BKDE.Ub. 11, c. 20; Ub. m, c
Le moino
Deino
ennemi
des Saxons.
Vers 616.
76 ORlGliNES CHRÉTIENNES
Arrivé chez celui-ci, à Caernavon :
c< Pourquoi, lui dit le moine, m'as-tu donné ce domaine, qui appartient légitimement à un autre? L'enfant qui est dans les bras de cette femme en est l'héritier. C'est à lui qu'il faut le restituer. »
Noble et touchant témoignage du respect primordial des cénobites pour le droit sacré de la propriété, qui a été si constamment, si lâchement et si impunément violé à leur détriment !
La vie de ce moine, dont il n'existe qu'un texte en dialecte gallois \ contient d'autres traits non moins curieux. Il avait planté à côté du tombeau de son père un gland, lequel devint un grand chêne dont aucun Anglais, dit la légende, ne pouvait approcher sans mourir sur place, tandis que les Gallois n'éprouvaient aucun mal. Il quitta l'un de ses gîtes, au bord de la Saverne, sous le coup de l'horreur que lui inspira le son de la voix d'un Anglais qu'il entendait de l'autre côté du fleuve, excitant ses lévriers avec des mots saxons : « Prenez vite, » dit-il à ses compagnons, «vos habits et vos chaus- <( sures et partons, car la nation de cet homme a un « langage étranger et qui m'est abominable : ils « vont nous envahir et nous déposséder à jamais. » L'antipathie Ccs anccdotcs familières de la vie du moine les (îambriens Bciuo, commc le martyre de Cadoc, Je sage et le
et
les Taxons moiuc patriotc, par la main des Anglo-Saxons, dé-
1, Publié et traduit par Rees, op. cit.
DES ILIÎS iUUTAiNiMQUES. 77
montrent l'invincible antipathie qui élevait comme est un obstacle
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un mur miranchissable entre les âmes des Bretons à la conversion et des Saxons, plus d'un siècle et demi après l'arri- cespaïeus. vée de ces envahisseurs païens en Bretagne. Le fécond et généreux génie de la race celtique, dominé par cette répugnance patriotique, par le trop légitime ressentiment des violences et des sacrilèges de la conquête, se trouvait ainsi réduit à l'impuissance pour la grande œuvre de la conversion des Anglo- Saxons au christianisme. Non-seulement on ne cite pas un seul effort tenté par un pontife ou un religieux breton pour prêcher la foi aux conquérants ; mais le grand historien de la race anglo-saxonne constate expressément qu'il y avait chez les Bretons de la grande île un parti pris de ne jamais révéler les vérités de la foi à ceux dont ils étaient condamnés à subir la domination ou la cohabitation, et comme une résolution vindicative, quand même ils deviendraient chrétiens, de les traiter en païens incorrigibles ^ Saint Grégoire le Grand porte contre eux le même témoignage en termes plus sévères encore : «Les prêtres, » dit-il, «qui avoisinent la nation des Angles les négligent, et, dépourvus de toute sollicitude pastorale, ils refusent de répondre au
1. Ut nunquani geiiti Saxonum sive Aiiglorum secum Britaiiniani incolenti, verbum lidei prœdicaiido cominitterent... Ciim uscjne hodie moris sit Britlonuin, lidem religioiiemque Angloruin pro niliilo Iiabere, nequc in aliquo eis magis communicare qu.im cuiii paganis. Bede, I, 22; II, 20.
désir qu'aurait ce peuple de se convertir à la foi du Christ \))
Il faut donc renoncer à chercher chez les Bretons de la grande île les instruments de la conversion qui devra donner à l'Eglise un grand peuple de plus. Mais dans l'île voisine, en Hibernie, il subsistait au sein d'une population de race celtique, comme les Bretons, une Eglise florissante et féconde, spectatrice et non victime de l'invasion saxonne. Voyons si de cette île des Saints et de sa vaillante et aventureuse lignée il ne sortira pas une inspiration plus généreuse et plus expansive que du milieu des lambeaux sanglants de la chrétienté bretonne.