‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 169 sur 267 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Victoire de la puissance temporelle.

Bruno, évêque de Segni, invite le pape à casser sa bulle. — La lettre de Bruno mécontente le souverain pontife. — Les évêquos français protestent à leur tour. — Intervention de Geoffroy de Vendôme. — Exaspération des moines de Hirschau. — Manifeste des moines réfugiés à Saint-Bénigne de Dijon. — Pascal II rassemble un concile au Latran. — Humilité du souverain pontife. — Profession de foi de Pascal devant le concile. — Sentence des Pères du Latran. — Hildebert du Mans et Yves de Chartres apologistes de Pascal II. — Joceran répond à Yves. — Concile de Vienne, où l'empereur est excommunié. — La mauvaise foi de l'empereur éclaire les princes sur les dangers dont ils sont tous menacés. — Henri V, devenu plus puissant que Henri IV, ne ménage plus rien. — Défection du chancelier Adalbert de Mayence. — Adalbert est enfermé dans sa propre forteresse de Trifels. — Mariage d'Henri V avec Mathilde d'Angleterre à Mayence. — Insurrection contre l'empereur. Victoire des confédérés. — Thomas de Marie est excommunié et déchu des prérogatives de chevalier. — Concile tenu à Saint- Géréon de Cologne. — Adalbert sort de captivité. — Erlung de Wurtzbourg abandonne l'empereur Henri V.

La puissance temporelle avait donc vaincu, et jamais victoire n'avait paru plus complète, plus éclatante. Dans le spectacle de ce pape prisonnier devant la Confession de Saint-Pierre, traîné, les mains liées, dans une forteresse, et de là dans le

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450 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. camp impérial, pour y souscrire un traité dicté par Tempereur, il y avait une revanche plus que complète de l'humiliation que ce prince prétendait avoir subie à Canosse. Sorti vainqueur d'une lutte qui durait depuis quarante années, Henri, le fils de l'excommunié, revenait pour réhabiliter la mémoire paternelle et célébrer un double triomphe, tenant à la main le privilège des investitures, signé par le pontife même qui les avait tant de fois proscrites. Les auxiliaires laïques de l'Eglise voyaient courber à la fois, sous l'ascendant de l'empire, et la puissance de l'Eglise et l'indépendance des serviteurs laïques dont l'épée l'avait si souvent préservée. Les Normands tremblaient pour euxmêmes dans leurs montagnes, et, pour la première fois, la grande Mathilde avait pactisé avec l'empereur allemand. Le successeur de Grégoire YII n'avait su ni vaincre ni mourir, ni même garder le silence. Il restait dans sa ville de Rome, sans alliés, sans ressources et sans gloire. Mais c'était de cet excès même d'abaissement que l'Eglise allait sortir, aussi forte et aussi libre qu'auparavant, et que l'esprit de Grégoire YII allait se montrer plus vivace et plus fécond que jamais.

Lorsque Grégoire avait pris en main le gouvernement de l'Église, il lui avait fallu créer seul et entretenir un foyer de résistance contre l'usurpation laïque ; il lui avait fallu former et discipliner l'armée dont put disposer l'Église un quart de siècle

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 451 après sa mort. Cette armée se trouvait si forte, si nombreuse, si enflammée par le génie de l'immortel pontife, que la coupable faiblesse d'un successeur ne put rien compromettre. Tout fut sauvé, parce que Dieu dirigeait tout.

Pascal II aurait pu répéter à son geôlier impérial les paroles du pape Vigile, captif de l'empereur Justinien et sommé de signer un décret impie : « Je vous préviens que, si vous me tenez pri- « sonnier, vous ne tenez pas saint Pierre captif. »

L'indignation des catholiques éclata d'abord par la bouche d'un moine, d'un saint, et du haut de la sainte montagne qui avait été le berceau de l'Ordre Monastique. Le Mont-Cassin était alors gouverné par le Piémontais Bruno, issu d'une des plus nobles familles d'Asti \ que Grégoire VII avait fait évêque de Segni, qu'Urbain II avait conduit au concile de Clermont, que Pascal II avait nommé son légat en France^ Ayant quitté son évêché pour redevenir simpl^i moine, Bruno s'était réfugié dans une cellule du Mont-Cassin; mais Pascal ne lui avait permis d'y habiter qu'à condition de ne [)oint cesser de gouverner son diocèse. Lorsqu'il fut élu abbé de la grande abbaye mère, Pascal le félicita en disant que, non-seulement il était digne de remplir cette fonction, mais encore d'occuper

i . Celle de Soleri .

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