‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 22 sur 174 · Bossuet, Panégyrique de saint Benoît · texte numérisé non relu

Bossuet, Panégyrique de saint Benoît

clergé séculier, qui, réchauffé par ses rayons, s'est épuré et fortifié au point de sembler pour un temps se confondre avec les enfants de Benoîte C'est surtout ce contraste entre la vie florissante de l'esprit et de la foi dans les contrées où elle a régné, et le néant où s'enfonçait l'Eglise orientale, déshonorée par le mariage des prêtres avant même d'être la proie du schisme et de l'islamisme.

Saint Grégoire raconte qu'une nuit l'homme de Dieu dont il écrit la vie, devançant l'heure de matines et contemplant le ciel par la fenêtre de sa cellule, vit tout d'un coup les ténèbres dissipées par une lumière plus éblouissante que celle du jour ; et, au milieu de cet océan de lumière, le monde entier lui apparut comme ramassé dans un rayon de soleil, tant la créature, ajoute le pontife, paraît chétive à l'âme qui contemple le GréateurM La tradition a interprété cette apparition comme une prévision du

Vision

de Benoît

sur

l'avenir

de

son œuvre.

1 . On peut dire que la constitution de l'Ordre bénédictin a servi de type pour les Chapitres des cathédrales, substitués au presbyterium des premiers siècles. Jusqu'aux concordats modernes, les chanoines devaient former le sénat épiscopal et élire leur évêque, comme les moines élisaient leur abbé.

2. Omnis etiam mundus, velut sub uno solis radio collectus, ante ocLilos ejus adductus est... Quia animœ videnti Creatorem angusta est omnis creatura. Dial. u, 34. — L'inscription posée dans la tour du Mont-Cassin habitée par saint Benoît dit : Universum mundiim divini solis radio delectum inspexit semel et despexil. — Saint Bonaventure explique ainsi cette vision : « Mundus non fuit coangustatus in uno radio solis, sed ejus animus dilatatus, quia vidit omnia in illo cujus magnitudinc omnis creatura angusta est. » De luminaribus, serm. 20.

splendide avenir de l'Ordre que Benoît allait créer, el qui devait embrasser l'univers chrétien et le remplir de sa lumière. Vive et fidèle image, en effet, de la destinée d'une institution dont le fondateur n'a peut-être entrevu l'avenir que sous cette forme mystérieuse.

L'admiration des docteurs catholiques a signalé

dans Benoît le Moïse d'un nouveau peuple, le

Josué d'une autre terre promise \ Rien dans ce

qu'il a dit ou écrit ne laisse croire qu'il ait eu cette

11 n'en idée de lui-même. Les historiens ont vanté à l'envi

prévoyait

pas les résultats sa pcrspicacité, son génie ; ils lui ont attribué le

sociaux

et projet de réoénérer la société européenne, d'arrêter

historiques. ^ '^ , .^ . ^

la dissolution sociale, de préparer la recomposition de l'ordre politique, de rétablir les études et de conserver les lettres et les arts. Je ne sais s'il a nourri ces grandes pensées, je n'en vois aucune trace dans sa règle ni dans sa vie. Si elles pénétrèrent jamais dans son ame, ce fut pour être éclipsées et remplacées par une pensée plus haute et plus grande encore, par celle de son salut. Je crois très-fort qu'il n'a jamais songé à régénérer autre chose que sa propre «ame et celle des religieux ses frères. Tout le reste lui a été donné par surcroît. Ce qu'il y a de plus grand dans son œuvre sociale et historique, c'est qu'il paraît ne s'en être jamais douté. Mais n'est-ce pas la marque de la vraie

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