Au nord d'Iona, et assez près de la grande île de Skye
1C4 SALNT COLUMBA,
qui avait assassiné le monarque d'Irlande, Diarmid. C'était ce monarque, on doit se le rappeler, qui avait rendu la sentence injuste dont Columba s'était tant irrité et qui avait été l'occasion de ses fautes et de ses malheurs. Celui-ci n'en fut pas moins indigné contre la faiblesse de son ami. « Cette main, » dit-il, «que Finchan a imposée, contre toute justice et c( contre le droit ecclésiastique, sur la tête de ce fils de c( perdition, tombera en pourriture et sera enterrée c( avant le corps, dont elle se détachera. .. Quant au c( faux prêtre, à l'assassin, il périra lui-même assas- « sine. » Cette double prophétie s'accomplit \ Libran Ecoutous cc dialoguc cntrc Columba et un de ceux
jonchére. qui demandaient à s'abriter sous sa discipline. Il nous expliquera mieux que bien des commentaires l'état des âmes et des mœurs de ce temps-là , et il nous fera voir quel était déjà l'ascendant que Columba, pénitent et exilé, exerçaitdu fond de son île lointaine sur l'Irlande entière. On vintunjourlui annoncerqu'un étranger, arrivant d'Irlande, venait de débarquer. Columba va le trouver seul à seul dans le bâtiment réservé aux hôtes, pour l'interroger sur le lieu de son origine, sur sa famille et sur la cause de son voyage. L'étranger lui dit qu'il avait entrepris ce pénible
1. Finchanus, Christi miles, Aïdum... regio génère ortum, Cruthinium gente, de Scotia ad Britanniain sub clcricatus liabitu secuni adduxit... Qui valde sanguinarius liomo et multorum fuerat trucidator... Darmitiuni totic Sootiœ regiiatorem Deo auctore ordinatum interfecerat... Manus... contra tas et jus ecclesiasticum super ca put hlii perditioriis, mox computrescet... Aj)amnan, I, 56.
pèlerinage pour expier ses péchés sous l'habit monastique, dans l'exil. Columba, voulant éprouver sacontrition, lui traça le tableau le plus répugnant de la dureté et de la difficulté des obligationsde cette vie nouvelle. « Je suis prêt, » dit le voyageur, « à subir c< tout ce que tu me commanderas de plus cruel et de (( plus humiliant. ))Et aussitôt après s'être confessé, il jura, étant toujours à genoux, d'accomplir les lois de la pénitence. « C'est bien, » lui dit l'abbé ; « maintece nant lève-toi, assieds-loi et écoute : il te faut d'abord c< faire pénitence pendant sept années dans l'île voicc sine de Tirée, après quoi nous nous reverrons. — « Mais, dit le pénitent encore agité par ses remords, c( comment pourrai-je expier un parjure dontje n'ai c( pas encore parlé? Étant encore dans mon pays, j'ai « tué un pauvre homme ; j'allais être puni de mort « pour ce crime, et j'étais déjà aux fers, lorsqu'un « de mes parents, homme très-riche, m'a délivréen a payant la compensation voulue. J'ai juré que je le (c servirais pendant tout leresle de ma vie; mais après « quelques jours de servitude j'ai déserté, et me c< voici, au mépris de mon serment. » Alors le saint ajouta qu'il ne pourrait être admis à la communion pascale qu'après l'expiration des sept années de pénitence. Quand elles furent achevées, Columba, après lui avoir donné la communion de sa main, le renvoya en friande auprès de son patron avec une épéeà poignée d'ivoire en guise de rançon. Mais ce patron, louché par les instances de sa femme, rendit au pé-
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nitent sa liberlé sans même vouloir de sa rançon. .« Pourquoi accepterions-nous ce prix que nous envoie c(le saint homme Columba? Nous n'en sommes pas «dignes. Un tel intercesseur mérite d'être exaucé «gratuitement.' Sa bénédiction nous vaudra mieux «que toute rançon. » Et aussitôt il lui détacha la ceinture des reins, ce qui était la forme usitée en Irlande pour la manumission des captifs et des esclaves. Columba lui avait en outre prescrit de rester auprès de son vieux père et de sa mère jusqu'à ce qu'il leur eût rendu les derniers devoirs. Gela fait, ses frères le laissèrent aller en disant : « Gardons- « nous de retenir un homme qui a travaillé pendant « sept ans au salut de son âme chez le saint homme «Columba. >:> Tl revint donc à loua en rapportant l'épée qui avait dû lui servir de rançon, à Columba. Celui-ci lui dit ; «Désormais tu t'appelleras Libran, « car tu es libre et affranchi de tout lien ; » et il l'admit aussi tôt à faire ses vœux monastiques. Mais lorsqu'il lui fut prescrit de retourner dans l'île de Tirée pour y achever sa vie loin de Columba, le pauvre Libran, qui avait si docilement obéi jusque-là, tombaà genoux et pleura amèrement. Columba, touché de son désespoir, le consola de son mieux sans cependant revenir sur son arrêt. 11 lui dit toutefois : « Tu vivras loin de « moi, mais tu mourras dans un monastère à moi, et « tu ressusciteras avec mes moines à moi, et tu auras « part avec eux dans le ciel. » Telle fut l'histoire de Libran, surnommé de la Jonchère, parce qu'il avait
passé bien désarmées, probal)lement celles de sa pénitence, à ramasser des joncs ^
Devenant chaque jour plus expert dans le giand ii
il . 1 A 1,11 encourage
art (lu gouvernement des âmes, ce docteur de la les pénitents pénitence savait d'une main aussi prudente que vigou- démasque
reuse tantôt relever les consciences abattues et désolées, tantôt dévoiler les feux moines et les fauxpénitenls. A tel religieux qui, désespéré d'avoir succombé pendant un voyage aux tentations d'une femme, courait de confesseur en confesseur sans se trouver jamais assez repentant ou assez puni , il rendait la paix et la confiance en lui montrant que son désespoir n'était qu'une hallucination infernale, et en lui infligeant d'ailleurs une pénitence assez forte pour le convaincre de la rémission de son péchés A tel Irlandais
1. Libranus de Arundineto... plebeius nuper, sumpto clericatus haliitu... ad delcnda in peregrinatione peccainina longo fatigatum ilinere... Cui sanctns, ut de siuc pœnitudinis exploraret qualitate, dura et laboriosa antc oculos inonasterialia proposuisset imperia... Paratu.s sum ad omnia qutecuinque niilii jubere volueris, quainlibet durissiina, quamlibet indigna... Surge et réside. . . Quid agere oportet de quodam meo falso juramento?Naminpatriatrucidavihoniuncionem .. Machœrani belluinis ornatam dolatis dentibus... Ut quid nobislioc accipere quod sanctus pretiiun niisit Goluniba? Hoc non sumus digni... liberetur ei pius hic gratis niinistrator... Continuo gratis liberavit scrvum... cingiiluni ex more captivi de lumbis resolvens... Ut tante tempère patri debitam, sed neglectam redintegres pietatem... Nulle modo nos oportet fratrem in patria reteritare qui per septeni annos apud S. Columbam in Britannia salutem exercuit anima3... Tu Libranus Yocabcris quod sis liber... Qui ideo Arundineti est vocilatus, quia in arundineto multis annis arundines colligendo laboraverat... — 11 mourut en effet longtemps après Cohunba, à Durrow, l'une des premières fondations du grand abbé en Irlande. Adamn., II, 39. 2. Magna est, 0 frater, hallucinatio tua. Egoquindecimtibi annos in
es liypocrites.
qui, coupable d'inceste et de fratricide, avait voulu, bon gré, mal gré^ se réfugier à lona, il imposait un exil perpétuel d'Irlande et douze ans de pénitence parmi les sauvages de la Calédonie, tout en prédisant que le faux pénitent périrait pour n'avoir pas voulu accepter cette expiation ^ Arrivé un jour dans une petite communauté formée par lui dans une des îles voisines d'Iona% et destinée à recevoir pendant un temps deprobation les pénitents qui venaient s'éprouver, avec plus ou moins de persévérance et de sincérité, auprès del'illustre exilé, il prescrivitd'ajouter au repas quelques douceurs et d'en faire jouir les pénitents eux-mêmes ; mais l'un de ceux-ci, plus scrupuleux qu'il ne fallait, refusa d'accepter, même de la main de l'abbé, ces mets : a Ah ! » lui dit Golumba, c( tu refuses le soulagement que ton supérieur et moi « nous t'offrons. Eh bien , il viendra un jour où tu c< redeviendras voleur comme tu l'as été, tu iras voce 1er et manger de la venaison dans les forêts d'où tu a viens. » Et la chose arriva comme il l'avait prédite'.
pane et aqua jejunandos pro pœnitentia injungo, quo tibi vel ipsa pœnitentiœ gravitas persuadeat peccatum tuum esse remissum. 0Do\- NELL, lib. I, c. 24.
1. Si duodeciin annis inter Brittones ciim fletu et lachrymis pœnitentiam egeris, nec ad Scotiaiii usque ad mortem reversas fueris, forsan Deus peccato ignoscet tuo. Adamn., I, 22.