Bede, II
2. Tuiii cpiscopia el munasleiia taliquain doMiinica caslella, quibus Dominicum royiiuni leiiealur, liberaliter ac rcfinlilci' passini iDaclii* natur. Gotselinus, Hist.maior, c. 25.
il fit l'édiger el publier en langue anglo-saxonne des lois dont le texte nous a été conservé. Elles con- Lois
d'Ellielbert
sacraient à la fois les vieux droits de son peuple et t^ï
\ garanlissent
les nouveaux droits accordés à la nouvelle Eglise. Le les
^ propriétés
premier des quatre-vingt-dix articles de cet acte et
léo^islatif édicté contre ceux qui déroberaient les ,de
^ ^ ^ lEglise.
biens de l'Église, des évoques ou des autres ordres du clergé, des amendes onze et douze fois plus considérables que la valeur du corps du délita Le même article sanctionnait implicitement ce que les Anglais ont depuis appelé le Droit du sanctuaire^ c'est-à-dire le droit d'asile et de protection reconnu à l'enceinte des églises et des monastères, en frappant la violation de cette paix de l'Église d'une pénalité double de celle encourue par les délinquants contre la paix publique ou ordinaire. La nation tout entière sanctionnait et ratifiait ainsi l'œuvre de son roi, en plaçant sous la sauvegarde des lois pénales la propriété et la sécurité des ministres du culte qu'elle venait d'adopter-.
1. Utecclesiœ peciilium duodecies, episcopi uiidecies emendaretur. — D'après les instructions données par Grégoire à Augustin, cette plus-value de l'amende ne profitait pas à l'Église, qui devait se contenter de la simple restitution.
2. Inter caetera bona quee genti sucC conferendo conferebat, etiam décréta illi judiciorum juxta exempla Romanorum, cum concilie sapientium constituit... Volons scilicet tuilionem eis quos et quorum doctrinam susceperat, prsestare. Bede, II, 5. Cf. Kemble, Saxons in England, II, 205. Hook, op. cit., p. 59. Wilkins, Concilia, p. 25. TnoRPE, Ancient laws and institutes of England, 1840, c. 1.— Cette dernière publication, faite par ordre du gouvernement anglais, donne le texte saxon des lois d'Etlielbert avec un très-savant commentaire.
Ces lois, qui portèrent longtemps le nom de Booms ou Jugements d'Ethelhert^ sont les premières lois écrites, à nous connues, non-seulement du peuple anglais, mais peut-être de toutes les races germaniques. Les meilleurs juges attribuent à l'influence des moines romains sur le roi anglo-saxon ce commencement de code national ou plutôt pénaP. Car il s'agit surtout de dispositions pénales, et Ton admire la sagesse de ces missionnaires qui, élevés dans les traditions de la jurisprudence romaine, n'en firent pas moins prévaloir et sanctionner le principe des compensations pécuniaires, universellement adopté par les races germaniques. Dans ces lois d'Ethelbert, la classification des conditions sociales ressort de l'énumération minutieusement exacte des crimes commis contre la vie ou la sûreté des hommes, la pudeur des femmes, la religion et la paix publique. Chaque infraction est punie d'une amende proportionnée, d'abord à la gravité du délit, puis au rang de la victime. En cas de meurtre, la compensation est due non-seulement à la famille du mort, mais aussi à la communauté dont il faisait partie et au roi qui en est le chef Ce système, appliqué pour la première fois à la défense de l'Eglise chrétienne par les Saxons du Kent et, pour la première fois, formulé par écrit, sous l'inspiration
I. Lappenberg, t. I, p. 142. Lingaro, Hisf. of England, c. 11. Lord Campbell, Uvesofthe Chaucellors, art. .'\ng'eniuiidus; surtout Phillipps, Geschichte des Angelsxchsichsclien Rechts, p. G1 .
des moines romains , se retrouvera dans loule la législation subséquente des royaumes saxons, que les évêques et les moines, successeurs d'Augustin, vont continuer à conduire d'une main forte et douce dans les voies de la civilisation chrétienne.
Les grands hommes chargés par Dieu de fonder des œuvres vraiment grandes et durables ont rarement la vie longue, et quand l'un d'eux disparaît on le voit souvent entraîner comme à sa suite dans un monde meilleur ceux qui ont été ici-bas ses alliés, ses serviteurs, ses amis. Saint Grégoire le Grand, Mon dont le pontificat a laissé une trace ineffaçable dans crégoiie
et
la mémoire des chrétiens et un modèle hors de pair ci* Augustin dans les annales de l'Eglise, n'a régné que quinze ans. Il mourut dès les premiers mois de l'an 605, et, deux mois après, Augustin suivit son père et son ami danslatombe\ Le missionnaire romain fut enterré, selon la coutume de Rome, sur le bord de la voie publique, du grand chemin romain qui allait de Cantorbéry à la mer, dans l'église inachevée du célèbre monastère qui allait prendre et garder son nom . Le nom de Grégoire demeurera toujours identifié avec cette conversion de l'Angleterre, qui fut l'œuvre de prédilection de toute sa vie et la plus grande gloire de son pontificat. Son grand et tendre cœur
1. On a longuement disserté sur la dale de la mort d Augustin, que Mabillon avait fixée à 607. Mais la plupart des liistoriens anglais sont d'accord pour la date de 605. Wliarton voudrait même que ce fût en 604: AnrjUa sacra , t. I,p. 91.
MOIXES d'ocC. III. 27
60j 12 mar.,
12 mai.
avait le premier conçu la pensée de cette conquête. Son génie patient et conciliant, ardent et doux, prudent et résolu, lui révéla les conditions du succès. C'est à lui que la race, aujourd'hui la plus nombreuse et la plus puissante de toute les races chrétiennes, doit d'avoir ouvert les yeux à la lumière de l'Évangile. Il fut le véritable apôtre, le conquérant, pour Dieu, de l'Angleterre, et, par elle, des immenses contrées qu'elle a soumises à ses lois, à sa langue, à sa religion. C'est donc avec raison que le premier des historiens anglais le revendique à ce titre, a Placé, » dit Bede, «au sommet du pontificat suprême pour toutes les nations déjà converties à la foi, pour la nôtre, asservie aux idoles et dont il a fait une Eglise chrétienne, il a été plus encore. Nous pouvons bien dire de Grégoire ce que saint Paul dit de lui-même aux Corinthiens, que s'il n'a pas été l'apôtre des autres, il a été le nôtre; oui, c'est nous qui sommes le signe de son apostolat devant le Seigneur... nous, le -peuple qu'il a su arracher à la dent de l'antique ennemi, pour nous initier à la liberté éternelle ^ y^
Ce qu'il faut admirer encore plus que son œuvre, c'est la nature des moyens qu'il employa pour l'accomplir et la perfection moraledes dispositions qu'il
1. Quia elsi aliis non est apostolus, scd tamen nobis est; nani signaculum apostolatus ejus nos sumus in Domino... Quod noslrani gentem par prœdicatores quos hue direxit, de'dentibus antiqui hostis eripiensjiclenice libertatis lecit esse participem. Beub, II, 1.
y apporta ; zèle, dévouement, sagesse, modération, amour des âmes et respect de leur liberté, pitié, générosité, vigilance, indomptable persévérance, divine douceur, intelligente patience, rien ne lui fait défaut ; on quitte l'histoire de son pontificat et surtout de son action sur l'Angleterre sans autre regret que celui de voir finir une si belle vie, et en le perdant de vue, on demeure incertain de savoir ce qu'on doit le plus admirer de son bon sens ou de son bon cœur, de son génie ou de sa vertu.
La figure de saint Augustin de Cantorbéry pâlit naturellement à côté de celle de saint Grégoire le Grand ; sa renommée est comme absorbée dans le foyer lumineux d'où rayonne la gloire du pontife. En outre, les historiens anglais et allemands de nos jours ^ se sont complu à faire ressortir l'infériorité de celui que Grégoire avait choisi pour lieutenant et pour ami. Ils ont rabaissé à l'envi son caractère et ses services, l'accusant tour à tour de hauteur et de faiblesse, d'irrésolution et d'obstination, de mollesse et de vanité, s'attachant surtout à relever et à grossir les apparences d'hésitation et de préoccupation personnellequ'ilsdémêlentdans sa vie. Permis à ces étranges rigoristes de lui reprocher d'être resté au-dessous de l'idéal qu'ils prétendent rêver et dont aucun héros de leur bord n'a jamais approché. A notre sens, les quelques ombres qui se projettent