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LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 655 monastique. Voilà cnlin ce qui ex|)li(|ue Tatlrait invincible exercé par la vie du cloîlre sur tant d'âmes d'élite au sein de cette généreuse noblesse par
(jui ne se contentait pas de courir en masse à la dé- do
livrance du saint sépulcre, ou de combattre pour l'Eglise sur tous les champs de bataille, mais qui peuplait à l'envi les monastères, à ce point qu'on aurait eu peine à citer une seule des grandes familles féodales qui ne comptai un ou plusieurs de ses rejetons dans le cloîlre.
Pendant toute la durée de la guerre des investitures, les conversions ne furent ni moins fréquentes ni moins exemplaires que dans les siècles précédents. Ici les noms se pressent en foule sous la plume. Cluny ne cessa point d'être la pépinière des saints. Godefroy, comte de Mortagne et de Perche, après une vie consacrée à remplir tous les devoirs de son état, veut mourir sous l'habit monastique \ lïarpin, comle de Bourges, au relour de la croisade et d'une longue captivité, se fait moine à Cluny, d'après le conseil de Pascal IV. En revenant de terre sainte, où il était resté longtemps prisonnier chez les infidèles, Geoffroy, seigneur de Semur% frère
1. Strenuus héros, omnibus rite peractis, Cluniacensis monaclius lactus est. Order. Vit., 1. XII, p. 890.
2. IbicL, 1. X, p. 795. Il avait engagé son comté au roi Philippe de France, pour subvenir aux besoins de la croisade.
5. Mïlisloire lilléraire croit qu'il s'agit de Semur en Bronnais et non de Semur en Auxois,mais elle ne cite aucune preuve de cette opinion.
g:j6 les prédécesseurs de CALIXTE II.
(lu grand et saint abbé Hugues, venait s'enfermer à Cl un y avec un de ses fils et trois de ses filles. Celles-ci furent placées à Marcigny, dont leur pèi'e devint le prieur. Après sa mort, Geoffroy apparut en songe à une religieuse de l'abbaye, pour la charger d'ordonner à son successeur de supprimer le droit onéreux dont il se repentait d'avoir, de son vivant, grevé les habitants. Ces droits frappaient les toiles et les tissus (qu'on avait coutume de laver dans les fossés du château de Semur) et qu'on venait, de toutes parts, faire blanchir dans cette ville.
Guillaume, comte de Mâcon, se plut à déclarer aux amis de la paix et de la vérité S qu'il confirmait à Cluny les donations faites à Marcigny, sa fille, par quatre générations de ses aïeux, notamment par son oncle et sa mère, religieuse du monastère. Le successeur de saint Hugues, Pons, dont l'administration fut si édifiante, et qui devait remplir un rôle si important dans les négociations entre l'empereur et l'Eglise, était fils du comte de Melgueil, neveu du comte d'Auvergne, filleul du pare et cousin de rempereur\ Un autie chevalier, revenu, comme le comte de Bourges, de la première croisade'', Guillaume Malet, sire de
1. Vestibus ac telis qure undecumqiie abluendœ ad castrum de Sinemuro dcteruiitur. Petu. Vener., De Mirac, 1. 1, c. 20. Blb. CL, p. 1289.
2. Cunctis auiinantibus pacem et veritateni. An. 1107. Ann. Dened., 1.71, n. 44.
3. Voir le beau portrait qiu fait de lui Orderic Vital, 1. XII, p. 887, — Sur Mali t, V. Dumoulin, Ilisf. de Normandie.
LES PRÉ DÉCKSSEURS DE CALIXTE H. t;:,?
Gravillo, douiia au Dec sa terre de CoiUeville, et y prit lui-même riiabil religieux^ ; vers le même temps le comte Robert de Meulan, priucipal ministre du roi d'Angleterre, dont le père était moi l soiis riiabit religieux, installait les moines du Bec dans son comté de Meulan', que lui avait transmis par un sacrilice analogue le dernier héritier maie de cette maison.
En Aquitaine, un noble Périgourdin, (iérard de Salis, s'étant fait moine et ayant entraîné son père et ses frères à suivre son exemple, consacra son patrimoine et sa vie à fonder les cinq monastères de drandielm, Padouin, le Bournet, D'Alen etlesChasteliors, où il mourut en 1 120, laissant ce quintuple héritage à l'ordre de Gîteaux et à saint Bernard '\
En Allemagne, le comte Louis de ïhuringe, surnommé le Sauteur, quatrième aïeul du mari de sainte Elisabeth, meurt après une longue pénitence dans Pabbaye deReinhnrtsbiiJnn qu'il avait fondée pour expier ses crimes '\ Le jeune Bernard de Domnesleve, seul héritier d'une longue lignée de preux et possesseur d'une vaste étendue de territoire, se fait moine après avoir légué tous ses biens à Saint- Maurice et à Saint-Nicolas. Un autre jeune seigneur de la Souabe, Adalberon, aussi noble que riche et
i. C/iron. Beccens. Hist. littcr. de France, 2, XIV, p. 2G8.