‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 219 sur 267 · Victor III et Gélase II étuient moines du Mont-Cassin · texte numérisé non relu

Victor III et Gélase II étuient moines du Mont-Cassin

MOINES d'oCC. VII. 31»

de vie, austérité de mœurs, étaient d'un religieux. Ami dévoué, défenseur des monastères, l'archevêque de Vienne passait tout le temps que lui laissaient ses devoirs épiscopaux à l'abbaye de Bonnevau\ qu'il avait fondée et d'où il fallait l'arracher. Dieu, d'ailleurs, lui réservait l'insigne honneur d'introduire dans l'Eglise un nouvel ordre religieux destiné à éclipser, par sa splendeur, tout ce que le génie monastique avait enfanté jusqu'alors.

Loin de considérer le successeur de Gélase II comme ayant dégénéré de l'austère ferveur de ses prédécesseurs, les cardinaux, en le plaçant sur le trône pontifical, voulurent, au contraire, récompenser en lui l'ardent courage, le dévouement désintéressé qui l'avaient porté à fulminer, le premier en Europe, l'anathème contre l'empereur Henri IV, son proche parent. Depuis lors, l'archevêque de Vienne avait toujours lutté, au premier rang, pour le maintien de la foi et pour l'indépendance de de l'Église. C'est grâce à lui que la France et les deux Bourgognes surtout, étaient demeurées inaccessibles au funeste esprit qui avait triomphé de la papauté dans Rome. La haute naissance de Guy de Bourgogne, ses grandes alliances devaient nécessairement contribuer, comme l'avait pressenti Co-

1. Ex Bonacvallis cœnobio raplum.. . inter monachos continuoconvcrsantem atque scmulantem eorum exercitio. Mamuque, Ahu. Cis/crcicnses, t. I"', p. 101.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 505 non, à forlifier l'asccndanl do Galixle 11. Il était fils de Guillaume, surnomniélcGraud, ou Tèle-IIardie, comte souverain de Bourgogne, l'un des princes les plus remarquables du onzième siècle et qui avait porté au plus haut point l'éclat de sa maison, en ajoutant à ses domaines les comtés de Vienne et de Màcon^ Guy avait quatre frères, dont trois élaient morts sur le champ de bataille, en combattant pour le Christ en Orient"; le quatrième, Raymond, en épousant Urraca, la fille et l'héritière du roi de Castille% avait fondé en Espagne une dynastie de croisés d'où devaient soi'tir, plus tard, saint Ferdinand et Isabelle la Catholique. L'une des sœurs du prince avait épousé le duc Eudes de Bourgogne ; une autre, le comte de Flandre; une troisième, le comte de Savoie, et enfin la dernière, le comte de Bar et de Montbéliard. La reine de France était la nièce du nouveau pape \ qui, en outre, avait

1. Mâcon par succession de son cousin, et Vienne par son mariage avec la comtesse Stéphanie. Il régna sur le comté de Bourgogne, ([u'on a depuis appelé la Franche- Comté, et qu'il avait réussi graduellement à détacher de la suzeraineté impériale de 1057 à 1087. Saint Grégoire VII lui adressa plusieurs épîtres.

2. Rayn:md II, comte de Rourgogne eu 1087, tué en 1100 ; Etienne, Tun des héros de la première croisade, dont les exploits ont été racontés avec tant d'éclat par Albert d'Aix et Foucher de Chartres, tué à Ramia en 1102; enfin Hugues, ;irchevôque de Reiançon, élait mort également à la croisade.

5. 11 s'était rendu en Espagne, à la tête J une partie de la noblesse bourguignonne, pour y combattre les Sarrasins, ciès 1095; il y mourut en 1108, après s'être couvert de gloire.

i. Louis le (Iros épousa en 1115 Adélaïde, fille de llumhcrf, comte

56i LES PREDECESSEURS DE CALIXTE II.

pour cousins Tempereur d'Allemagne* et le roi (rAnglelcrre.

Calixtc II tenait donc, par le sang, aux princes les plus puissants de l'Europe. Ses neveux propres possédaient la Franche-Comté \ la Bourgogne^, la Flandre*, la Castille% et Tun des deux était archevêque de Besançon ^

Pendant les trente-six ans qu'il avait passés sur le siège archiépiscopal de la vieille capitale du royaume de Bourgogne \ Guy avait non-seulement détaché sa propre famille de la cause impériale, mais en outre organisé la résistance catholique en

coniirmaiion, Dauphiué ct sur Ics rivcs du Rhône.

d/ miction Dès son avènement, Calixle II s'empressa d'encaiixte. voyeràRome le cardinal-diacre Roscemann, moine

de Maiirienne et de Savoie, ct de Gisèle de Bourgogne, sœur de Calixte.

1. Par Agnès de Poitou, femme de l'empereur Henri III; consançjuinilaiis lineain a regibus Alematiniœ, Franciœ afque Angliœ ducens. Pandulpu. Pisan., Miju., III, 419. Voir aussi Suger ap. Uuciiesne, IV, 310.

2. Guillaume III, dit l'Allemand, fils de Raynaud II, régna de 1100 à 1124.

5. Hugues 11 Bcrct, duc de Bourgogne, de 1102à 1142, fils d'Eudes et de Matliilde, sœur de Calixte.

4. Baudouin VII, fils de Robert le Frison et de Clémence de Bourgogne, sœur de Calixtc (fîUlO).

5. Alphonse VII, roi de CastUlc, fils de Raymond de Bourgogne et de dona Urraca.

6. Hugues IV, fils de Guy, comte de Slâcon, ct petit-fils de Guil laume-Tête-Hardie.

7. Le roi Rodolphe III de Bourgogne avait joint à ce siège le comté de Vienne, riiiiuv, 1. 07, c. 15.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 56:) du Mont-Cassin, pour y annoncer son élection , qui fut confirmée, à l'unanimité et avec enthousiasme, par les cardinaux des trois ordres, par tout le clergé, par le peuple romain^ et même par beaucoup de partisans de l'antipape, qui reconnaissaient le doigt de Dieu dans une élection où la simonie et l'ambition n'avaient eu aucune part'. Après s'être fait couronner, par l'éveque d'Ostie% dans l'antique métropole de Vienne*, le pape chargea Conon daller notifier la nouvelle au roi de France, son neveu, et il voulut écrire lui-même aux deux chefs du parti catholique, en Allemagne, Adalbert de Mayence et Frédéric de Cologne*. L'événement y fut salué avec bonheur ^ Le roi d'Angleterre et l'archevêque Raoul de Cantorbéry reconnurent, sans aucune difficulté, le nouveau chef de l'Eglise, bien qu'un assez grand nombre d'Anglais appartinssent au parti de l'antipape \ Le roi de France, de son côté, s'empressa d'envoyer

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