‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 115 sur 274 · CHAPITRE UNIQUE L'Espagne monastique au Yh siècle · texte numérisé non relu

CHAPITRE UNIQUE L'Espagne monastique au Yh siècle

Origine de l'Ordre dans l'Espagne conquise par les Visigoths ariens. — Saint Donat, saint Émilien, saint Martin de Dûmes. — Saint Léandre, moine et évêque de Séville. — École de Séville.

— Martyre d'Herménégilde; exil de Léandre : il rencontre saint Grégoire à Conslantinople; leur tendresse mutuelle. — Conversion du roi Récarède et de la nation visigothe, sous les auspices de Léandre; leurs relations avec Grégoire. — La famille de Léandre : sa sœur Florentine. — Son frère isidore : action de celui-ci sur l'Ordre monastique et sur l'Espagne; ses écrits,

— Saint Braulio. — Formule visigothique des fondations monastiques. — École de Tolède : abbaye d'Agali. — lldefonse de Tolède, moine et évêque, le plus populaire des saints de cette époque. — Conciles de Tolède : rôle des évêques; intervention des laïques; décrets et doctrines sur la royauté. — Dureté contre les Juifs. — Le Fucro Juezf/o, issu des conciles de Tolède. — Le roi Wamba fait moine malgré lui. — Propagation monastique en Lusitanie. — Saint Fructueux et sa biche. — Les plages de l'Océan habitées par les moines en attendant la conquête du nouveau monde.

Pendant sa nonciature à Gonstantinople , vers l'an 580, Grégoire, comme on Fa vu, y rencontra un moine espagnol nommé Léandre , honoré par la double consécration de l'épiscopat et de Texil.

L'Espagne , lors de la grande invasion de l'em-

pire romain par les peuples germaniques, était tombée en partage aux Suèves, aux Alains, aux Vandales, et avait fmi par échoir aux Visigoths, qui s'y étaient établis depuis deux siècles, et qui en demeurèrent ^euls maîtres par la réunion du royaume des Suèves en 585. Ces Visigoths passaient pour les moins barbares d'entre les Barbares. Ils surent mieux que d'autres apprécier et respecter l'œuvre de la civilisation romaine et de la civilisation chrétienne dans ces régiojis d'où Sénèque et Lucain, Quintilien et Silius, avaient jeté tant d'éclat sur la décadence des lettres latines, et d'où, après tant d'illustres martyrs, les Pères du concile d'Elvire, comme le grand évêque Osius, président du concile de Nicée, avaient honoré et consolé l'Église dans ses luttes suprêmes contre les persécutions impériales. Mais comme toute la race gothique, comme Théodoric et les autres successeurs d'Alaric, les Visigoths n'avaient connu le christianisme qu'à travers rhérésie arienne : ils en inondèrent l'Espagne. C'est de ce fléau qu'elle fut délivrée par le moine de Se ville, par l'ami de Grégoire.

Du reste, avant l'époque de Grégoire et de Léandre, et même avant saint Benoît, l'Espagne chrétienne avait déjà appris à connaître l'Ordre monastique et à y trouver un secours précieux contre l'arianisme de ses conquérants. On n'est pas

d'accord sur l'époque précise de cette introduction dans la péninsule ibérique *. Selon quelques-uns, ce fut l'Africain saint Douât qui, fuyant les Barbares avec soixante-dix moines, fut reçu dans le pays de Valence par une noble dame nommée Minicée, et fonda, avec son secours, le monastère de Servitanum, le plus ancien de l'Espagne". Ce qui est certain , c'est que bientôt cliaque province , chaque canton eut son monastère. Les montagnes qui se ramifient des Pyrénées vers l'Ebre , en Biscaye et en Navarre, se peuplèrent d'ermites qui adoptèrent peu à peu la vie commune en se conformant généralement à la règle de saint Benoît. Elle fut professée ^ par saint Émilien, qui fut l'un des religieux

1. On peut consulter sur cette question l'ouvrage intitulé : Vindicix antlquitatum monasticorum Hispanix adv. Caief. Cennlum, opéra D. Gabr. Mar. Scarmallii, abbat. SS. F/or. et Lucill. Arretii, 1752, in 4°. Scarmaglio cite même un décret du concile de Saragosse, en 381 , qui fait déjà mention dos moines. Dissert, ii, c. 1, no 5.

2. Mais, d'après les actes des conciles de 516 et de 524, on voit qu'il y avait des moines en Espagne avant le milieu du vi*' siècle, époque généralement assignée à l'arrivée de saint Douai. MArsiLL., Prœf. sœc. 1 Bened., iv' 23 et 72. Aiin. Bened., I. m, c. 26-37. Bul- TEvu, t. I, p. 305,317. — Selon d'autres, le plus ancien monastère de l'Espagne fut Asane, près d'IIuesca, en Aragon, fondé vers 506^ et dont saint Victorien fut abbé pendant soixante ans. Fortunat dit de lui, dans son épitaphe :

riuriiiia pcr patriani muiiachoruni examina fundens, Florihus .Ttcrnis incllilicavit apcs.

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