‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 2)Chapitre 120 sur 196 · Ne vcnalitatis inori)us subrcpal · texte numérisé non relu

Ne vcnalitatis inori)us subrcpal

ceux de ses successeurs qui auraient obtenu personnellement du Saint-Siège le droit d'y intervenir ^ Ce respect était, certes, bien différent de la soumission servi le et absolue que l'empire exigeait naguère; et, pourtant, on ne devait pas en rester là. Parmi les signatures du décret de INicolas II viçAJL*- (U ligure celle de H'ddehrand^ moine et sous-diacre''^ ^ l/jU>Cv«c^ ^^ ^^ ^'^^^ P^^ ^^^P s'avancer que de lui en impu- ' - * 1er la responsabilité. Un autre décret du même

concile, et non moins important, dispose que, dans le cas où quelqu'un serait élevé sur le siège de Rome, sans élection canonique de la part des cardinaux et du clergé, à prix d'argent, ou par faveur bumaine, ou par violence populaire et militaire, cet élu sera tenu, non pour apostolique, mais pour apostat % et qu'il sera loisible aux clercs et aux laïques fidèles d'expulser l'intrus par l'ana-

1. Salvo debito honore et revcrenlia dilecli filii iiostri Ileiirici, qui il) prsesentia rerum rex Iiabelur; et fiiturus impeiator, Dec conce- (Icnte, speratur, sicut jam sibi coiicessimus : et successoribus ilbs, qui ab Apostolica Sedc peisonaliter hoc jus impetravcrint. CoiicU. Labb. el CossERT., éd. Coletti, t. XH, p. 50.

2. liiidebrandus, moiiachus et subdiaconus. Les signatures de tous les pères du concile existaient sur un exemplaire manuscrit de cette conslilulion à la Valicane, du temps du T. Labbe. Concil., t G, p. 57.

j. Si quis pecunia, vel gratia humana, \el populari, seu militari lujuultu, sine concordi et canonica electione et benedictione cardinaliiim episcoporum ac dcinde sequcnlium ordinum rcligiosorum clericurum fueril inihronizalus ; non papa ncc aposlolicus, sed ajioslalicus habeatur, liceatque cardinal, episc. cum religiosis et Deuni limenlibus clericis et laicis, inxasorem, eliam cum analliemale e liun)ano auxilio et studio a Sede Apostolica rcpellere.

thème ou par loiit autre moyen et de le remplacer |)ar le plus digne, même en dehors de Rome, en l'investissant de la pleine autorité apostolique pour gouverner TEglise, même avant toute intronisation \ On le voit, il n'est plus question de sanction impériale dans ce second décret où le [)ape et les pères du concile semblaient avoir voulu, par un instinct prophétique, s'opposer à l'avance aux efforts du clergé simoniaque, concubinaire et impérialiste pour se donner des papes à leur con- Ncnance, comme ils le firent dans les élections schismaliques des antipapes Cadaloûs et Guiberl de Ra venue.

Dans ce même concile, la règle des chanoines el chanoinesses, quoique observée presque partout, depuis plus de deux cents ans, fut abrogée % sur la proposition de Hildebrand, parce que, depuis les changements introduits sous l'empereur Louis

1. Nostra auctoritate apostolica extra urbem congregati eliganl

(juem diyniorein et utiliorem Ap. Sedi pcrspcxei int, concessa ei auctoritate regcndi et disponendi res ad utilitatem S. R. E., secunduni (luod ei melius videbilur, juxla qualitatem temporis, quasi omiiino inthroiiizalus sil. Conc'U. Coletïi, t. XII, p. 46. Ct. Boxizo, Lib. ud amie, p. bOG-807. lue clause analogue, quoique moins explicite, se trouve dans le décret qui réserve aux cardinaux l'élection. Ibiil., 50. 11 y a de bonnes réllexions sur ce point dans Alzog, llist. univers, de ilujlise, traduct. de MM. Goschler el Audley, t. Il, p. 1(35.

'2. L'espace nous a manqué pour raconter toutes les phases par on passa l'institut des chanoines réguliers , depuis sa londatiou par Chrodcgang, évèque de Metz, en 758. Kous avons dit que Louis le Débonnaire avait déjà élé obligé de le rélormei' en 810. 11 suflira de

1(3 Débonnaire, au concilede 8J7, cette règle autorisait le pécule. Louis fut lui-même blâmé, dans le décret du concile, d'avoir changé une institution ecclésiaslique sans le consentement du Saint-Siège, |)arce que, tout empereur et pieux qu'il fût, il n'en 4''tait pas moins un laïque \

Le parti impérial, qui comptait beaucoup d'adhérents parmi les évoques simoniaques, ne pouvait (ju'accueillir avec irritation un décret qui réservait exclusivement aux cardinaux l'élection du pape : ils qualifièrent donc d'innovation cette loi que leurs adversaires et l'Ordre Monastique tout entier considéraient comme un retour nécessaire et heureux aux conditions régulières du gouvernement libre de l'Eglise catholique.

Cependant il fallait trouver les moyens de main-

€oiistaler que toutes les tentatives faites pour concilier la vie commune avec la jouissance d'un revenu particulier, autorisé par la règle <le (^hrodegang, échouèrent successivement. Il arriva partout de trois choses l'une : ou les chanoines des cathédrales et des collégiales, qui avaient adopté la règle de Chrodegang, la laissèrent tomber en désuétude et redevinrent séculiers; ou bien ils furent remplacés par des moines, ou enlin ils durent reconnaître le principe de la pauvreté évangt'lique et la comnmnaulé des biens. C'est ce qui eut lieu dans les abbayes de chanoines réguliers, fondées ou réformées au onzièm»^ siècle, à partir du concile de Rome en 1005,01 qui ne se distinguaient des abbayes bénédictines que ])ar linéiques différences sans importance.

1. Nec Lndovicus mutare qualibet ratione debuit aut itotuit sine auctoritate et consensu S. Romanie et apostolica^ Sedis : (piia quanivis imperalor et (ievotiis. tanien erat laicus. Décret. :ip. (lorch. RkicHKusi'Eiu;. in Bamiz., Misccll.. I. V, llô, et Mauii.i... Annal., I.J.Xl, n. ,"4.

(eilir l'œuvre nouvelle et donl s'inquiétaient chaque lcimim.iv. ikucIi»-

ralliaiicr

jour davantage les partisans et les instruments des 'i«;s .Nonn.M.is. anciens abus. Ilildebrand comprit alors quelle force x la papauté alTranchie pourrait trouver, contre les rancunes de l'Empire, dans les belliqueuxNormands <lont les exploits contre les Sarrasins et les Grecs >ichisniatiques augmentaient sans cesse le renom cl le pouvoir dans le midi de l'Italie. Il les avait vus garder fidèlement la promesse de soumission (ju'ils avaient faite au pape Léon IX, leur prisonnier à Civitella, et, d'après cela, il avait donné à Nicolas II le conseil de se rapprocher d'eux, d'investir leur chef, Robert Guiscard, du titre de duc d'Apulie, moyennant le payement d'un tribut annuel, et après serment de secourir la papauU' contre tout ennemi, de lui soumettre toutes les églises concédées, et de concourir à défendre la libre élection des papes futurs \ Guillaume de Montreuil, issu de la race généreuse des Giroie, <lont nous avons vu les pieuses largesses envers les abbayes normandes, fut proclamé gonfalonici' du Saint-Siège, et il soumit à l'autorité pontificale

1. Ego Robertus Dco gratia et Sancli Pétri Dux Apulho... ero fidelis Saiictœ Uoiiiana? Ecclesise... S. R. E. ubique adjiifor ero ad tenendum et ad acqiiirendiiin regalia S. Pelri, ejusque possessiones pro meo

posse, contra omnes homines omnes quocjue ccclcsias quae in mea

pcrsistunt domiiialione cum carum possessioniJDUs dimittam in tua

potestale secundum quod monilus fuero a melioribuscardinalibus,

cliM-icis Romaniset laicis, adjuvabo ut papa oligatur ctretinalur adhoiiorem S. l'etri. Uauov., Anii., ad nnn. I0r)9.

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loul ce qu'il y avait de scliismatique en Campanie^ Nicolas se servit aussi du bras de ces preux pour extirper la simonie et le concubinage des prêtres dans le midi de ritalie*. Le vieux pontife méritait, du reste, par sa pieuse humilité, que ses efforts attirassent sur sa tète les bénédictions du ciel : tous les jours il lavait lui-même les pieds de douze pauvres et cette douce et miséricordieuse charité n'excluait nullement la fermeté, car, à sa mort.^ après deux ans de pontificat, il laissa à TEglise, avec le souvenir de ses rares vertus, des moyens de défense plus énergiques qu'elle n'en avait jamais possédé jusqu'alors".

Autant de papes nouveaux, autant de crises dangereuses qui auraient dû compromettre et anéantir l'œuvre de Hildebrand , si sa constance eût été moins énergique et la protection d'en haut moins persistante. Il arriva, au contraire, que chaque élection contribua soit à enraciner son autorité, soit à augmenter ses forces.

Âlamort de Nicolas II, les cardinaux, en exécution

i. OuDEii. Vital. , 1. III, p. 56, 87. éd. Leprevost, Cf. Chronique de liobcrl Viscar, 1. i, c '2, éd. Champollion.

i'. Per eos citissinie Komanam urbem a Capitaiicoriim tyrannide lilieravit. Bomzo, 800. Cl'. Glill. Ai'ull. Ap. Muuat., Script., t. V, p. 252.

5. lIoFi.ER, Deutsche Pâhste, 558, 500. On aime à voir à travers les sièi:les noii-seulemeiit la doctrine et le pouvoir, mais l'esprit et le caractère, rester identiques chez les souverains pontifes. Léon XII, mort en 1820, faisait dîner douze pauvres au Vatican, tous les jours, dcpuiscelui de son avcneincnl jusqu'à celui de sa mort, et il allait souvent les servir lui-même. Autaud, IJisl. de Léon XII, 1. 358.

(les décrets diulernier concile, adressèrent un rapport à la cour impériale ; mais Gérard, moine de Cluny, qu'ils y avaient envoyé, n'ayant pas été reçu, ils passèrent outre, sur l'avis de Ilildebrand et de l'abbé Didier du Mont-Cassin. Leur choix se fixa sur un personnage qu'on supposait devoir être le plusagréable à la cour impériale, mais qui, en même temps, offrait les plus sérieuses garanties à l'Eglise : ils proclamèrent Anselme de Badagio, évêque de Lucques, d'une illustre maison milanaise et ancien disciple de Lanfranc à l'abbaye normande du Bec'. Anselme s'était signalé comme légat en Lombardic par son zèle contre les simoniaques et les nico-

. , Avènement

laites, et il devait régner douze ans, sous le nom a Aiexandie ii. d'Alexandre IP.

Les évêques lombards, ces taureaux indomptables, comme les appelle un contemporain, toujours les plus favorables à la simonie, toujours les plus hostiles à l'indépendance de Rome, avaient résolu de ne plus accepter pour pape qu'un homme «le leur pays et qui sût compatir à leurs faiblesses' : mais leur tentative échoua. En vain persuadèrentils à la régente Agnès et à son conseiller de consentir à l'élection d'un antipape, en la personne de Ca-

!. Vit. Alex. II, ïn Concil. Laiibk, éd. Vend., XU, 09. U était iiojjle milanais, et s'appelait Anselme de Badagio.

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