LA NOUVELLE EGLISE D'ANGLETERRE
coinmo arche vêqiio, et Pierre, qui devait être le premier al)bé du nouveau monastère de Saint-Pierre et de Saint-Paul, pour annoncer au Pape la grande et bonne nouvelle de la conversion du roi et du royaume de Kent ; puis pour lui demander de nouveaux collaborateurs, la moisson était grande et les moissonneurs peu nombreux; enfin, pour le consulter sur onze points importants et délicats touchant la discipline et la direction des nouveaux chrétiens.
On comprend la joie de Grégoire ; au milieu des périls et des épreuves de l'Église, au milieu de ses propres souffrances matérielles et morales, il voyait se réaliser le rêve le plus cher de son âme. Le plus audacieux de ses projets était couronné de succès. Un nouveau peuple venait d'être introduit dans l'Église par sa douce et persévérante activité. Jusqu'à la fin des siècles, des âmes innombrables allaient lui devoir leur entrée dans la grande confi^aternité des âmes ici-bas comme dans les joies éternelles de là-haut. Certes, il ne prévoyait pas les grands hommes, les grands saints, les immenses ressources, les indomptables champions que l'Angleterre devait fournir à l'Éghse catholique; mais aussi il eut le bonheur d'ignorer la défection qui devait découronner un jour tant de gloires, et cette lâche ingratitude qui a osé méconnaître ou rabaisser chez lui
comme chez ses lieutenants l'incomparable bienfait qu'il a conféré au peuple anglais en l'initiant à la lumière de l'Évangile .
Sa joie pouvait donc être aussi pure que légitime. Elle s'exhale dans cette vaste correspondance où il nous a laissé l'image si fidèle de son âme et de sa vie. Augustin en reçoit naturellement la première explosion, ce Gloire à Dieu, au plus haut des cieux, lui écrit son ami, gloire à ce Dieu qui n'a pas voulu régner seul dans les cieux, dont la mort est notre vie, dont l'infirmité est notre force, dont la souffrance guérit nos souffrances , dont l'amour nous envoie chercher, jusque dans l'île de Bretagne, des frères inconnus, dont la bonté nous fait trouver ceux que nous cherchions sans les connaître ! Qui pourrait raconter l'exaltation de tous les cœiu's fidèles, depuis que la nation anglaise, parla grâce de Dieu et par ton labeur fraternel, est inondée de la lumière sainte et foule aux pieds des idoles qu'elle redoutait follement pour se prosterner devant le Dieu Tout-Puissant ^ ? » Il a hâte de faire retentir jusqu'en Orient l'heureuse nouvelle qui lui arrive de l'extrême Occident. 11 écrit au patriarche d'Alexandrie : (( Le porteur de vos lettres m'a trouvé malade et me laisse malade. Mais Dieu m'accorde la joie de l'âme pour tempérer l'horreur de ma souffrance cor-