‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 124 sur 174 · FORTUNAT., XI · texte numérisé non relu

FORTUNAT., XI

Nous renvoyons de nouveau à la réfutation péremptoire que M. Gorini a opposée aux suppositions erronées de MM. Ampère et Augustin Thierry sur cette liaison.

cousin alors réfugié à Gonstantinople et qui avait peut-être partagé les premiers jours de sa captivité, lorsqu'elle-même, traînée en esclavage, avait quitté pour toujours sa patrie désolée.

Gomme on a dit que Radegonde elle-même avait dicté ces vers où respire le sentiment d'une véritable poésie et d'une poésie toute germanique de ton et d'inspiration, nous en citerons à notre tour quelques passages exactement traduits :

« Lorsque le vent murmure, j'écoute s'il m'apporte quelque nouvelle, mais de tous mes proches pas même une ombre ne se présente à moi. . . Et toi, Amalafroy, doux fils du frère de mon père, est-ce qu'aucun souci de moi ne vient mordre ton cœur? As-tu oublié ce qu'était pour toi Radegonde dans tes premières années , et combien tu m'aimais, et comment lu me tenais lieu du père que j'avais perdu, et de mère, et de frère, et de sœur? Toute petite, tu me prenais tendrement les mains, tu me donnais de doux baisers, et ta paisible haleine me caressait... Une heure passée loin de toi me semblait éternelle; maintenant les siècles passent sans que j'entendejamais ta parole. Tout un monde gîtmainlenant entre ceux qui s'aimaient, et qui jadis ne se quittaient jamais. Ce qui me désole surtout, c'est de ne recevoir de toi aucun signe de vie ; une lettre me peindrait ce visage que je désire et ne puis contempler. Si d'autres, par simple piété, vont à la recherche de

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leurs esclaves enlevés, à travers les Alpes, pourquoi suis-je oubliée, moi qui te tiens parle sang? En quel lieu es-tu ? Je le demande au vent qui siffle, aux nuages qui passent ; je voudrais qu'au moins quelque oiseau m'apportât des nouvelles. Si la sainte clôture de ce monastère ne me contenait, tu me verrais arriver tout à coup auprès de toi. Je traverserais les plus grosses mers, en plein hiver, s'il le fallait. Ce (jui effraye les matelots ne me ferait pas peur, à moi qui t'aime. Si mon vaisseau se brisait dans la lempête, je m'attacherais à une planche pour te rejoindre ; et si je ne trouvais aucun débris, j'irais jusqu'à toi en nageant, épuisée! En te revoyant je nierais jusqu'aux périls de la traversée; et si je me noyais en route, lu me ferais une tombe dans le sable, et tu pleurerais morte, en l'enterrant, celle dont, vivante, tu dédaignes les larmes \ »

Specto libens aliquain si nuntiet aura salutem,

Nullaque de cunctis umbra paientis adest... An quod in absenti le nec mea cura remordet,

Affectum dulcem cladis amara tulit?

Vel nriemor esto, tuis primicvis qualis ab annis,

Hamalelrede, tibi tune lîadegundes eram.

Quantum me quondam dulcis dilexeris infans... Preusa piis manibus, heu ! blanda per oscula pendent

iMulcebar placido (lamine, parva, tuo...

Vixerat in spatium, quo te minus hora referret;

Saecula nunc fuyiunt, nec tua verba l'ero... Inter amatores tolusque interjacet oibis... llinc polius crucior validis onerata querelis,

Cur mihi nulla tui mittere signa velis. Quem volo nec video pinxisset epistola vultuni... Si famulos alii, pielatis lege, requirunf,

Cur ego praelerear, sanguine juncte parens?... Quae loca te teneant, si sibilat aura, requiro ;

Nubila, si volites, pendula posco locum...

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Mais, si la sainte recluse permettait au littérateur italien d'évoquer en son nom ces images passionnées du passé, de sa patrie et de ses jeunes affections, il n'en apparaissait guère de trace dans sa vie relira [emii esse gieuse. Tout au contraire, elle avait concentré sur ses icIScuses. sa famille monastique toute l'ardeur de sa tendresse \ Quand elle voyait réunie autour d'elle sa jeune et nombreuse couvée , elle leur disait sans cesse: «Je vous aime tant que je ne me souviens « plus ni d'avoir eu des parents, ni d'avoir épousé c( un roi. Je n'aime plus que vous, jeunes iilles c( que j'ai choisies, vous, jeunes fleurs que j'ai c( plantées, vous, mes yeux, vous, ma vie, vous, « mon repos et tout mon bonheur ^ » Ainsi entourée, elle savait se rendre étrangère à tous les

l'rospera vel veniens nuntia ieirel avis! Saci-a monasterii si me non claustra tenerent,

Improvisa aderam, qua régions sedes...

Et quod nauta timet non pavilassel amans...

Ad te venissem, lassa, natanle manu.

Cum te respicerem, peregrina pericla negasseni...

Vel tumulum manibus ferret arena tuis... Qui spernis vitaî fletus, lacryinatus Immarcs...

M. Augustin Thierry a reproduit le texte complet de cette pièce, intitulée: De Eicidio Tfuiringiœ ex persona Radegundis, à la lin de ses Récits mérovingiens, en profitant des variantes découvertes par M. Guérard.

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