sa métropole, une école destinée à propager en même temps École

de Séville.

que la foi orthodoxe l'étude de toutes les sciences et de tous les arts 3. Il présidait lui-même aux exer-

1. C'est ce qu'il faut supposer d'après son nom, Scveriauus, et celui de tous ses enfanta : L/'audre, Isidore, Fulgence, Théodora, Florentine. Les empereurs byzantins avaient encore quelques possessions en Espagne.

2. Il le fut aussi pendant quelque temps à Saint-Claude de Léon dans le nord de l'Espagne. Yepes, cent. n. Cf. Act. SS. O. B., t. I , p. 372.

3. M. l'abbé Bourrct a publié en 18.V) une thèse remarquable intitulée : V Ecole chrétienne de Séville sous la monarchie des Visigoths.

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cices des maîtres savants et des nombreux élèves qu'il sut y attirer. Parmi ces élèves figuraient les deux fils du roi, ses neveux, Herménegilde et Récarède. Il réussit à faire abdiquer l'arianisme à l'aîné des deux, et cet exemple fut suivi par beaucoup d'autres. Herménegilde fut confirmé dans la foi de Nicée par sa femme, Ingonde, princesse franque de la race orthodoxe de Clovis, fille du roi Sigebert et de la célèbre Brunehaut, qui était ellemême fille d'un roi des Visigoths. La jeune Ingonde sut résister héroïquement aux violences brutales que sa belle-mère employa contre elle pour lui faire embrasser l'arianisme, et donna ainsi à son mari l'exemple de la constance qui devait le conduire au martyre.

Leuvigilde, en transférant de Séville à Tolède la capitale du royaume des Visigoths, avait associé son fils aîné à la royauté et lui avait assigné Séville persécution V°uv r^>idence. ^a's bientôt la persécution éclata, <Us Csôus,ques et avec e^c ^a 3uorre civile. Leuvigilde ne recula Leuvigiide. devant aucun moyen pour faire prévaloir l'hérésie : il gagua même quelques évêques et condamna à la prison ou à l'exil ceux qui, comme Léandre, tinrent tôle à ses violences. Il fit vers le même temps la conquête du royaume des Suèves, qui venait à peine de rentrer dans l'orthodoxie, et y porta la persécution avec toutes ses fureurs. Le saint abbé Vincent fut immolé avec douze de ses religieux, devant la porte de son monastère k Léon, pour n'avoir pas

AU SlXlfcMi: SIÈCLE.

voulu renier la divinité du Fils de Dieu, formulée par le symbole de Nicée1. Le tyran ne respectait pas plus la liberté civique que la liberté de conscience, pas plus la noblesse visigothe que les peuples conquis : il atteignait par la confiscation, par l'exil ou par les supplices, tous les personnages considérables de son royaume2. Léandre, en décrivant l'état de sa patrie sous le joug du persécuteur, dit qu'on n'y voyait plus un homme vraiment libre, et que par un juste jugement de Dieu la terre ellemême, enlevée à ses légitimes propriétaires, ne retrouvait plus son ancienne fécondité3. Le père dénaturé finit par assiéger son fils dans Séville : le Martyre

. r . , . , . d'Ileraienegilde.

jeune roi, fait prisonnier après une longue resis- tance, et mis en demeure de communier des mains d'un évéque arien, préféra mourir et fut égorgé dans sa prison, le samedi saint de Tan 586.

1. Yepes attribue ce martyre à un roi des Suévcs et à l'année 554 ; mais Mabillon, d'accord avec Baronius, en fixe la date en 584 et sous le règne de Leuvigildc. Cf. Act. SS. O BM t. I, p. 287, et Ann. Dened., 1. vu, c. 27.

2. Exstitit et quibusdam suarum perniciosus. Nam vi cupiditatis et livoris, quoscumque potentes ac nobilcs vidit, aut capite damnavit, aut opibus ablatis proscripsit. S. Isioori Chronic, era 608. — Le saint bistorien ajoute qu'il fut le premier entre les rois visigotbs qui affecta de s'asseoir sur un trône et de se couvrir d'un manteau royal. — Nam ante eum et habitus et consessus omnis ut genti , ita et regibus erat. Wid.

3. Ego expertus loquor, sic perdidisset statum et speciem illam patrîam, ut nec liber quisquam circa supersit. nec terra ipsa solita fit ubertate fecunda, et non sine Dei judicio. Terra enim cui cives ( rppti sunt et con cessa extraneo, mox ut dignitatem perdidit, caruit et fecunditate. S. Leandiu De instit. Virgin., cap. ult.

tU L'ESPAGNE MONASTIQCE

Les monastères, qui existaient déjà en Espagne, eurent naturellement beaucoup à souffrir de cette guerre. Il y en avait un, dédié à saint Martin et situé entre Sagonte et Carthagène. dont les moines, à l'approche de Tannée royale, abandonnèrent leur vieil abbé et prirent la fuite pour aller se cacher u «onasière dans une île de la mer. Les Goths arrivent, mettent saint-Martin, à sac le monastère resté sans défense, et où ils ne trouvent que l'abbé resté seul, tout courbé par l'âge, mais maintenu debout par la vertu, nous dit Grégoire de Tours à qui l'on doit ce récit. Un d'eux lire son épée pour lui couper la tête, mais au moment de frapper, il tombe à la renverse et meurt. A cette vue, les autres s'enfuient. Leuvigilde luimême, informé du fait, en fut touché, et ordonna le restitution de tout ce qui avait été enlevé au monastère ainsi préservé par le courage et la sainteté du vieil abbé -1.

Ce fut pendant cette lutte entre le père et le fils, qui dura plusieurs années, et avant d'être lui-même euié ' exilé, que Léandre fut envoyé par Ilerménegilde à y rcronire Lonstantinople, pour y réclamer le secours de 1 em-

wint Grégoire. . ,

pereur byzantin qui avait encore conservé quelques possessions, avec leurs garnisons, en Espagne. Ce fut là que le moine évoque, envoyé d'un prince martyr de l'orthodoxie, fit la rencontre de cet autre

1. Cum exercitus... ut assolet, graviter loca sancta concuteret*.. Abbatem senio incurvatum, sed sanctitate erectum... Grec. Tcr., De glor. confess.y c. 12.

moine, réservé aux plus hautes destinées, et qu'il se forma entre Grégoire et Léandre une de ces tendres et fortes amitiés dont on aime à trouver dans la vie des saints tant d'exemples. Les instances fraternelles de Léandre imposèrent au saint docteur le plus vaste de ses travaux, le Commentaire sur Job, que Ton appelle aussi les Morales de saint Gré* goire. La tendresse intime et persévérante qui unit ces deux grands hommes, et qui se prolongea à travers les infirmités précoces dont ils furent tous deux victimes1, éclate à divers endroits de la correspondance de Grégoire, et lui dicte de ces accents qui conservent à travers les siècles l'immortel parfum du véritable amour. « Absent par le corps, » écrivait le pape à son ami, « vous êtes toujours présent à mes regards, car je porte gravés au fond de mon cœur les traits de votre visage... Vous saurez lire dans votre propre cœur quelle soif ardente j'ai de vous voir, car vous m'aimez assez pour cela. Quelle cruelle distance nous sépare! Je vous envoie mes livres. Lisez-les avec soin, et puis pleurez mes péchés, puisque j'ai l'air de si bien savoir ce que je fais si mal. Ma lettre est bien courte : elle vous fera voir à quel point je suis écrasé par les procès et les orages de mon Église, puisque j'écris si peu à celui que j'aime le plus au monde2. » Et

1. De podagre vero molestiaSanctitasVestra... affligetur, cijjusdolore aitsiduo et ipse vehementer atti itus sura. S. Grec. Epist., ix, 121.

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