‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 93 sur 267 · Anselme, Epist. ni · texte numérisé non relu

Anselme, Epist. ni

5. Dum cujus dispositionis acriter agcretur negotium, légal i... curiam intrant, ex parte comilis officiosissime papam salutant et resalutant, atque inclinali ad pedes ejus posuerunt auri uncias mille.

PaND. PlSAN., 1. c.

LES PRÉDÉCESSEURS DE GALIXTE 11. '2tj7

depuis vingt ans, aux papes légilimes et se faisait gloire de leur survivre, mourut peu a[)rès l'avénement de Pascal, destiné à n'avoir que d'insignifiants successeurs dans sa dignité usurpée \ Mais l'empereur Henri, auteur du schisme et patron de l'antipape, non-seulement s'était relevé de ses défaites multipliées ; mais il voyait même, depuis quelque temps, ses forces s'accroître en Allemagne, de façon à pouvoir envahir de nouveau l'Italie.

Pendant ce temps, le roi Philippe, en Franco, était retombé dans ses anciens désordres, qui le poussaient, presque toujours, à se révolter contre l'Eglise.

En Angleterre, depuis la mort du Conquérant, Les

. 1 p • • • ^'^'^ adversaires

les rois normands foulaient impunément aux pieds cie

les droits du clergé et des fidèles. A ses trois redou- le noi.x. tables adversaires lEglise opposait trois champions à qui devaient rester la victoire : l'immortelle Mathilde, que Dieu, dit un historien, avait placée sur le seuil de l'Italie, pour confondre l'orgueil et la tyrannie impérialiste'; Yves de Chartres, l'éveque au caractère de fer% mais, en même temps, plein de modération, qui savait résister au roi de France ;

1. Voir leur destinée, in Vit. Paschal., ap. Conc. Coletti, XII, 963, et I'agi, Crit., ad ann. 1100.

2. Admirahilein iilam fœminam, quam ob confusionem tyrannicae superbiae posuit Deus obicem in ipso Italiae ingressu. Baron., ad ann. 1100, c. 7.

o. Ferrous ille Yvonis aniinus. Ibid.

Anselme, le moine qui refusait de subir le joug de (juillaume le Roux.

Lorsque Guillaume le Roux apprit la mort d'Urbain II, dont il avait, disait-on, acbeté la bienveillance, il s'emporta jusqu'à prononcer contre le [)ontire les paroles suivantes : « Que la haine de « Dieu frappe quiconque s'affligera de cetle mort î » Mais tout aussitôt : « Que pense-ton , dit-il, du « nouveau pape? Comment est-il?» Et, comme on lui répondait que, sous plusieurs rapports, il ressemblait à Anselme : « Par le voult-Dieu, reprit le c( prince, s'il en est ainsi, il ne vaut rien. Mais « peu m'importe, car je jure bien que, cette « fois, sa primalie ne pèser/i point sur moia Je suis libre maintenant, et je compte bien « agir comme il me plaira^ » Et, en effet, il ne voulut pas reconnaître le nouveau pape et continua d'opprimer l'Eglise et son peuple. Dans une expédition contre son vassal Hélie de la Flèche, comte du Mans, lequel était un chevalier aussi pieux et charitable que brave, et aussi aimé de ses sujets que le roi Roux était haï des siens% Guillaume, ayant pris et brûlé le

1. Et Dei odium habeat qui inde curât. 111e vero qui modo est Papa, ciijusmodi est?... Per vultum Dei, si talis est, non valet.... Ego intérim libertate potitus agam quodlibet. Eadmer, IJist. novoi'um, 1. I, p. 56.

2. Ordeb. Vit., 1. X, p. 769 et 774. Ordéric ajoute qu'il était : instar prcshyteri bene lonsus, ce qui indiquait la régularité des mœurs. V. Opéra S. Ansei.mi, Yvon. Caunot., Oi-ueu. et pass^ini.

Mans, traita comme un criminel l'éveque de la cité, Ilildebert, l'un des plus illustres prélats de son temps, Tami d'Yves de Chartres et d'Anselme de Cantorbéry. Le crime de ce prélat, si digne, à tous les points de vue, de raffection des deux grands théologiens de France et d'Angleterre*, c'était d'avoir été élu par le clergé sans autorisation royale ^ Guillaume, voyant le vénérable évéque en son pouvoir, s'avisa de l'accuser de trahion, lui donna l'ordre de détruire les tours de la cathédrale, qui dominaient le château, et, sur le refus du prélat, mit tous ses biens au pillage, sans lui laisser même une mitre.

Bien qu'il eût coutume de se moquer du juge- Guiiiaimic ment de Dieu par l'épreuve du fer chaud, lorsqu'il et ses violences

, . r., conire

supposait que cette épreuve tournerait au protit l'évêriueduMans. des victimes de son despotisme% Guillaume exigea qu'IIildebert se soumît à ce genre de jugement,

1.11 avait été élève et admirateur de Déranger, mais était revenu de bonne heure à l'orthodoxie. Noël, évêque du Mans, l'avait placé à la tête des écoles de son diocèse. Dans sa jeunesse, on l'avait accusé de diverses irrégularités de mœurs, comme le prouve une lettre de Yves de Chartres ; mais Pagi et Beaugendrc, éditeurs de ses œuvres (in-Colio, 1708), ont réfuté ces reproches. On croit qu'il a clé moine ou du moins élève de Cluny.

2. En 1097, Le comte liélie, au contraire, quoiqu'il eût désigné un autre candidat, respecta le choix de Ilildebert, (juia Dcuni limebat et n^ Iclhalc in membris Ecclesiœ schisma fieret. Okdku. Vit., x, 770.

3. Il se plaignait que Dieu se laissât gagner par les prières du premier venu : Quid est hoc? Dcus estjiistus judcx? Pcreat qui deinccps hoc credideril. Quare per hoc et hoc meojudicio amodo respondebilur, non Dei quod pro voto cujusque liinc iiide i)lic;iU]r. Kadm., p. 52

malgré les canons de l'Eglise, et, pour l'y contraindre, il le tint enfermé dans un cachot, les pieds et les mains enchaînés, pendant plus d'un an ^ Ce dernier forfait comhla la mesure : la justice de Dieu allait frapper : les peuples, éclairés par les mystérieuses lueurs de la foi, éprouvaient un frémissement prophétique, avant-coureur de leur délivrance. Un moine^ de Glocester vit en songe le Seigneur assis sur son trône de gloire au milieu de la milice céleste; à ses pieds était prosternée une vierge d'une éclatante beauté, qui disait : « 0 toi qui es « mort sur la croix pour le salut du genre humain, (( regarde avec clémence ton peuple écrasé sous le (( joug de Guillaume. 0 vengeur de tous les crimes, « venge-moi de Guillaume, et arrache-moi des (( mains qui m'ont indignement tourmentée et « souillée.» — Et le Seigneur répondai t : «Patiente (( encore un peu, la vengeance est proche et sera « complèle^ » A ces mots, le moine se réveilla, tout tremblant, mais convaincu que la vierge représentait la sainte Église, et que Dieu s'apprêtait à punir le roi de ses excès. Instruit de ce qui venait de se passer, l'abbé Serlon en écrivit immédiatement

1. Yvo Cai-.not. E}). 74. Baron, ad ann. 1107. Pagi, Crit. in eumd, Beaugendue, Vita Ilildeb., xix.

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