‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 15 sur 134 · David · texte numérisé non relu

David

le plus respecte et le plus complet qui existât en Bretagne, et qui créait pour tous les délinquants poursuivis un refuge inviolable partout où il y avait un champ donné à David ^ C'est un des premiers exemples, conféré à un établissement monastique, du droit d'asile, depuis trop répandu , et à la fin du moyen âge si scandaleusement abusif, mais, a cette époque reculée, si précieux et si tutélaire. Oui ne comprend combien les poursuites criminelles étaient alors irrégulières et brutales : combien de viles et violentes passions en usurpaient les dehors ; et combien la justice elle-même et l'humanité avaient à se réjouir de voir la religion étendre ses mains maternelles sur un innocent éperdu, el même sur un coupable digne d'excuse ou d'indulgence !

1. Dederuntque universi episcopi manus et monarchiam, et hragminationem David agio, et consenserunt omnes licitum esse refiigium ejus ut daret illud omni stupro et homicide et peccatori, omnique nialigrio fugienti de loco ad locum pro omni sancto ac regibus et hominibus totius Britannise insulœ in omni regno, et in unaquaque regione in quasit ager consecratus David agio. Etnulli reges neque seniores, neque satrapse, sed neque episcopi principesve ac saneti audeant pno David agio relugiumdare ; ipse vero refugium ducit anteunumqueniqiio hominem, et nemo aiite ipsura, quia ipse est caput et prévins ac bragmaticus omnibus Brittonibus. Et statuerunt omnes saneti anathema esset et maledictum, quisquis non servaverit ilInd decrefiim scilicet refugium saneti David, RtcEMARCH, p. 140.

David reprit ensuite le cours de ses fondations monastiques et ecclésiastiques^, et releva une première fois de ses ruines l'église de Glastonbury, de façon qu'elle pût servir de sépulture à son cousin le r.44. roi Arthur ^ Lui-même mourut plus que centenaire, entouré d'hommages et chef réel de la nation bretonne ^ Il fut enterré dans le monastère de Menevia, qu'il avait construit à l'extrémité méridionale du pays de Galles, en face de l'Irlande, sur un site qu'avait désigné, trente ans auparavant, saint Patrice, l'apôtre de cette ile. C'était de toutes ses fondations la plus chère, et il y avait établi le siège d'un diocèse, qui a pris et gardé son nom. Le lieu Après sa mort, la tombe monastique du grand

' "^ ^devfent"^^ évêquo, du grand chef breton, devint un lieu de pèlerinage très-fréquenté. Ce ne furent pas seulement les Gallois, les Bretons, les Hibernois et autres chrétiens de race celtique qu'on y vit affluer : trois rois anglo-normands, Guillaume le Conquérant, Henri II et Edouard P", y vinrent à leur tour. David fut canonisé par le pape Calixtell, en 1 120, à une époque où le pays de Galles maintenait encore son indépendance. Il devint à partir de ce moment et il est resté jusqu'à nos jours le patron de la Cambrie. Un groupe d'édifices religieux à moitié ruinés, mais qui

1. Per cuncta totius patrise loca monasteria construxere fratres... quanta monachorum examina seminavit.

2. RiCEMARCH, p. 123, DUGDALE, t. I, p. 1 à 7. BOLLAND, lOC. C'it ,

5. Omnis Britanni?e gentis caput et patrise honor. Rees, p. 440.

|p sanctuaire

national le la Cambrie

forment un des ensembles les plus solennels et les moins visités de l'Europe, entoure encore la vieille cathédrale qui porte son nom ; elle couronne le promontoire imposant qui s'avance comme un bec d'aigle au sud-ouest de la principauté de Galles et qui mériterait encore mieux que les deux caps analo^ gués en Cornouaille et en Armorique le nom do Finistère ^

Aussitôt apràs la période remplie dans les annales Légende

de

de la Cambrie par le roi Arthur et le moine évêque saint cadoc. David, on voit s'élever un autre saint monastique r;2?-ri9o? et patriotique, lui aussi, longtemps populaire chez les Bretons du pays de Galles et qui l'est resté jusqu'à nos jours chez les Bretons d'Armorique. C'esl saint Cadoc ou Kadok, personnage chez qui il serait très-difficile de distinguer exactement la part de l'histoire et celle de la légende, mais dont la vie a laissé dans les races celtiques une trace assez profonde pour nous permettre de lui emprunter divers Iraits, propres à nous représenter la foi et les mœurs de ces races et de ces temps-. Son père, Gundliew ou Guen-Liou , surnommé le Guerrier^ l'un des roitelets de la Cambrie méridionale, ayant entendu vanter la beauté de la fille d'un chef voisin,

1 . Un groupe de rochers qui avoisinent ce promontoire s'appelle encore VÉvêque et ses clercs. On y est à peu de distance au nord de la célèbre rade de Milford-Haven et des grands chantiers de la marine anglaise à Pembroke,

2. Vif a S. Cadoci, ap. Rees, op. cit., p 22-06. — Hersart de la Vii- LKMARQiTÉ, la Légende celtique, p. 127 à 227.

Tavait fait enlever par une bande de trois cents vassaux au milieu de ses sœurs et devant la porte de sa chambre dans le château de son père\ Le père fils courut à la rescousse de sa fille avec tous ses vas-

d'une princesse

enlevée saux ct alHés, ct atteiofnit bientôt Guen-Liou qui

et d'un roitelet ^ ' ^ ^ ^ 1

pillard, chcvauchait avec la jeune princesse en croupe, mais en marchant à petits pas afin de ne pas la fatiguer. La rencontre ne fut pas favorable à l'agresseur : deux cents des siens y périrent, mais il réussit à s'en tirer sain et sauf, ainsi que sa belle, dont il lui fallut ensuite dérober les attraits à la passion du roi Arthur^ ; car ce grand roi est loin de jouer dans toutes les légendes monastiques le rôle chevaleresque et désintéressé que lui attribua plus tard le cycle des traditions nationales et européennes dont il est le héros. De ce rude guerrier et de cette belle prisonnière devait naître celui qu'on a appelé le docteur de la race cambrienne et qui a fondé le grand établissement monastique dont le nom s'est déjà trouvé sous notre plume. La nuit

1. Talgarth, à neuf milles de la ville actuelle de Brecknock. La belle princesse s'appelait Gwladys, dont on a fait en latin Gladitsa, et son père Brychan ou Brachan.

2. Puellam eleganti quidem specie, sed et forma valde decorani... Virginem ante conclavis suse januam cum ipsius sororibus sedentem pudicisque sermonibus vacantem... statim vi capientes obstinato cursu regrediuntur .. Gundlaus... jussit puellam afferri... liaud fugiendo, scd pedetentim secum gestans adolescentulam in equo... Ubi corpore incolumis cum prfenotata virgine... termines sure terrœ attigisset... ecce Arthurus :... Scitote me vehementer in concupiscentiam puellse hujus quam ille miles equitnndo devehit accendi. Vila S. Caâoci, ap. Rkes, p. '25.

même de sa naissance, les soldats, ou pour parler comme la légende, les voleurs {latrones) du roi son père, que celui-ci envoyait à droite et à gauche pour piller ses voisins, avaient volé la vache lailièred'un saint religieux irlandais, lequel n'avait, lui et ses douze disciples, pour toute nourriture, que le lait abondant de cette vache. Informé de ce vol nocturne, il se lève, se chausse en toute hâte, et court réclamer sa vache chez le roi qui dormait encore. Celui-ci profite de l'occasion pour faire baptiser le nouveau-né par le pieux solitaire, et, de plus, lui fait promettre de se charger de l'éducation et de la vocation future de l'enfant. L'Irlandais lui donna le nom de Cadoc, ce qui, en celtique^ signifiait le Belliqueux; puis, ayant récupéré sa vache, il s'en alla attendre dans sa cellule le fils du roi, qui ne lui fut envoyé qu'à l'âge de sept ans, et déjà initié aux exercices de la guerre et de la chasse ^

Le jeune prince passa douze ans auprès du moine irlandais dont il allumait le feu, dont il faisait la cuisine, et qui lui enseignait la grammaire d'après Priscien et Donat\ Préférant au trône de son père

1. Satellites suos seepius ad rapinam et latrocinia instigabat.. . Quidam ex Gundleii latronibus ad quoddam oppidum... furandi causa pervenerunt, quos prenotatus Gundleius rex fures diligebat , eosque ssepius ad latrocinia instigabat... Surge velociter .. et. calcia caligas tuas,nam bos tua a furibus exstat ablata... ad triclinium in quo dorniierat rex... adepta prœdicta bove. Rees, p. 85, 25, 27.

2. Tibi filium meum commendo... ut illum liberalibus artibns divinisque dogmatibus ©rudias... Illum Donato, Priscianoque, nocnon aliis artibns, per annos duodecim diligentius instruxit. P. 28.

Élevé la vie solitaire , il alla s'y former en Irlande, pen-

par un moine . ^ • ' ^ i

irlandais, dant trois ans , à Lismore , école monastique déjà célèbre ; puis revint en Cambrie, pour y continuer ses études auprès d'un fameux rhéteur breton, nouvellement arrivé d'Italie, qui enseignait le latin et les arts libéraux d'après les bonnes méthodes do Rome^ Ce docteur avait plus d'élèves que d'argent : la famine régnait dans son école. Un jour le pauvre Cadoc, qui était sans doute à jeun, apprenait sa leçon dans sa cellule assis devant une petite table et la tête entre ses deux mains : tout à couj) une souris blanche, sortant d'un trou du mur, sauta sur la table et y déposa un grain de blé; puis, ne pouvant attirer l'attention de l'écolier, elle revint avec un second grain, puis un troisième, puis un quatrième et en déposa ainsi jusqu'à sept sous les yeux de l'étudiant. Alors Cadoc se levant suivit la souris dans un caveau où était déposé un énorme monceau de blé\ Ce froment, présent de la Providence, servit à la nourriture du maître et de ses disciples, et, selon le vœu de Cadoc, fut partagé avec tous ceux qui souffraient de la faim,

Bientôt résolu à embrasser la vie monastique, il alla s'enfoncer dans une forêt, où, après avoir manqué d'être assassiné par le pâtre armé qui y gardait

1. Ab illo Romano more latinitate doceri non minimum optavit. Vita, c. 8.

2. Mus septies eundo et redeundo totidem trilicea in suo volumine abdidit. animadvertens indicio divinam sibi adesse miserationem. Ibid.

les porcs d'un chef voisin, il vil, auprès d'une fontaine oubliée, un énorme sanglier devenu toul blanc par l'âge, sortir de sa bauge, faire trois bonds l'un ii fonde après l'autre, s'arrêtant chaque fois pour se retour- la nécropole ner et regarder d'un air furieux l'étranger qui ve- etdesnobîes, nail troubler son gîte. Cadoc marqua avec trois grande écoio branches l'emplacemant des trois bonds du sanglier du

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qui devinrent plus tard le site de 1 église, des dortoirs et du réfectoire de la grande abbaye de Llancarvan, dont Cadoc fut le fondateur. Elle lire son nom (Ecclesia Cervorum) de la légende célèbre dont nous avons déjà parlé \ et d'après laquelle deux cerfs de la forêt voisine étaient venus un jour remplacer deux moines paresseux et indociles qui avaient refusé de se rendre au travail exigé pour la construction du monastère, en disant : « Sommesnous donc des bœufs, pour qu'on nous attelle ainsi h des chariots et qu'on nous fasse traîner des poutres ^ ? »

Llancarvan ne fut pas seulement un grand atelier où de nombreux religieux, assujettis à une règle très-sévère, courbaient leurs corps sous le joug d'une fatigue continuelle en défrichant les forêls et en cultivant les champs ainsi défrichés. C'était encore une grande école religieuse et littéraire où l'on menait de front l'étude et la transcription de l'Écri-

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