‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 82 sur 134 · Adamn'., I · texte numérisé non relu

Adamn'., I

avec Columba

commune.

Irois compagnies au moment d'entrer à Glasgow. Kentigernen fit autant pour les nombreux religieux Leur action qui vivaient autour de lui dans son monastère épiscopal et qu'il mena au-devant de l'abbé d'Iona. 11 les divisa d'après leur âge en trois troupes, les plus jeunes marchant les premiers, puis ceux parvenus à l'âge viril, et en dernier lieu les anciens à cheveux blancs, parmi lesquels il marchait lui-même. Tous chantaient cette antienne : In viis Domini magna estghria Domini, et viajustoram fada est; et iter mnctorum prxparatnm est. Les moines d'Iona, de leur côté, chantaient en chœur le verset : Ibunt sancti de virtute Invirtutem : videbitnr Deiis eorum in Sion. Des deux côtés retentissait V Alléluia; et ce fut au son de ces paroles de la sainte Ecriture chantées dans le latin de l'Eglise romaine par les moines celtiques de Bretagne et d'Irlande, que les deux apôtres des Pietés et des Scots se rencontrèrent, là où avait été l'extrême limite de l'empire romain et de la domination des Césars, et sur un sol désormais affranchi pour toujours du paganisme et de l'idolâtrie. Ils s'embrassèrent tendrement, et passèrent quelques jours dans une douce et intime familiarité.

L'historien qui nous a conservé ce récit n'en dissimule pas un trait moins édifiant. Il avoue que des bandits s'étaient associés au cortège de l'abbé d'Iona, et qu'ils profitèrent de l'enthousiasme général pour voler un bélier du troupeau de l'évêque. Ils furent

La légeiKie

de

l'anneau

de la reine.

pris : mais Kentigeni leur fit grâce. Columba et lui ne se séparèrent qu'après avoir échangé leurs deux crosses pastorales en signe d'affection réciproque \

Un autre annaliste nous les montre séjournant ensemble pendant six mois dans le monastère qui venait d'être fondé par Columba à Dunkeld et prêchant ensemble la foi aux habitants d'Athol el des régions montueuses habitées par les Pictes\

Je ne sais vraiment à quel point il faut ajouter foi à un autre récit de ce même hagiographe, et qui semble emprunté plutôt à l'épopée gallo-bretonne de Tristan et d'iseult, qu'à la légende monastique, mais qui est resté le titre le plus populaire de Tévêque Kentigern. La femme du roi Roderic, entraînée par sa passion adultère pour un chevalier de la cour de son mari, eut la faiblesse deflui abandonner l'anneau qu'elle tenait du roi. Roderic étant allé à la chasse avec ce chevalier, et tous deux s'étant reposés aux bords de la Clyde pendant la grande chaleur du jour, le chevalier s'endormit, et pendant son sommeil il étendit involontairement la main. Le

1 . Sancti viri famam audiens, ad illum venire, visitare et familiaritatem ejus habere cupiebat... cum multa discipulorum turba... In tertia turina senes décora canitie venerabiles... Appropinquantes ad invicem sancti in aiuplexiis mutuos et oscula sancta ruunt... Vénérant cum sancto Columba quidam filii Belial ad furta et peccata assueti... In signum mutuœ dilectionis alterius baculum suscepit.. BoLLAND., p. 821. — La crosse donnée par Columba à Kentigern fat longtemps conservée et vénérée au monastère anglo-saxon de Ripon. dans le Yorkshire.

'2. Hector BoETius, Hist. Scotorum, l. ix.

AI'OTRE DE LA CALÉDONIt]. 551

roi vit à son doigt Tanneau qu'il avait donné à la reine comme gage de son grand amour. Il eut grande peine à ne pas tuer le chevalier sur place, mais il sut rester maître de lui-même et se contenta de lui enlever l'anneau du doigt pour le jeter à l'eau sans éveiller le coupable. Puis, revenu à la ville, il demanda à la reine son anneau, et comme elle ne pouvait le produire, il la fit jeter en prison pour être conduite à la mort. Elle obtint un délai de trois jours, et après avoir en vain fait demander l'anneau au chevalier, elle eut recours à la protection de l'évêque Kentigern. Ce bon pasteur avait tout su ou tout deviné : la bague, trouvée dans le ventre d'un saumon qu'il avait fait pêcher dans la Clyde, était entre ses mains. Il l'envoya à la reine, qui put ainsi la montrer à son mari et échapper au châtiment qui l'attendait. Roderic lui demanda même pardon à genoux de ses soupçons et offrit de punir ses accusateurs. Elle l'en détourna, et alla aussitôt s'accuser elle-même auprès de Kentigern, qui lui lit passer le reste de sa vie dans la pénitence. C'est pourquoi les anciennes effigies de l'apôtre du Strathclyde le représentent toujours tenant la crosse épiscopale d'une main, et de l'autre un saumon avec une bague entre les lèvres \

1. Contigitreg-inam... pretiosiim annulum ob immensum amorem sibi a rege commendatum eidem militi contulisse... Discopulatis canibus.-. Fatigatus autem miles extenso brachio dormire cœpit ..Quum

352 SAINT COLllMBÂ,

Ni Mais ni Kentigern, dont les œuvres ne kii survé-

Kenligern ^ •/-iii i ivn p

ni curent guère, ni Columba, dont l niiluence lut si

Columba . • i i i i Tk* i o

n'agissont sur puissaute ct SI durable sur les Pictes et les boots, ne

les Anglo-Saxoiis . ,. «.» ,

toujours païens surcnt exercer une action directe et eiticace sur les

et

de plus en plus Auglo-Saxous qui devenaient de jour en jour plus

redoLitables. i i i i i • • /,,

redoutables et dont les incursions teroces menaçaient non moins les tribus calédoniennes que les Bretons. On voit cependant que le grand abbé d'ïona ne partageait pas la répulsion systématique du clergé breton pour la race saxonne : il est fait mention expresse dans les monuments les plus authentiques de son histoire, de religieux saxons qui avaient été admis dans la communauté d'ïona ; Tun d'eux y exerçait le métier de boulanger et comptait parmi les familiers de Columba ^ Mais rien n'indique que ces Saxons, enrôlés sous l'autorité de Columba, aient réagi de là sur leurs compatriotes. Au contraire, pendant que les missionnaires scoto-bretons rayonnaient sur tous les points de la Calédonie, pendant que Columba et ses disciples faisaient briller la lumière de l'Évangile dans les régions septentrionales, où

illa secrcto niiliti in vanum mittens proferre non posset... Lacryniosis precibus rem gestam sancto Kentigerno par nuntium exposuit... Contristatus rcx pro illatis reginre injuriis, et veniam llexis genibus petens... Boi.land., p. 820. Cf. p. 815.

1. Cummineus (aputlColgan, p. ô20) mentionne deux Saxons : «Quidam religiosus frater, Genereus nominc, Saxo natione, pictor opère. » Et plus loin: «duo ejus discipuli. Lugneus filins Blas et PilloSaxogenere. » Adamnan (IIl, 10-2-2) rectifie les conclusions que quelques auteurs ont tirées du mot pictor en employant ceux-ci : opus pisloriim exercens.yoiv plus liant, pagelGô.

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elle n'avait jamais pénétré; au midi de l'île, la foi chrétienne et TEglise catholique s'affaissaient de plus en plus sous les ruines entassées par la conquête saxonne.

Le paganisme et la harbarie, vaincus par l'Evangile dans les hautes terres du Nord, se relevaient et triomphaient de nouveau au midi, dans les régions les plus peuplées, les plus accessibles, les plus florissantes, dans tout ce pays réservé à de si prodigieuses destinées, et qui commençait déjà à s'appeler l'Angleterre. De 569 à 586, dix ans avant la mort de Columba et à l'époque où son autorité était la mieux établie et la plus puissante dans le Nord, les derniers champions de la Bretagne chrétienne furent définitivement rejetés au delà de la Saverne, tandis que de nouvelles bandes anglo-saxonnes, au Nord, refoulant les Pietés au delà de la Twed, et traversant l'Humber au midi, fondaient les futurs royaumes de Mercie et deNorthumbrie. Plus tard, il est vrai, les fils de Columba porteront l'Évangile à ces Northumbriens et à ces Merciens. Mais à la fin du sixième siècle, après cent cinquante ans d'invasions et de luttes triomphantes, les Saxons n'avaient encore rencontré, dans aucune des trois populations chrétiennes ou récemment converties (Bretons, Scots et Pietés), qu'ils avaient abordées, combattues et vaincues, ni des apôtres disposés à leur annoncer la bonïie nouvelle, ni des pontifes capables de maintenir le dépôt de la foi chez les peuples conquis par

eux. En 586, les deux derniers évêques de la Bretagne conquise, ceux de Londres et de York, abandonnèrent leurs églises et se réfugièrent dans les montagnes du pays de Galles, emportant avec eux les vases sacrés et les saintes reliques qu'ils avaient pu dérober à la rapacité des idolâtres.

Il fallait donc d'autres moissonneurs. D'où viendront-ils? Du foyer inextinguible d'où la lumière est déjà venue aux Irlandais par Patrice, aux Bretons et aux Scots par Palladius, par Ninian, par Germain .

Et déjà les voici ! Au moment où Columba touche au terme de sa longue carrière, dans son île septentrionale d'Iona, un an avant sa mort, les envoyés de saint Grégoire le Grand partent de Bome, et viennent débarquer au milieu des Anglo-Saxons, sur la plage où avait débarqué César.

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