CHAPITRE VIIÏ
L'Allemagne où le schisme dominait, ne s'associe pas à l'élan des croisades. — Les chevaliers allemands éprouvent le désir de prendre part à la croisade. — Robert II, comte de Flandre, accomplit de tels exploits, en terre sainte, que les Sarrasins le prennent pour saint Georges. — Belles paroles de l'abbé Udalric au pape Urbain II. — L'abbaye de Saint-Hubert dans les Ardennes. — Graves accusations contre Albert de Liège. — Le fils de Henri lYt se révolte contre son père. — L'empereur veut n'gocier avec son fils qui s'y refuse. — Le vieil empereur est abandonné par ses lieutenants. — Entrevue d'Henri IV avec son fils à Cobleniz. — Henri V est élevé à l'empire. — Mort imprévue de l'empereur. — Concile général de Guastalla.
L'Allemagne Dc tous les pays dc l'Occident, rAUemagne était au"schitme celui qui avajt le moins partagé l'élan de la crois'assode pas sadc. On y avait traité de folie le mouvement qui dos^roisàdes. arrachait à leurs foyers tant de chevaliers et de soldats, tant de pauvres paysans, de femmes et d'enfants des campagnes, pour les lancer, malgré les périls d'une route si longue, à travers des contrées inconnues et barbares ^
1. Teutonicus populus.... totcafcrvas ruricolarum, fœminarum ac parvuloruni quasi inaudita slultilia délirantes subsannabant, utpote
Les excès commis par les premières bandes des croises avaient excité partout une vive répulsion. Mais l'obstacle réel à toute grande expédition d'outre-mer se trouvait dans l'expansion du schisme impérialiste \ qui dominait dans tout le pays. En effet, s'engager dans une croisade prêchée par le pape, n'était-ce pas accepter son autorité et reconnaître son orthodoxie? Tous ceux qui repoussaient cette autorité se trouvaient donc, de fait, exclus de la guerre sainte, et, d'un autre côté, les défenseurs de l'Eglise romaine n'étaient ni assez forts ni assez nombreux en Allemagne, pour abandonner leur patrie en laissant le champ libre aux schismatiques.
L'empereur, qui s'était retiré de l'Italie au moment où les croisés français y arrivaient et où le pape revenait de France, employa les trois années que dura la première croisade, à fortifier son ascendant dans ses Etats. Henri, s'il manquait des vertus supérieures qui font les grands hommes, possédait du moins la plupart des qualités qui font les souverains habiles, et il savait en user pour réparer ses échecs et rétablir ses affaires au moment môme où elles paraissaient le plus désespé- , rées. Les catholiques, au contraire, semblent avoir «
qui pro ceitis incerla captantes.... Eckhard. Abbat. libell. qui dicitur lerosolymita in Ampl. Collect., t. Y, 507.
1. Orientalibus Francis, clc... hœc buccina minime insonuit, propter, schisnia. /6<e/.
348 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. cédé, vers la fin du onzième siècle, à un accès de découragement. La défection de Welf leur avait ])orté un coup sensible. On vit le plus notable des princes catholiques, Berthold deZâhringen, abandonner la possession du duché de Souabe au neveu de l'empereur, Frédéric de Hohenstaufen, moyennant la reconnaissance par Henri de son titre ducal, et de ses droits, en Brisgau et dans la Suisse occidentale. Il y eut comme une suspension tacite d'hostilités, et la paix fut à peine troublée par la rupture entre l'empereur et l'archevêque de Mayence Ruthard^ Ce dernier, après avoir été longtemps partisan de l'antipape Guibert, s'indigna d'une accusation injuste de l'empereur, quitta sa métropole et se réfugia dans un château de, l'Eichsfeld, refusant toute relation ultérieure avec le prince excommunié. Henri lui reprochait de n'avoir pas veillé sur les biens des juifs massacrés par les premiers croisés, à leur passage, et qui lui appartenaient, disait-il, « comme serfs de la chambre « impériale ». L'empereur fit saisir les revenus de l'archevêque et vendre les biens de ses parents\ Au commencement de 1090* il fit élire et couronner roi, à Aix-la-Chapelle, son fils puîné, Henri, après avoir fait déposer et exclure de sa succession son iils aîné, Conrad, qui,, rattaché au parti