‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 167 sur 267 · Dont deux évoques suburbicans et trois diacres · texte numérisé non relu

Dont deux évoques suburbicans et trois diacres

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE H. 445 Sept-Frères, pendant qu'on levait le camp, la bulle fut préparée, et le soir, lorsque l'armée eut passé le Tibre au Ponte Salaro, on fit venir de Rome, avec le sceau pontifical , un secrétaire qui, pendant la nuit, libella la bulle que Pascal signa aussitôt sous le titre de privilège ^ Il y était dit que le pape confirmait à l'empereur la prérogative accordée par ses prédécesseurs à ceux de Henri ; que les évêques et abbés, élus sans violence ni simonie, seraient investis par l'empereur de la crosse et de Panneau, et que nul évêque élu sans le consentement de l'empereur ne serait consacré avant d'avoir élé ainsi investi^ L'anathème était prononcé contre quiconque enfreindrait les dispositions de ce privilège, qui ne fut, du reste, garanti ni contresigné par aucun cardinal.

Enfin, le jeudi 13 avril, Pascal II et Henri V entrèrent dans la cité Léonine^, et se rendirent à

1. Die igitur altero, in eodemcampo qui Septem Fratrum dicitur, dum castra moverent. illud dictari oportuit.... Jam locatis castris, accitus ex urbe scriniarius, scriptiim illud inter tenebras nocturnas exaravit, cui invitus licet pontifex subscripsit, quod sic se habet : Privilegium Paschalis PP, quod fecit etc. Ainsi s'exprime l'auteur des Acta Sulrina ou Acfa PP. Paschalis, cité par Baronius, et qui était témoin oculaire, ainsi qu'il le raconte en finissant : Ilœc sicut passi sumus, et oculis noslris vidimus, mera veritate conscripsimus.

2. Ut regni tui episcopis et abbatibus libère praîter violentiam et simoniam electis, investituram virgœ et annuli conféras.... Si quis autem.... nisi a te investiatur, a nemine consccretur. — Le texte du Privilège se trouve dans Bakoxius, ann. ilH ; Cod. Udalr., n° 2G5, et Conc, XII, 1176.

3. On sait qu'on désignait ainsi, au moyen âge, le quartier de la

Le pape

conseiu

à couronner

l'empereur.

Saint-Pierre, où, pendant que les portes de Rome étaient fermées pour empêcher le peuple romain d'y venir \ le pape couronna l'empereur et lui fit la remise solennelle du privilège des investitures. A la communion, le pontife ayant brisé l'hostie, en donna une parcelle à l'empereur, en disant: « Seigneur « empereur, ce corps du Seigneur, que l'Eglise ca- « tholique affirme être né de la Vierge Marie, et « mis en croix pour nous, nous vous le donnons « comme un gage de paix et de concorde entre vous « et moi, entre l'empire et le sacerdoce. Comme « cette partie est séparée du corps vivitiant, ainsi « soit séparé du royaume de Jésus-Christ quiconque « violera ce traité ^ »

Pascal rentra ensuite dans Rome, où le peuple le reçut avec joie. L'empereur, après avoir comblé de présents le pape et son clergé, partit le même

rive droite du Tibre qui comprend Saint-Pierre, et qui était alors regardé comme en dehors de la ville de Rome.

1. Porlis omnibus Romanœ urbis, ne quis civium eo adveniret, obscrvatis. Chron. Cass.,\. c.

2. Cette dernière phrase, citée seule par Pierre Diacre, ne se trouve pas dans les versions de l'allocution du pape que donnent Guillaume de Malmesbury, d'après le recueil du chapelain de l'empereur, David de Bangor, le codex Udalr. n» 26i, et Papyrus Masson dans ses Noies sur Yves de Chartres. Lûden (t. X, 1. xx, c. 4, n. 11, p. 036) paraît indigné de cette connnunion à deux, qu'il appelle une profanation. La contraction de l'hostie lui semble surtout incroyable et l'autorise à appeler le pape non pontifex, sed carnifex. Il est clair, d'après ces observations, que l'historien ne sait pas que, tous les jours, dans toutes les messes dites par tous les prêtres catholiques, cette confractton a lieu. Voilà pourtant par quels savants l'Église catholique est, chaque jour, jugée et condamnée !

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 447 jour pour le Nord ^ Préalablement, il était allé visiter la comtesse Mathilde% dont il voulait se concilier la faveur, et à la prière de laquelle il avait immédiatement délivré les évêques de Parme et de Reggio faits prisonniers en même temps que le saint-père^. C'est dans le château de Bibianelloque se virent les deux illustres personnages, et passèrent trois jours ensemble*, pendant lesquels ils n'eurent pas besoin d'interprète, car elle savait parfaitement l'allemand. Henri déclara qu'il n'avait jamais vu une femme aussi extraordinaire; il lui donna le nom de mère et la constitua vice-reine d'Italie.

Henri se rendit ensuite à Vérone, où il célébra la fête de la Pentecôte et renouvela l'alliance de l'empire avec la république vénitienne, après quoi, franchissant les Alpes, il alla, pour réhabiliter la mémoire du père qu'il avait détrôné, lui faire célébrer les plus magnifiques obsèques qu'on eût encore vues. Usant de l'autorisation qu'il avait obtenue du pape, l'empereur fit enterrer le corps de l'excommunié^ dans la cathédrale de Spire. A cette occasion, des immunités furent accordées aux bourgeois de la

L empereur

va

visiter

la comtesse

Mathilde.

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