Ep. I, 2>, 22. — in
2. Il faut remarquer qu'Anzir, roi de Mauritanie, envoya à Grégoire une ambassade avec des présents et des prisonniers relâchés, l'année môme où le chef naturel des chrétiens, le roi Henri, avait lancé contre lui une sentence de déposition (1076). Aussi le pape lui 4'épond-il en termes pleins d'indulçente charité : Omnipotens Deus qui omnes homines vult salvos facere, et neminem perire, nihil est ([uod in nobis magis approbet, quam ut homo post dilectionem suam hominem diligat, et quod sibi non vult fieri, alii non faciat. liane itaque caritatem nos et vos spccialius nobis quam ceteris gentibus debemus, qui unum Deum, licet diverse modo, credimus et confitemur.... Et quolidie laudamus et veneramur.... Ut ipse Deus in sinum beatitudinis sanctissimi patriarchœ Abrahse post longa hujus vilse spalia te perducet corde et ore rogamus, Ep. III, 21.
3. La première mention de ce projet se trouve dans sa lettre écrite ■en 1074 au comte Guillaume de Bourgogne. Ep. I, 46. Quelques jours après (l"mars 1074), il s'adresse à tous les chrétiens « [omnibus christianis) fidem defendere volentibus», pour leur raconter les désastres des Grecs, et les exhorter à secourir l'empire byzantin. Ep. II, 49. La première mention du saint Sépulcre se trouve dans la lettre au roi Henri dont nous citons un passage dans le texte. A la fin de décembre de la même année, il exhorle encore tous les féaux de saint rierre, au delà des monts, à lui envoyer dos commissaires pour préparer les moyens d'aller outre-mer. Ep. II, 57.
n SAINT GRÉGOIRE VII,
Constantinople, toute schismatiqiie qu'elle était! « Les chrétiens d'outre-mer, écrivait le pontife, « en 1074, au roi Henri, sur lequel il croyait c< pouvoir compter, ces chrétiens que les païens « égorgent, chaque jour, comme des troupeaux, (( m'ont conjuré de venir à leur secours. Pénétré « de douleur et dévoré du désir de faire le bien, « j'aimerais mieux donner ma vie pour eux que « de commander à l'univers, en les oubliant; j'ai « donc exhorté, j'ai provoqué tous les chrétiens « à sacrifier leur vie pour leurs frères, à défen- « dre la loi du Christ, et à faire ainsi resplendir « la véritable noblesse des fils de Dieu. En deçà et « au delà des monts, on a écouté ma voix, et plus « de cinquante mille hommes se préparent, s'ils « peuvent m'avoir pour pontife et pour chef de « l'expédition, à marcher en armes contre les « ennemis, et à pénétrer, sous la conduite du Sei- « gneur, jusqu'à son saint Sépulcre. Ce qui m'ex- « cite surtout à cette entreprise, c'est que l'Eglise « de Constantinople, qui pense autrement que « nous au sujet du Saint-Esprit, attend du Saint- « Siège le rétablissement de la concorde... Nos « pères et prédécesseurs, dont nous voulons, quoi- « que indigne, suivre les traces, ont porté souvent « leurs pas dans ces contrées, pour y consolider « la foi catholique, et nous aussi, aidé des prières « de tous les fidèles, si le Christ daigne nous en « ouvrir le chemin, nous voulons y aller, à notre
« tour, pour défendre la foi et les chrétiens qui la « professent ^ »
Les excès et la perfidie du souverain de TAllemagne mirent alors obstacle à la réalisation de cette grande pensée; mais le germe déposé dans l'esprit des peuples chrétiens ne devait pas périr : vingt ans après, le projet conçu par Grégoire s'accomplissait sous l'impulsion unanime de l'Europe, et le cri de guerre Die i^ le veut! retenait, pendant deux siècles, sous la bannière de la croix, l'élite des héros de la chrétienté.
C'est dans les lettres de saint Grégoire qu'il faut Nature
des relations
surtout étudier la véritable nature de ses rela- de saint Grégoire lions soit avec les princes, soit avec les peuples, et les princes
et les peuples-
le genre d'autorité qu'il s'attribuait sur eux. On y voit que ce qu'il recherchait uniquement, en. s' efforçant de maintenir sa suprématie, c'était le crédit moral d'un ami, l'influence bienfaisante et féconde d'un père. Les enseignements qu'il donnait aux divers pouvoirs de la terre étaient proclamés sans déguisement et sans détour. Aux peuples^ il témoignait une grande affection, se
1. Magis enim vellem pro his ariimam meam ponere,quam eos negligens, universo orbi ad libitum carnis imperare....Jam ultra quinquaginta millia ad hoc se préparant.... Armata manu contra inimicos Dei insurgere, et usquead sepulcrum Domini,ipsoducente,pervenire. Ulud etiam me ad hoc opus permaxime instigat, quod Constantinopolitana Ecclesia de Sanclo Spiritu a nobis dissidens, concordiam apostolicse scdis exspectat. Ep. II, 31.
2. Kous ne prétendons pas assurément que Grégoire s'adressait aux peuples, dans le sens qu'on attache généralement aujourd'hui à ce
réjouissant de les voir conserver leur antique liberté ^ et il leur promettait la cordiale sollicitude de leur nnère l'Église romaine '^ A la noblesse, alors toute-puissante, il rappelait qu'elle devait conserver l'hérédité de la vertu, en même temps que celle d'une illustre lignée ^ « Ami, écrivait-il à un « certain comte, toi qui, par la permission de Dieu, a commandes à un grand nombre d'hommes, n'est-
inot, c'est-à-dire, aux basses classes exclusivement ou à des hommes indistinctement réunis en une seule masse; mais il est certain (|u'il désirait agir sur toutes les classes et tous les individus libres et actifs d'une nation, investis d'une certaine fonction sociale, dans la mesure du degré qu'ils occupaient dans la hiérarchie sociale, comme l'indique l'intitulé de plusieurs de ses épitres, par exemple : Omnibus episcopis, et viris nobilibus, cunctisque tam majoribus quam minoribus in insula Corsica consistentibus. Ep. V, 4. — Ârchicpiscopis, ducibus, comitibus et univcrsis Christifidelibus clericis et laicis, tam majoribus quam minoribus, in Teutonico regno conslitutis. Ep. IV, 28. — Clero et populo in Turonensi provincia conslitutis. Ep. VII, 15. — Duci et genti Venetorum. Ep. IX, 8. — Duci et populo Venetiœ. Ep. IV, 27 et IX, 8. Et, comme nous l'avons déjà remarqué, on voit combien Grégoire avait réussi à gagner les cœurs d'une grande partie du bas peuple en Allemagne, par le reproche que lui en adresse Henri, dans l'épître où il lui annonce sa déposition : Rectores S. Ecclesiae.... sub pedibus tuis calcasti, in quorum conculcatione tibi favorem ab ore vulgi comparasti. Cod. Udalr. Bab. ap. Eccard. N° 1(35.
2. Multum gavisi pro dilectione.... et libertate quam ab antiqua stirpe Romanaî nobilitatis acceptam conservastis. Ep. IV, 27, ad Venetos. Nolum esse credimus.... quod jam ab ineunte setate terram vestram et libertatcm Imjus gentis valde diloximus. Ep. II, 39. Duci et populo Venetiœ ; V. en outre Ep. IX, 8.
3. Romana Ecclesia mater sit omnium Christianorum; qufelicet ex consideratione officii sui omnium gintium saluti debeat invigilare, specialcmtamen et (luodammodo privalam vobis sollicitudinem oportet eam impendere. Ep. I, 19, ad Judices Savdiniœ.