‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 9 sur 134 · Triades de Dymvall Moëlmud. 54, ap. Walteb, p · texte numérisé non relu

Triades de Dymvall Moëlmud. 54, ap. Walteb, p

regardaient la musique et la poésie comme la meil- Leur

amour passioin;

leiire occupation d'un honnête homme et d'un Je la musique homme libre. Aussi, dès l'enfance, tous les Gallois de la poésie. cultivaient ces deux arts avec une passion universelle et infatigable, la musique surtout. C'était la forme préférée, le gracieux accompagnement de l'hospitalité : des chœurs de chanteuses accueillaient partout le voyageur. Du matin jusqu'au soir chaque maison retentissait du son de la harpe et des autres instruments, dont ils jouaient avec une perfection qui ravissait les auditeurs étrangers, toujours frappés cependant, au milieu des tours de force de leur habileté musicale, du retour constant des accords doux et mélancoliques où semblaient se refléter, comme dans la musique irlandaise, le candide génie et la cruelle destinée des races celtiques ^

Les bardes eux-mêmes, chanteurs et poètes, quel- i.e quefois même princes et guerriers, présidaient à l'éducation musicale du pays, comme à son dévelop-

1. Qui matutinis horis adveniunt, piiellarum affatibus et cytliérarum modulis iisque ad vesperam delectantur : domiis enim hic quselihet puellas habet ad cytharas ad hoc deputatas... In musico modulamine non uniformiter, ut alibi; sed multipliciler multisque modis et modulis cantilenas emittunt, adeout in turbacanentium,sicuthuic genti mos est, quot videas capita, tôt audias carmina discriniinaquc vocum, varia in unam denique sub B mollis dulcedine blanda consonantiam et organicam convenientia melodiam... In musicis instrunientis dulcedine aures deliniunt et demulcent, tant» modulorum celeritate, pariter et subtilitate feruntur, tantamque discrepantium sul) tam prsecipiti digitorum rapiditate consonantiam prœstant... Somper autem ab molli incipiunt et in idem redeunt, ut cuncta sub jucuntlîe sonoritatis dulcedine compleantur. Giraldus Cambrensis, c. 10, 12, 1'».

hiinl

Ipiirs triades.

pement intellectuel. Mais ils ne se bornaient pas à chanter; ils savaient combattre et mourir pour l'indépendance nationale ; la harpe entre leurs mains n'était souvent que l'auxiliaire du glaive et une arme de plus contre le Saxon \

Cette puissante corporation, hiérarchiquement ordonnée, avait survécu à la ruine du druidisme, et apparaît, dès le sixième siècle, dans tout son éclat, au sein de ces congrès poétiques^ présidés par les rois et les chefs du pays, véritable institution nationale dont l'usage se perpétua jusqu'aux derniers jours de rindépendance galloise. Dans les nombreux monuments de leur féconde activité, récemment remis en lumière par des efforts aussi patriotiques qu'intelligents'', mais encore insuffisamment dépouillés ; àans ces triades, dont la forme relativement récente, qui nous est seule connue, ne saurait déguiser la haute antiquité, on rencontre des trésors de véritable poésie, où la grandeur sauvage des races primitives, tempérée et purifiée par les enseignements et les mystères de l'Évangile, semble se jouer en mille courants limpides quiétincellentau soleil du matin de l'histoire, avant de venir se confondre avec le grand fleuve des traditions chrétiennes de l'Occident.

1. A. DE LA BoRDERiE, p. 170. La Villemarqué, les Bardes bretons.

2, Les Eisteddvods. On a essayé récemment de les renouveler.

5. Ceux de \Yilliams ah Jolo, de Williams ab Tthel, des deux Owen, de Stephens, de Walter, et surtout de M. de la Villemarqué qui a, le premier, révélé à la France littéraire les monuments d'une race si naturellement chère aux Bretons d'Armorique.

Car la reliofion chrétienne était suivie, chérie el chrisiianismft

^. ' des

défendue au sein des montagnes de la Cambrie, avec danois. non moins de ferveur et de passion que l'indépendance nationale. Les rois et les chefs n'y étaient pas plus irréprochables qu'ailleurs ; là comme ailleurs, l'abus de la force et l'exercice du pouvoir engendraient toute sorte de crimes : le parjure, l'adultère, le meurtre, s'étalent trop souvent dans leurs annales ^ Mais très-souvent aussi, la foi et le repentir revendiquaient leurs droits sur ces âmes moins corrompues qu'égarées. A l'instar du grand Arthur, couronné selon la tradition celtique en 516, couronnement

TA / T^ 1 • . ., d'Arthur,

par un samt archevêque, nomme Dubricms, ils se x 59, montrent presque tous aussi zélés pour le service de Dieu que généreux pour l'Église, et les populations, séparées de Rome par les flots de sang où l'invasion saxonne avait noyé le christianisme breton, retrouvèrent bientôt la pente naturelle qui les signalait aux conquérants normands comme les plus zélés d'entre les pèlerins empressés d'accourir aux tombeaux des Apôtres ^

1. Voir les nombreux exemples recueillis par Lingard [Anglo-Saxou Church, t. II, p. 362), dans le Livre dit de Landaff, et autres documents gallois.

2, Prfc omni peregrino labore Romam peregre libentius eundo, de- Yotis mentibus Apostolorum limina propensius adorant. CambrUe Descriptio, p. 801, éd. 1602.

Répétons encore une fois que dans aucun des nombreux monuments Ae l'archéologie et de la géographie galloise récemment publiés, on ne retrouve la moindre trace d'une hostilité systématique ou même temporaire contre le Saint-Siège.

Union lies bardes

et des moines.

Le barde panégyrisle

de

l'anachorète

est surpris

par linondation.

Les bardes eux aussi, bien qu'antérieurs au chriî^tianisme, loin de lui être hostiles, vivaient dans une alliance intime et cordiale avec le clergé et surtout avec les moines. Chaque monastère avait son barde, à la fois poëte et historien, qui notait les guerres, les alliances et autres événements contemporains. Tous les trois ans, ces annalistes nationaux, comme les pontifes de l'ancienne Rome, se réunissaient pour comparer leurs récits et les enregistrer à la suite des bonnes coutumes et des antiques libertés du pays, dont ils étaient les gardiens ^ C'était en outre dans les écoles monastiques que les bardes se formaient à la poésie et à la musique. Le plus connu d'entre eux,Taliesin, fut élevé, comme ThistorienGildas, au monastère de Llancarvan^

Citons ici un trait entre cent qui éclaire la relation singulièrement intime du bardisme gallois avec la légende monastique, en même temps que l'intrépide fierté du caractère celtique. Le père du fondateur de la grande communauté de Llancarvan, s'étant fait anachorète, comme on le dira plus loin, mourut en odeur de sainteté et fut enterré dans une église où des guérisons miraculeuses attirèrent bientôt la foule. Un barde y arriva avec la pensée de composer un chant breton en l'honneur du nouveau saint. Pendant qu'il cherchait ses vers, une inondation violente vint ra-

i. Walter, Op. cit., p. 33. Lloyd, Histonj ofCambria, éd. Powell, prœf., p. 9.

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