‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 254 sur 267 · IbUL · texte numérisé non relu

IbUL

Li:S PllÉDÉCliiSSELKS DI- CALIXTE 11. Ojl^

1^'iin autre côté, Garnier de Montmorilloii, l'un des plus renommés chevaliers du Poitou, l'ail don à un pauvre de gants richement brodés cpii lui venaient d'une femme passionnément aimée, et il prélude, par ce sacrifice, à une profession de quarante années passées sous le froc, à la Chaise-Dieu, dans la plus austère régularité \

A Saint-Martin de Tournai, l'abbé réformateur, Odon, attire dans son monastère les plus puissants seigneurs du llainaut. Parmi ces pénitents se faisait remarquer le noble Gauthier, qui s'employait humblement à porter de Peau à la cuisine, à bluter la farine, h nettoyer les élables ^; le comte Louis de Thurin et, entre tous, Raoul d'Osmond marié àMainsendc, hUe de maison chevaleresque'. Ce dernier, désolé de voir son salut toujours exposé dans le monde par des rechutes continuelles, fut poussé par un frère même de sa femme, lequel était moine

1. Miles illusfris.... cliirothecas preciosas ah amica sibi directas. Order. "Vit., 1. YiII,p. 714 . Son Irère Hildebert, qui élait aussi chevalier et se convertit en même temps que lui, devint nonce de Saint- Cyprien, abbé de Deols, depuis archevêque de Bourges. Ordéric en parle sous la date de 1099. Sa conversion remonte vers 1078. Cf. Mab., Afin. BeiiecL, 1. Gi, n, 98.

2. In.signis miles..,, de polentiorihus provinciœ optimatibus.... vir nobilis non erubuit aquam ad coquinam déferre, scutellas ollasque al)lucre, farinain cribare, equorum stabula mundarc, multosque suo exemplo convertit. Uenn. de inslaur., S. Maht. Touxac, m Spicileg., Il, OOG. On a vu plus haut le dévouement analogue d'Osmond, ami et compagnon d'armes de ce Gauthier. Liv. H, c. '2.

3. Mililibus provincise progcnitam. Ibid. Fille de llermann, prévôt de Saint-Amand.

Osnioiul et

Mainsonde.

Leur fils

ilevieiit

leur

l)io,i;raplie

L'abbaye

de FontevrauU

refuge des veuves

de baute naissance.

de Saint-Amand, à demander à sa compagne l'autorisation de mettre son âme à l'abri dans un monastère. Or, le jour même où il avait reçu ce conseil, Osmond pleurait, assis sur son lit : Mainsende, qui survint, lui demanda la cause de son chagrin, et, l'ayant apprise, elle lui dit d'essuyer ses larmes, parce qu'elle désirait aussi pourvoir au salut de son âme. Tous deux offrirent donc à Dieu leurs personnes, leurs biens, et jusqu'à leurs trois enfants dont le dernier, encore au berceau, fut déposé par sa mère sur l'autel. C'est ce môme enfant grandi dans le cloître, qui nous a laissé le touchant récit d'un sacrifice dont l'histoire offre plus d'un exemple. Cet abandon de la vie conjugale, fait à Dieu par consentement mutuel, se reproduisit ailleurs sous des formes diverses. Ainsi en Anjou ^ Gauthier de Nidoiseau, ayant fondé sur les bords de l'Oudon un monastère, auquel il donna son nom, y prit lui-même l'habit monastique avec sa femme, et, après y avoir saintement vécu tous les deux, ils y moururent le même jour^

Les veuves de haute naissance avaient coutume de finir leur vie dans les monastères : c'est ainsi que

1. L'hngiographe ajoute que tout le Tourncsis; fut ébranlé par cet exemple; que bientôt plus de soixante femmes converties furent réunies dans la maison même de sa mère, Mainsende qui, ayant tout donné à Dieu, gagnait sa vie en filant et en tissant.

2. Dedi quamdam terram descriam supra Uidonium cum aqua et utilitate sua, quîe erat mei juris et potestatis, etc. En 1109. Mab., Aiin. Uened., 1. 71, n. 85.

Li:S PRÉDÉCESSEURS DE GALIXTE 11. CCI

les lieux illustres belles-sœurs, Ida d'Avesnes, dame d'Orsy, et Agnès deRibemont, comtesse d'Avesnes, se donnèrent, Time à Saint-Martin de Tournai, et l'autre à Liessies, que le frère d'Ida avait fait restaurer et où le mari d'Agnès avait été enterré*. Le repentir et rinnocence recherchaient le même asile : la belle Bertrade, la veuve adultère de Foulques d'Ajou et du roi Philippe de France, Bertrade, convertie par un sermon de Robert d'Arbrissel, prenait en horreur les dérèglements de sa vie, entrait, à la fleiu' de l'âge et de la beauté, dans l'ordre deFontevrault, et y menait une vie si austère qu'elle succombait bientôt à ses macérations ^

Elisabeth, qu'on croit fille du comte de Crépy, et sœur de Saint-Simon de Valois, abandonnait l'abbaye de Chelles pour chercher une retraite plus austère, et, ayant trouvé un lieu désert et marécageux, appelé Rosoy, prèsGourtenay, elley demeura longtemps dans un arbre creusé par le temps, exposée d'abord à la risée des paysans, puis vénérée et entourée, do façon qu'on pût fonder, sur le sol du vieil arbre, un grand monastère doté par les sires de Courtenay". Julienne, fille naturelle de Henri P''

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