CHAPITRE XIV La papauté se réconcilie avec l'empire
Adalbert, nommé légat par Calixte, organise la résistance. — Armées en présence sur les bords du Mein, en 1121. — Une diète convoquée à Wurtzbourg. — Admirable conduite des princes confédérés. — Lettre de Calixte à Henri V. — Assemblée et traité de AVorms. — Grand spectacle sur les bords du Rhin. — La joie de Calixte II aussi profonde que celle des peuples. — Concile œcumémique au Latran.
— Conséquences de la paix conclue entre le pape et l'empereur. — Appréciation erronée du concordat deWorms. — Ce qui serait advenu si la papauté n'avait pas remporté la victoire. — Les grands champions de l'Église. — Rome païenne opposée à Rome chrétienne. — Vie privée des religieux dans les divers monastères.
— Les moines du Bec étaient des philosophes, des grammairiens, des savants. — Guillaume de Cliampcaux et les écoles de Paris, où affluent les étrangers. — Fondation de l'université de Cambridge.
— Jurisconsultes, médecins, historiens dans les monastères. — La vie du cloître recherchée surtout par les classes élevées de la société.
— L'abbaye appelée le Mont-des-Anges dansl'Unterwald. — Osmond. Mainsende et leur fils devenu leur biographe. — L'abbaye de Fontevrault refuge des veuves de haute naissance. — Baudouin, comte de Flandre, se fait moine à Saint-Bertin. — Fondation de l'abbaye du KIoster Neubourg, près de Vienne. — Otton, évoque de Bambcrg, restaurateur et fondateur d'abbayes. — Les quêtes pour rétablir les monastères détruits. — Le duc de Lothian à Tiron. — Projets de l'empereur Henri Y contre le royaume de France. — La France, dès le temps de Louis-le-Gros et de Suger, reçoit le titre de reine des nations. — Gloire de l'abbaye do Cluny et du Mont-Cassin. —
L'ilat religieux en butte à l'envie et à la haine des princes et même (les (''vrques. — Un moine du Mont Cassin prend la défense do l'Ordre Monastique, vengé, d'ailleurs, par le pope Calixte H.
La France et l'Angleterre, comme l'Italie entière, ne reconnaissaient donc plus que le grand pape qui venait de présider à Reims aux solennelles assises de la chrétienté. Le schisme avait perdu dans Burdin sa raison d'être. Il ne restait plus à réduire que l'empereur. Demeuré seul à Yvoi (11 29), après Tavorlement de la conférence de Mouzon, sous le coup de la sentence d'excommunication de Reims, la plus solennelle qui eût encore été prononcée contre un souverain, Henri V alla passer tristement et solitairement les fêtes de Noël à Worms^ ville très-dévouée à sa cause. Les princes avaient déserté la cour impériale; le nombre déjà très-restreint des évêques restés avec l'empereur diminuait de jour en jour. L'évêque Burckhard de Munster, su créature la plus dévouée, celui qui avait conseillé l'emprisonnement de Pascal, était mort en ambassade à Constaniinople, où il était allé négocier en faveur d'Henri, auprès de la cour de Byzance*. L'archevêque de Trêves, neutre jusque-là, avait rejoint Calixte^; l'évêque de Strasbourg, vicechancelier de l'empire, s'était soumis au pape dès
1. Natale Domini Wormaticc non imperialiter celebravit. C/tron. Urspcrg., ann. 1120.
2. Chron. Ursperg., ann. 1121. Stentzel, I, 695. 5. V. plus haut. — Cf. Geuvais, I, 502.
MOIVES n'oCC. VII. 7)',)
qu'il avait eu connaissance des décrets de Reims. L'empereur, au lieu de chercher à ramener le prélat, l'envoya en exiP, oii il ne fut mieux traité ni par les évéques pénitents de Welpire et de Worms^ chassés de leurs sièges, ni par Tévêque de Liège. Ce diocèse était alors l'un des plus vastes de l'empire; il possédait les écoles les plus florissantes^ et passait pour le plus puissant par le nombre et la noblesse de ses feudataires. Il avait servi de refuge à Henri IV et avait toujours été considéré comme le principal foyer du schisme. Devenu vacant par la mort d'Olbert, l'un des plus ardents partisans de la cause impériale, ce siège avait été donné par l'empereur à l'archidiacre Alexandre de Juliers, qui lui avait rapporté la crosse et l'anneau du défunt*. Mais le chapitre, encouragé par le métropolitain Frédéric de Cologne, ne reconnut pas le choix et élut son prévôt Frédéric, frère du comte de Namur, que le pape Calixte sacra au concile de Reims. Il en résulta une guerre sanglante, où se reproduisit la grande lutte qui déchirait tout l'empire. Le vaste diocèse do Liège, qui s'étendait en Brabant et en Lorraine, fut cruellement ravagé. Le duc de Brabant ,
1. Stentzel, îbld. ex. Marten., Ampliss. Collcct., I, p. 670.