‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 3)Chapitre 47 sur 244 · BoLLVND., t. UI Augusti, p. 057, G · texte numérisé non relu

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prégnés de cette passion et surent promptement l'adaptera la conduite et à la consolation des âmes. Une agréable légende dessine bien l'influence de la musique appliquée aux chants ecclésiastiques sur la jeunesse irlandaise. Mochuda, le fils d'un grand seigneur du pays de Kerr\ , gardait, comme David, les troupeaux de son père, dans les grands bois qui couvraient alors cette région aujourd' hui si déboisée . Il fixa, par sa bonne grâce et sa piété, l'attention du duc ou chef de la province, qui le faisait venir souvent le soir pour l'entretenir ; sa femme, qui était fille du roi de Munster, témoignait la même affection au jeane berger. Dans la forêt où il faisait paître ses porcs, un évêque et son cortège vinrent à passer en chantant les psaumes alternativement pendant leur trajet. Le jeune Mochuda fut tellement ravi de cette psalmodie, qu'il abandonna ses bêtes et suivit le chœur des chanteurs jusqu'au monastère où ils devaient passer la nuit. Il n'osa pas y entrer et resta dehors, mais tout près du lieu où ils avaient leur gîte et où il put les entendre continuer leurs chants jusqu'à l'heure du sommeil : l'évêque chanta encore longtemps après que les autres furent endormis. Le pâtre passa ainsi toute la nuit : le lendemain, le chef qui l'aimait le fit chercher partout, et lorsqu'il lui fut amené, demanda pourquoi il n'était pas venu la veille au soir selon son habitude :

(( Monseigneur, » dit le pâtre, (( je ne suis pas venu « parce que j'ai été tr(3p ravi par le chant divin que (( j'ai entendu chanter au saint clergé ; plût au ciel, (( seigneur duc, que je fusse avec eux pour ap- « prendre à chanter comme eux ! » Le chef eut beau l'admettre à sa table, lui offrir son épée, son bouclier, sa lance, tous les insignes de la vie opulente et militaire: « Je neveux, » disait toujoursle pâtre, (( aucun de vos dons ; je ne veux qu'une chose : ap- (( prendre à chanter le chant que j'ai entendu des (( saints de Dieu. » On finit par le donner à l'évêque pour qu'il en fitun rehgieux. La légende ajoute que trente belles jeunes filles l'aimaient ouvertement, parce qu'il était beau et charmant ; mais, le serviteur de Dieu ayant prié pour que leur amour devait tout spirituel, elles se convertirent toutes comme lui et se consacrèrent à Dieu dans des cellules isolées qui restèrent sou s son autorité ' , lorsqu'il fut devenu à son tour évêque et fondateur de la grande cité monastique de Lismore.

Cette prépondérance de l'élément monastique dans l'Eglise d'Irlande, due à ce que tous les premiers apôtres de l'ile furent moines, et si bien justifiée

1. AcTA SS. B0LL4ND., t. HI Mciu,^. 379. — Ce Moohudaest plus connu sous le nom de Cartagh, qui était celui de l'évêque dont il devint le disciple et dont il prit le nom par affection pour son père spirituel. Il mourut en 037.

par le zèle aventureux de leurs successeurs , s'y maintint non seulement pendant toute l'époque florissante de cette Église, mais même tant que dura l'indépendance nationale. Elle frappa tout d'abord les conquérants anglo-normands du douzième siècle, bien qu'eux aussi vinssent d'un pays où la plupart des évêques avaient été moines et où presque tous les évêchés avaient commencé par être des monastères ' .

De toutes ces communautés du sixième siècle, si longtemps célèbres et les plus nombreuses que la chrétienté ait jamais vues ; il ne reste plus que de vagues souvenirs associés à quelques sites dont les noms trahissent leur origine monastique, ou à des ruines visitées par de rares voyageurs. Citons pour exemple : Monasterevan, fondé en 504 sur les bords du Barrow ; Monasterboyce % grande école laïque et

1. Bi:de, l. III, c. 3, — GiRALitus Cambriînsis, TopoQrapJiia Hiberniœ, dist. m, c. 29.

2. Fondé par saint Biiilhe, mort en 621. M. Henri Martin, dans son intéressant opuscule intitulé : Antiquités irlandaises, 1863, a tracé un tableau animé des ruines de Monasterboyce et do ce « cimetière où s'élève une tour ronde de cent dix pieds de haut, du jet le plus svelteet le plus hardi et du plus bel appareil... A l'entour, ruines de deux églises et deux magnifiques croix de pierre... La plus haute de ces croix a vingt-sept pieds de haut... Couvertes d'ornements et d'inscriptions gaéliques, elles mériteraient à elles seules le voyage, car il n'existe rien de pareil sur le continent... Comme spécimen de l'art gaélique chrétien, rien n'est comparable à Monasterboyce. » M. Martin signale, à trois milles de là, les élégantes ruines de Mellifont :

ecclésiastique dans la vallée de la Boyne ; ïnnisfallen, dans une île du lac si pilloresque de Killarney, et surtout Glendalough ou la Vallée des deux Lacs, avec ses neuf églises ruinées, sa haute tour ronde, son vaste cimetière, sorte de nécropole pontificale et monastique fondée, au milieu d'une nature sauvage et solitaire, par saint Kevin, l'un des premiers successeurs de Patrice, et l'un de ceux qui, au dire des hagiograplies irlandais, comptaient par milliers les âmes qu'ils menaient au ciel.

Entre tous ces sanctuaires, il y en a deux qu'il fiuit signaler à l'attention du lecteur, moins encore à cause de leur population ou de leur céléljrité, que pai'ce qu'ils ont enfanté les deux plus remarquables moines celtiques dont nous ayons à parler.

Ce sontClonard et Bangor, qui comptèrent l'un et l'autre le cbilfre consacré de trois mille religieux. L'un, fondé par saint Finnian, lui aussi vénéré comme le guide céleste d'âmes innombrables. Né en Irlande, mais élève de saint David et d'autres moines de la Bretagne, où il passa trente ans avant de rentrer dans son pays pour y créei* la grande école monas-

« Dans le creux d'un vallon, au bord d'un joli ruisseau, avec une église de l'époque ogivale... et, à quelques pas de l'église, une ro^o?îf/r' (ou salle capitulaire), avec arcades romanes de style trè* pur... » Mellifonl est une abbaye cistercienne issue d'une colonie de Clairvaux, que saint Bernard avait envoyée à son ami saint Malachie, en 11.35.

tique de Clonard, d'où les saints, dit un liistorien ', sortirent aussi nombreux que jadis les Grecs des flancs du cheval de Troie.

L'autre, le troisième Bangor, glorieux rival des deux monastères du même nom en Gambrie, fondé sur les bords de la mer d'Irlande (o59), en face de la Bretagne % par Comgall, qui était issu d'une famille souveraine chez les Pietés d'Irlande, mais qui avait, comme Patrice, Finnian et tant d'autres, séjourné en Bretagne. Il donna une règle, écrite en ver^ irlandais, à cette communauté, dont la renommée devait éclipser en Europe celle de tous les autres monastères irlandais, et dont les trois mille frères, divisés en sept chœurs alternatifs, chacun de trois cents chantem^s, chantaient jour et nuit les louanges de Dieu pour appeler sa miséricorde sur leur Église et leur patrie.

Nous avons déjà vu sortir de Bangor le grand saint Golomban, dont la glorieuse vie écoulée loin de l'Irlande a semé tant de grands et saints exemples entre les Vosges et les Alpes, des rives de la Loire aux bords du Danube, et dont le fier génie, après avoir tour à tour étonné les Francs, les Burgondes, les Lombards, a disputé pendant un demi-siècle

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