Bulles des 8 et IG septembre
Après avoir fait ainsi presque le tour de la France el avoir édifié tous les fidèles par son humilité, son énergie et rexcellcnce de son gouvernement ecclésiastique \ Calixte II fut reçu dans la nouvelle abbaye de Maurigny, dont il allait dédier l'église, par le roi Louis de France et par les nobles qui devaient l'accompagner jusqu'à Paris. Vers la mioctobre, le souverain pontife se rendit de Paris à Reims, où devait s'assembler le concile déjà convoqué par Gélase et dont Conon avait dirigé les préparatifs ^
Cependant l'empereur, malgré son retour inopiné en Allemagne et malgré les nouveaux combats qu'il y avait livrés, n'avait pu contrebalancer l'effet produit par l'élection du nouveau pape qu'avaient reconnuavec empressement tous les évoques de l'empire \ Les forces du parti catholique Diète gêncraïc
, • .yj . de Tribur.
prenaient un tel accroissement, qu Henri V dut Aiiocuuon
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accéder au vœu unanime des princes et des prélats cuiuaume restes lideles a sa cause, et consentir a la tenue d'une diète générale à Tribur, près Mayence. Là, les deux partis étant réunis, le monarque devait
1. C'est le témoignage qu'en porte Sugcr : Gloriose humilUer sccl slrenuc Ecclcsiœ jura disponens.... aptius Ecclcsiasiicis providebat negoliis.
ii. Chion. Maur., p. 508-569. Il était déjà revenu auprès du pape à Maurigny, après son voyage de Reims. Le chroniqueur de cette abbaye l'appelle avec- raison : Totius Franciœ ac Teuloniœ, Alcmannia-ac Saxoniœ Icgatus.
5. Gui cum omnes nostratcs cpiscopi obedientiam profcssi.... Chron. irsperg.^ ann. 1119.
rendre compte de sa conduite devant les princes assemblés, en promettant de la conformer à leurs décisions ^ En attendant, Henri ouvrit des négociations à Strasbourg avec les envoyés du souverain pontife. L'un de ceux-ci, Pons, abbé de Cluny, avait été longtemps l'ami de l'empereur et même son délégué auprès de Pascal IL L'autre. Guillaume de Champcaux, évêque de Châlons et fondateur de la célèbre école monastique de Saint-Victor, passait pour le plus zélé et le plus savant des évêques fran(;ais^ On l'avait choisi, à ce litre, pour porter la parole devant la diète, et il le fit en ces termes : « Voulez-vous, seigneur roi, conclure un véritable « lraitédepaix?Renoncez absolument, dansée cas, c( à l'investiture des évêchés et des abbaves. Pour « vous prouver que voire puissance n'en sera nul- « lement amoindrie, je vous dirai qu'évêque élu de « France, je n'ai jamais reçu, avant ni après mon « sacre, aucune sorte d'investiture de la main de « mon souverain ; et, cependant, en ce qui concerne « les impôts, la milice, les péages, en un mot,
1. Totius regni sacerdotum atque proccrum nuntiis compiilsus.... ubi de omnibus quœ sibiinct imponerenlur, jiixta senatusconsultum se satisfacturum spopondit. Cliron. UrsjJeig., 1. c. Cette diète, qui avait d'abord été convoquée pour la Saint-Jean H 19, ne fut tenue qu'en septembre. La clironologie de ces divers événements a été savamment établie par btenlzcl, t. II, p. 551, et conlirmée par Gervais.
2. Auxiliatorem magnum, qui sublimes scliolas rexerat, et tune zelum Dei babens, super omnes episcopos totius Gallioc divinarum Scripturarum scientia fulgebat. Cluon. Mauriniac, p. 575.
« (ont ce qui se référait anciennement à la chose « publique, mais dont les rois chrétiens oui ence richi l'Église catholique, je m'acquitte de mon « service tout aussi fidèlement que le peuvent faire « les évéques de votre royaume, par suite de Tin- « vestiture qui vous a valu tant de discordes et « même l'excommunication \ » Sur cela, Henri leva les bras au ciel et s'écria : « Eh bien ! qu'il en soit « ainsi, je n'en demande pas davantage \ »
L'évêque de Châlons reprit : « Si vous voulez ft abandonner les investitures, restituer les biens « de l'Église et de tous ceux qui ont travaillé pour « elle, et leur garantir une vraie paix, nous ferons « de notre mieux, avec l'aide du Seigneur, pour « mettre fin à la lutte\ »
L'empereur, après s'être concerté avec les siens, promit formellement d'accomplir les conditions sti-
L'empercur
s'engage
par serment
respecter
le traité conclu
avec
le pape.
i. Scito me in regno Francorum electum, nec ante consecrationem nec post consecrationem aliquid suscepisse de manu régis : cui tamen de tribulo, de militia, de tclonio et de omnibus quee ad rempublicani pertinebant, et antiquilus scilicet a regibiis christianis Ecclesise Dei donata sunt, ita fideliter deservio, sicut in regno tuo episcopi tibi deserviunt, etc. Comment. IIessonis Scolastici in Concil.. t. XII, p. 4500, et Coll. Vdalr., n° 503. Cet auteur, auquel la cln'onique d'Aucrsperg renvoie, comme à la source la plus digne de foi, termine son récit par ces mots : Quod vidi et aiidivi, fidélité) , et qurnito breviiis potui, jjedcstri sermone descripsL
2. Manibus elevatis.... Eia, inquit, sic fiat : non qusero amplius. îbid.
5. Si investituras dimiltere volueris, et possessioncm ecclesiarum, et corum qui pro Ecclesia laboraverunt, reddcre, et vcram paceni eis dare, laborabimus, etc. Ibid.
570 LES PRÉDÉCESSEURS LE CALIXTE il. pulées s'il trouvait bonne justice chez le pape, cl si l'on s'engageait à lui rendre, à lui et aux siens, toutes les possessions qu'ils avaient perdues pendant la guerre. Pour mieux garantir sa parole, Henri Y offri t la main à l'évêque et à l'abbé, et jura, sur sa foi de chrétien, ([u'il observerait lesditcs conditions sans aucune fraude'. L'évêque de Lausanne, le comte Palatin et les autres clercs laïques de la suite de l'empereur jurèrent avec lui. Guillaume et Pons s'en revinrent aussitôt de Strasbourg à Paris, pour y annoncer au pape le résultat de leur entrevue; Galixte les écouta avec joie et dit seulement : (( Plût au ciel que ce fût déjà fait, si cela se peut « faire sans fraude 'î » Le souvenir de la mauvaise foi dont Pascal II avait été si traîtreusement la victime, ne pouvait sortir de la mémoire du pontife, pas plus que de celle des catholiques'. Le souverain
1. Propria uiauu, sub testimonio fidei Christian^ in manu episcopi et abbalis firmavit, seprcefata capitula perseculurum. Ibid. Mit. dcm Handschlag. Stentzel.
2. Utinamjam faclum csset, si sine fraude fieri posset! Ibid.
5. Gcrvais (I, 2G1) prétend que le pape préméditait cette fraude aussi bien que Pempercur. C'est une asserlion purement gratuite, et à r appui de laquelle il n'apporte pas l'ombre d'une preuve. Mais pour se conformer à cette impartialité prétendue des sophistes modernes, il se croit obligé d'établir une sorte d'égalité factice entre les deux adversaires, et, ne pouvant nier la mauvaise foi chez Henri, de la supposer chez Calixtc. 11 oublie le terrible antécédent qu'élevait contre l'empereur sa conduite antérieure à l'égard de Pascal II. Il faut regretter de voir ce savant auteur s'éloigner, dans tout ce qui touche au concile de Reims et à l'entrevue de Mouzon, de l'équité qu'il manifeste dans l'ensemble de ses ouvrages. 11 se plail à soupçonner de
L'élection
de Calixle II
est
solennellement
reconnue
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. ô71 ponlife chargea sans re(ai\l ses deux pléiiipotcn- (iaires, et avec eux deux de ses cardinaux, l'cveque d'Ostie et Grégoire diacre de Saint-Ange ^ d'aller retrouver l'empereur et de lui promettre l'absolution s'il tenait parole. Ils devaient demander, en outre, qu'on mît i)ar écrit les stipulations réciproques, et qu'on fixât le jour du prochain concile où elles seraient ratifiées, de part et d'autre.
L'empereur, après ces heureux préliminaires, put se rendre, avec confiance, à l'assemblée des princes à Tribur% oii l'élection de Calixte fut solennellement reconnue et où tous les évoques d'Aile- xiibm magne lui promirent obéissance". Les princes établissaient, consolidaient ainsi une sorte de point -d'appui pour leur conscience, en même temps que pour leur résistance contre Henri Y : personne ne s'occupa de l'antipape Burdin; ce malheureux, qui avait trahi l'Eglise pour se faire l'instrument de
parlialité le récit du scholastique Ilcsson, témoin oculaire, auquel renvoie cependant la Chronique assez impérialiste d'Auersperg, en disant : Ejusdem octioncm conclUi, si qiiis plenaric co(jnosccre quœrii ni literis ciijiisclani scholasllci iwinine lIesso]iis clcganlcr cnucleaLum reperiri jJoterit. Ce récit est d'ailleurs conforme de tout point à celui d'Ordéric Vital, dent l'indépendance, quelquefois malveillante à l'égard de la cour de Rome, ne saurait être soupçonnée ; et ce sont les deux seuls contemporains qui aient parlé en détail de ces événements.
1. Tous deux papes, le premier, sous le nom d'IIonorius II, et le second sous le nom d'Innocent II.
2. Au commencement de septembre. Cliron. Vrsp., rectifié par Stextzel et G EU VAIS.
5. Cui cum omncs nostrales cpiscopi obedicntiam professi. Chron. Vrsp., 1119.
Tempcreur, se vit à son tour trahi, abandonné par la puissance même à hiquelle il avait tout sacrifié.
Dans la diète, on arrêta, en principe, la cessation des hostilités, Ja restitution réciproque de tout ce qui avait été enlevé à l'empereur^ ou aux princes, et on approuva d'avance la réunion du concile de Reims, où Henri promit de se rendre afin d'opérer dans l'Eglise^ une réconciliation générale. L'empereur se mit ensuite en route, avec une armée de trente mille hommes, pour aller au-devant du pape. Entre Metz et Verdun, le prince rencontra les quatre ambassadeurs de Calixte, et, renouvelant, entre leurs mains, par écrit et sous la foi du serment, les stipulations déjà arrêtées à Strasbourg', il promit de les exécuter, en présence du pape, à Mouzon, le vendredi 25 octobre suivant. Le duc de Bavière, le comte Palatin et les autres princes jurèrent, après l'empereur, dont l'engagement écrit était ainsi conçu : « Moi, Henri, par la grâce de Dieu empereur au- « guste des Romains, pour l'amour de Dieu, du « bienheureux Pierre et du seigneur pope Calixte, je « renonce à l'investiture de toutes les églises, j'ac-
1. L'empereur s'engageait, en restituant tout ce qu'il avait usurpé sur les princes, à se contenter des anciens revenus de la couronne. Regum antiquonini fiscalia. Chroii. Uiftp., ann. 1119.
'2. Ibicl.
3. Quod prius apud Argentinam.... firmaverat, ilcruni in manu episcopi Ostiensis, etc. propria manu firniavit ; quod videlicet, etc. IIesso
SCHOLASTIC, 1. c.
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 575 « corde une vraie paix à tous ceux qui, depuis Tori- « gine de la discorde, ont été en guerre pour « rÉglise • je restituerai aux églises et h tous ceux (( qui ont travaillé pour elles, celles de leurs « possessions que je détiens, et je les aiderai loya- « lement à récupérer celles que je ne détiens « point moi-même. »
L'écrit du pape, garanti par le serment de ses plénipotentiaires, portait ce qui suit : « Moi, Galixte « second, par la grâce de Dieu, évoque catholique « de rÉglise Romaine, j'accorde une vraie paix à « Henri, l'empereur auguste des Romains, et à tous « ceux qui ont été avec lui contre l'Eglise : je « restituerai ou ferai restituer leurs possessions « à tous ceux qui les ont perdues à cause de cette
« guerre. »
Les deux engagements se terminaient par cette formule : « Toute contestation qui surgira sera c( jugée par un jugement canonique, si elle est c( ecclésiastique, et par un jugement séculier, si « elle est séculière. »
Le concile s'ouvrit à Reims, le lundi 20 octobre u
-,,^.,, ,, ?/■• 1 concile dH Reims
111U. A 1 appel du pape s étaient rendus, pour (ini») l'amour du Seigneur et pleins d'obéissance pour les cinq cents
, . . , I ,, clicvaliers
le samt-siégeS les prélats non-seulement de la dA.iaibeit
de Mayence.
France et de l'Allemagne, mais de la Bretagne, de
l, Apostolico jussu evocati.... congregati sunt pro amore Salvatoris, ejiis parali grantanter obedire mandatis. Ord. Vit., t. XII, p. Sù7.
la Bourgogne, de l'Italie, de l'Angleterre, de l'Espagne et des îles de l'Océan*. Le roi d'Angleterre avait permis à ses prélats normands et anglais de s'y rendre, mais en leur enjoignant de ne rapporter dans son royaume aucune nouveauté dangereuse^. Adalbert, archevêque de Mayence, qui voyait approcher le triomphe de la cause qu'il avait si vaillamment servie, arriva nvec sept évéqucs allemands', et une escorte de cinq cents chevaliers. Le pape, ravi de la venue du grand champion de l'Eglise d'Allemagne, envoya au-devant de lui le comte de Champagne avec une nombreuse chevalerie'. Il y avait présents seize archevêques", plus de deux cents
1 . De insidis Occanl et cnnciis occidenialibus provinciis, dit Ordéric. A-t-il YOiiki designer par là l'Irlande ou simplement les îles de la Méditerranée?
2. Sed superfluas adinven-tiones rcgno mco inferre nolite. Ibid. Comme l'affaire des investitures était réglée depuis douze ans en Angleterre, cette réserve du roi ne devait s'appliquer qu'à la contestation entre les archevêques d'York et de Cantorbéry dont nous parlerons plus loin.
5. Cinq d'entre eux étaient ses suffragants. Il y avait en outre un suffragaut de Cologne, deux de Trêves, deux de Magdebourg, et un de Besançon.
4. OivD. Vital, 1. c. L'archevêque Frédéric de Cologne ne vint pas^ en personne, mais envoya des ambassadeurs pour témoigner au pape sa soumission et son affection. Ibid.
5. Ordéric nomme ceux de Reims, de Bourges, de Sens, de lyon, do Rouen, d'York, de Tours, de Dol, cl alii oclo aichicpiscopiy dit-il.
Un lilre de Tour<, cité ap. Concll. XII, 1509, nonnne ceux de Mayenccv de Besançon, de Tarentaise et de Tarrt;gone. Parmi les évêquet^ étaient GuiUaume de Chanipcaux, évéque de Chàl as, Ilildeberl du
éveqiies el un nombre égal d'abljcs; on complaît qiiatie cent vingl-sept crosses^ Le roi de France, Louis le Gros, quoique gravement indisposé, siégea avec ses principaux barons pendant les deux premiers jours, et il se déclara prêt à obéir aux décrets de l'Église comme il convenait au roi très-cbrétien\ La foule de moines, de clercs, de laïques de tous rangs, qui assistaient au concile, était si grande qu'elle parut à plusieurs comme une image du jugement dernier''. La session se tenait dans l'église métropolitaine de Notre-Dame, devant le crucifix \ Après avoir cbanté la messe, le pape se plaça sur le trône, ayant cinq cardinaux à ses pieds ^, et, debout auprès de lui, un cardinal-diacre, Chrysogone, bibliothécaire de l'Eglise romaine, qui te-
Mans, Gérard crAngoulèmc, les trois plus notables parmi les évoques français.
1. Numerabaniur ibi pcrsonarum pastoralium virgœ 424. Rogei' HovED. Ann. Anrjl. Le scholastique Ilcsson, témoin oculaire, dit 427.
2. Quamvis gravi laborantcm infirmitalc, molcstia corporis vcliomenter urgente. Epistol. Lubov. ad Cai.ixt. i:i Ucf/rs/. ad fin.
Biduo cum principibus suis concilio cidem interfuit et mandata Ecclesise sicut catholicus et cbristianissimus veneratione débita obcdivii. Concil. XII, 1509. Cf. Ohdlr., 1. c.